TRANSITION ANTICAPITALISTE : En revenir à Marx ne passe pas par Trotsky !

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/11/14/transition-anticapitaliste-en-revenir-a-marx-ne-passe-pas-par-trotsky/

Transition Anticapitaliste :

En revenir à Marx ne passe pas par Trotsky !

Est-il hors de propos de parler de transition anticapitaliste aujourd’hui ?

Le capitalisme, malgré sa crise mondiale chronique et toutes les tragédies et toutes les catastrophes qu’il entraîne, ne semble pas sur le point de céder la place en tant que « modèle » économique, en tant que système social.

Pourtant, aujourd’hui, on ne compte plus les foyers de révoltes sociales qui s’allument à travers le monde. En France approche le premier anniversaire du 17 Novembre qui a vu s’allumer la révolte des « Gilets Jaune ». Ce mouvement, miné par ses propres incohérences et surtout, par son incapacité chronique à former un cahier de revendications unitaires et compréhensibles de tous, n’en finit pas de s’éteindre lentement, mais déjà le front des luttes sociales se cristallise à nouveau sur la question cruciale des retraites, qui a vu naître, par le passé, de grands mouvement sociaux, dont l’un relativement victorieux, c’était en 1995 !

Les récentes révoltes montrent que le rapport de force sur le terrain social peut brusquement s’inverser, et parfois en quelques jours seulement. Si ces luttes n’aboutissent pas ou piétinent après un départ prometteur, c’est bien le plus souvent par manque de perspective politique alternative au système en place, par incapacité à former une alternative qui soit, précisément, une transition anticapitaliste.

Dans certaines franges des classes moyennes et de la petite bourgeoisie en voie de prolétarisation du fait de la crise, il est donc néanmoins resté de bon ton de se proclamer « anticapitaliste », et même et surtout, de disserter sans fin sur la question !

La mode antérieure qui consistait à parler encore de socialisme est passée, essentiellement en raison de la faillite la plus complète de la sociale-démocratie, incarnée par François Hollande, qui se fait élire comme pourfendeur de la finance, avant d’introduire Macron, le fils chéri et le champion de celle-ci dans les arcanes du pouvoir, et finalement, comme son propre successeur ! Un fils chéri qui a bien « tué le père » social-démocrate, mais certainement pas la mère financière !!!

Ainsi semble être morte en France l’image du socialisme, qui, depuis « Germinal », avait fait rêver tant de générations ! C’est incontestablement pourquoi parler de « transition socialiste » aujourd’hui, cela prête à confusion, voire même fait « complètement ringard » ! C’était donc pourtant, à l’origine même du terme, la formulation signifiant une rupture avec le système capitaliste. Mais ces dernières années, il est vrai, ce que l’on entendait encore par « socialisme » était déjà devenu suffisamment flou pour que le souffle de l’échec d’un mandat présidentiel social-démocrate en emporte l’image.

Que l’on baptise « socialisme » ou non l’alternative nécessaire au capitalisme, c’est donc à la limite un point secondaire, l’essentiel étant de comprendre les fondamentaux de cette problématique politique, économique et sociale.

Une alternative qui soit en rupture avec le capitalisme nécessite donc déjà de comprendre réellement ce que capitalisme signifie aujourd’hui. Il ne suffit donc pas de pourfendre la finance, et surtout pas en paroles seulement, pour se poser en « anticapitaliste ».

Comme le montre la guerre commerciale en cours, le pouvoir de la finance n’est immense que parce qu’il contrôle l’appareil productif. L’enjeu reste le contrôle de l’appareil productif à l’échelle mondiale parce que c’est lui qui reste la source essentielle de l’accumulation du capital, basée précisément sur les rapports de production capitalistes qui permettent l’extraction de la plus-value, sur la base du travail productif humain.

Pour autant, et comme le montre l’histoire, il ne suffit pas que le contrôle de l’appareil productif change de mains, que ce soit d’un groupe financier à l’autre, d’un État à l’autre, ni même d’un groupe financier à l’État, pour que les rapports de production changent, pour que cesse l’accumulation du capital sur la base de l’extraction de la plus-value.

Et c’est donc là qu’en revenir à Marx permet d’éclaircir les confusions essentielles les plus courantes sur le sujet. Quels que soient les préjugés les plus répandus, c’est incontestablement Marx qui a le mieux défini les processus d’accumulation du capital sur la base de l’extraction de la plus-value. La valeur qui finit par s’accumuler sous la forme du capital, et même du capital financier, est donc d’abord le produit du travail humain.

La notion de valeur-travail est à la base même de l’approche critique que Marx fait du capitalisme. C’est sur la base de cette notion qu’il a pu nous expliquer les processus complexes d’extraction de la plus-value. C’est l’implication générale de cette notion dans la vie économique et sociale que l’on désigne donc généralement comme le concept marxiste de Loi de la valeur. Bien entendu, dans la mesure où il s’agit d’une loi objective de l’économie classique, Marx n’en est pas plus l’ « inventeur » que Newton n’est celui de la gravité ou Einstein celui de la relativité. Les pommes tombaient des pommier dès avant Newton et les galaxies dérivent dans l’univers depuis la nuit des temps, c’est le cas de le dire ! Néanmoins Marx est de loin celui qui en a fourni l’explication la plus élaborée, et la plus visionnaire, même encore aujourd’hui, sur les question de l’impact économique de la robotique, par exemple ! C’est en ce sens qu’il n’est pas abusif de parler de théorie marxiste de la valeur. Si Marx a mis la loi de la valeur à la base de son œuvre majeure, Le Capital, dès le Chapitre 1 du Livre I, ce n’est sans doute pas par hasard et se réclamer marxiste sans en avoir au moins compris les bases et les implications essentielles est donc une prétention nettement abusive, même si elle reste couramment celle de la plupart des pseudos- « marxistes » actuels, au sein de la gauche française !

Quoi qu’il en soit, si le contrôle de l’appareil productif est donc aussi celui de la source de la plus-value elle-même, sa réalisation finale n’est possible que sur le marché et le contrôle des marchés, comme le montre également la guerre commerciale actuelle, reste un enjeu majeur de la lutte entre les capitalistes. En effet, la production capitaliste, pour être validée, ne doit pas principalement répondre à des besoins sociaux vitaux et essentiels, mais principalement à des besoins solvables, indépendamment de leur urgence ou de leur futilité sociale. De sorte que si le marché tend à répartir les forces productives entre les différentes régions du globe et entre les différents pays selon des critère complexes qui aboutissent à la validation capitaliste de la production, ce n’est certainement pas en fonction de la nécessité sociale, ni même de l’utilité sociale en général. Il en va évidemment de même pour la distribution de la force de travail entre les différentes branches de la production.

L’absence de l’utilité sociale comme critère essentiel de la répartition des forces productives est d’autant plus flagrante et même criante avec le développement de la société de consommation moderne qui tend par tous les moyens possibles, et principalement, médiatiques et publicitaires, à créer artificiellement des besoins dans les zones économiques à forte ou relativement forte solvabilité, quitte à démultiplier la frustration dans les zones économiques déjà complètement arriérées en termes de développement économique et social, du fait de leur trop faible solvabilité au regard des critères de rentabilité du capital.

Mais ce qui est terriblement évident à l’échelle mondiale n’en est pas moins vrai à l’échelle de chaque pays et tend à exacerber les inégalités sociales, à l’intérieur de chaque pays, où que ce soit sur le globe, comme le montrent précisément les différents foyers de révolte qui s’y allument.

Évidemment, la solution idéale serait bien que toutes ces révoltes se coordonnent à l’échelle planétaire et engendrent une force politique suffisamment puissante pour régler à la fois les problèmes de la répartition mondiale et à l’intérieur de chaque pays. C’est formellement une belle idée mais concrètement rien de plus, et d’autant moins que chaque révolte particulière se trouve déjà actuellement confrontée à l’impasse, à l’absence de perspective politique alternative locale, en dépit des bons niveaux de coordinations spontanées atteints grâce au système moderne des «réseaux sociaux ».

Marx lui-même, bien qu’étant le principal promoteur de l’internationalisme en son temps, avait parfaitement conscience de ce type de limitation et entendait donc bien la transition révolutionnaire comme une rupture anticapitaliste à l’échelon national d’abord :

« Den Kommunisten ist ferner vorgeworfen worden, sie wollten das Vaterland, die Nationalität abschaffen. Die Arbeiter haben kein Vaterland. Man kann ihnen nicht nehmen, was sie nicht haben. Indem das Proletariat zunächst sich die politische Herrschaft erobern, sich zur nationalen Klasse erheben, sich selbst als Nation konstituieren muß, ist es selbst noch national, wenn auch keineswegs im Sinne der Bourgeoisie. » ( http://www.mlwerke.de/me/me04/me04_459.htm#Kap_II)

« Les communistes ont également été accusés de vouloir abolir la patrie, la nationalité. Les ouvriers n’ont pas de patrie. On ne peut pas leur prendre ce qu’ils n’ont pas. Comme le prolétariat doit d’abord conquérir le pouvoir politique, s’élever au rang de classe nationale, se constituer lui-même en tant que nation, il est encore lui-même national, même si en aucune manière dans le sens de la bourgeoisie. »

En 1888 Engels proposait une variante de ce passage, qui, à notre avis, en éclaire précisément le sens, c’est à dire le caractère de classe du pouvoir « national » ainsi nouvellement constitué :

Engels 1888 _ « Den Kommunisten ist ferner vorgeworfen worden, sie wollten das Vaterland, die Nationalität abschaffen. Die Arbeiter haben kein Vaterland. Man kann ihnen nicht nehmen, was sie nicht haben. Indem das Proletariat zunächst sich die politische Herrschaft erobern, sich zur führenden Klasse der Nation erheben, sich selbst als Nation konstituieren muß, ist es selbst noch national, wenn auch keineswegs im Sinne der Bourgeoisie. »

« Les communistes ont également été accusés de vouloir abolir la patrie, la nationalité. Les ouvriers n’ont pas de patrie. On ne peut pas leur prendre ce qu’ils n’ont pas. Comme le prolétariat doit d’abord conquérir le pouvoir politique, s’élever comme classe dirigeante de la nation, se constituer lui-même en tant que nation, il est encore lui-même national, même si en aucune manière dans le sens de la bourgeoisie. »

En effet, ce qui sépare le pouvoir de la classe prolétarienne du sens bourgeois de la nation, c’est bien la rupture avec le capitalisme, la transition anticapitaliste qui commence avec cette prise de pouvoir prolétarienne, sinon, à quoi bon faire une révolution  prétendument « anticapitaliste »? C’est déjà clairement dans ce sens, du reste, que Marx, en 1875, avait tenté d’apporter des modifications au programme du parti socialiste allemand en voie de constitution, lors du Congrès de Gotha. Même si cette démarche est restée en son temps inaboutie, et ne fut pas publiée par Engels avant 1891, ce texte n’en est pas moins devenu rapidement la référence essentielle concernant les principes économiques de la transition. Non pas dans les formes concrètes adaptées aux conditions spécifiques de cette époque, mais bien dans les principes fondamentaux qui les sous-tendent et qui y sont clairement explicités.

Marx n’en définit donc pas moins expressément, dès la prise du pouvoir par le prolétariat, cette transition comme une première forme du communisme :

« Ce à quoi nous avons affaire ici, c’est à une société communiste non pas telle qu’elle s’est développée sur les bases qui lui sont propres, mais au contraire, telle qu’elle vient de sortir de la société capitaliste; une société par conséquent, qui, sous tous les rapports, économique, moral, intellectuel, porte encore les stigmates de l’ancienne société des flancs de laquelle elle est issue. »

Dans ce texte Marx nous explique précisément en quoi cette première forme se distingue de la forme supérieure et achevée du communisme.

C’est cette forme transitionnelle du communisme que l’on a eu ensuite pour habitude de nommer socialisme, avant que ce terme ne perde toute signification en tant que perspective politique, tant sous l’influence des divers courants révisionnistes se réclamant abusivement du marxisme, que, finalement, des sociaux-démocrates résiduels.

https://tribunemlreypa.wordpress.com/marx-marxisme-critique-du-programme-de-gotha-glose-marginale-1-les-fondamentaux-economiques-de-la-transition-socialiste-proletarienne/

Comme Marx nous l’explique dans ce texte le socialisme-première forme du communisme est une phase de transition entre capitalisme et phase supérieure du communisme, une phase de transition qui repose sur des échanges économiques en valeur-travail.

Par la suite le principe en a été résumé par une formule :

>>> « De chacun selon ses capacités, à chacun selon son travail ! »

C’est donc une phase dont le but est d’avancer vers le communisme-phase supérieure dont le principe était déjà résumé par Marx lui-même dans cet ouvrage :

>>> « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ! » 

Ce qui distingue essentiellement ces deux phases, en dernière analyse, c’est bien le niveau de développement des forces productives. Dans la phase supérieure c’est la valeur d’usage de la production qui prend le dessus sur la valeur d’échange, de sorte qu’il n’y a plus de lien contraignant entre valeur-travail et valeur d’échange, et progressivement, à mesure que la production répond le plus largement aux besoins, c’est la loi de la valeur elle-même qui tombe en désuétude, voire disparaît même carrément avec la robotisation complète de la production (Marx, Grundrisse).

Dans la première phase, basée sur les échanges en valeur-travail, l’utilisation contrôlée de la loi de la valeur sert donc à établir la correspondance entre forces productives (travail) et besoins sociaux, par le moyen du plan, démocratiquement élaboré.

Comme on l’a vu, et comme l’évidence le confirme chaque jour, l’économie capitaliste mondiale, fondée sur le marché et la finance, ne répond nullement aux besoins sociaux de l’humanité, et il en va de même au sein de chaque pays, même si de manière inégale entre les pays. La cause première en est la répartition des forces productives en fonction des intérêts des marchés et donc des capitalistes, et non en fonction des besoins sociaux réels, de la nécessité ou de l’utilité sociale.

En ne répondant qu’à la solvabilité des marchés, non seulement la répartition capitaliste des forces productives ne répond pas aux besoins sociaux réels, mais se trouve de plus contrainte de fluctuer et de varier sans cesse en fonction du fait que la solvabilité des marchés est-elle même fluctuante, ce qui entraîne sans arrêt des « restructurations » et des délocalisations d’entreprises, entraînant avec elles reculs sociaux, chômage, migrations, et malgré tous ces expédients, approfondissement de la crise, désormais chronique et insoluble.

C’est pourquoi, dès la prise du pouvoir par le prolétariat, le but n’est pas seulement de prendre le contrôle de l’appareil de production, ce qui, en soit, précisément, ne change rien à la répartition des forces productives, ni aux rapports sociaux de production, mais bien de commencer à changer cette répartition et ces rapports sociaux en fonction des intérêts des classes prolétariennes et populaires, en fonction de leurs besoins sociaux réels.

Bien entendu l’élaboration démocratique d’un plan ne peut se faire en un tournemain, ni même englober rapidement la totalité de l’économie, mais aussi bien les premières mesures du pouvoir révolutionnaire que les premières ébauches du plan doivent évidemment aller dans ce sens, faute de perdre toute signification en termes de transition anticapitaliste.

Les efforts du pouvoir révolutionnaire doivent donc d’abord aller dans le sens d’un recensement démocratique des besoins sociaux réels les plus urgents à résoudre, et progressivement, de l’ensemble, dans le but de répartir les forces productives disponibles en fonction et donc pour répondre à ces besoins les plus urgents, et assez rapidement, de développer les forces productives nécessaires pour répondre à l’ensemble.

Dans cette démarche, c’est bien la nécessité et l’utilité sociales qui sont les guides, et non pas les forces du marché et leur solvabilité, les lois de l’offre et de la demande, la loi du marché, celle qui, précisément, crée les déséquilibres et la crise chronique du capitalisme.

L’une des premières conséquences d’une répartition fonctionnelle des forces productives, en réponse aux besoins sociaux, c’est que les plus vitaux d’entre eux étant satisfaits, le travail peut également enfin être réellement partagé et réparti entre tous les travailleurs disponibles, éradiquant ainsi radicalement le chômage en répondant concrètement au principe : « de chacun selon ses besoins à chacun selon son travail ». L’expression monétaire de la valeur-travail étant sur cette base l’expression comptable du nouvel équilibre ainsi créé et non plus le reflet de la soumission de l’économie aux fluctuations du marché, à la loi de l’offre et de la demande, la loi du marché.

Comme l’expérience des 35 heures le montre, en régime capitaliste une revendication telle qu’un partage du travail menant à l’éradication du chômage est tout à fait impossible à réaliser, car le chômage est une nécessité intrinsèque vitale pour le capitalisme. C’est donc une revendication qui fait entièrement partie du programme de la transition socialiste, et non une revendication immédiatement réalisable dans le cadre du système actuel, quel que soit le rapport de force.

Mais comme l’expérience des « gilets jaunes » le montre, aucun mouvement social ne peut se développer avec force et aboutir à quelque résultat positif sans une plate-forme unitaire de revendications immédiatement réalisables et répondant à une partie significative des difficultés sociales vécues par le prolétariat et les couches populaires.

Pour autant, les maigres victoires sociales ainsi acquises restent précaires dans la durée, et le plus souvent, sont remises en cause rapidement par le capital.

Depuis la victoire de 1995, qui était en réalité davantage celle d’une sauvegarde que d’une amélioration réelle, ce sont une suite d’échecs et de reculs sur les grandes questions sociales qui ont frappé le mouvement social. La victoire sur le retrait du CPE en 2006 est restée également sans lendemain, autrement que comme le souvenir de la dernière victoire sur une revendication immédiate et de sauvegarde, également, en fait.

Dans le contexte actuel le pronostic sur l’ampleur, la durée et la force du mouvement social dont la grève du 5 Décembre pourrait être le point de départ reste impossible, mais quoi qu’il en soit, le contexte mondial de révolte impose d’avancer aux révolutionnaires prolétariens qui se réclament du marxisme, et même de marcher sur leurs deux jambes.

Ces deux jambes sont donc le programme unitaire des revendications immédiates et le programme de transition anticapitaliste. Il est clair que pour l’instant le premier pas reste à faire d’un côté comme de l’autre, mais la réflexion sur ces deux thèmes, sur la base d’un retour aux fondamentaux marxistes que nous venons de rappeler, devrait normalement recommencer à se développer, sauf à considérer que le mouvement révolutionnaire prolétarien est d’ores et déjà complètement anéanti dans ce pays.

Parmi les rares qui se réclament encore du marxisme dans ce qui reste de la gauche française se trouvent principalement les divers courants se partageant les restes du PCF, pour ne pas dire son cadavre politique, et les divers courants se réclamant du trotskysme.

Concernant le PCF résiduel et ses satellites pseudo « marxistes-léninistes » en paroles, mais néo-thoreziens assumés en pratique, il s’agit donc déjà depuis des lustres d’une succession de programmes électoraux réformistes peu ou prou inspirés par le souvenir des « Jours Heureux », selon eux, de la Kollaboration de classe instituée après guerre sous l’égide du CNR et qui n’avait naturellement aucune prétention à être une transition socialiste en aucune manière, reposant au contraire sur l’ « unité nationale » avec la bourgeoisie nationale résistante. Bien entendu, dans les conditions historiques de l’époque, un gouvernement provisoire issu de la Résistance était légitime, et aurait même pu l’être également d’un point de vue prolétarien, si le programme du CNR avait été négocié dans la perspective de maintenir la légitimité de la Résistance prolétarienne organisée en tant que force politique et militaire autonome, avec sa propre perspective de transition socialiste, ce qui n’a donc évidemment pas été le cas. Le thorezisme étant, dès cette époque, une idéologie de Kollaboration de classe et de capitulation face à la bourgeoisie monopoliste et face à l’impérialisme US.

Cette problématique historique et son héritage actuel dans le PCF et ses satellites n’est donc pas notre sujet, sauf à le résumer comme absence évidente de toute perspective de transition socialiste actuelle par ces courants politiques.

Reste donc la mouvance trotskyste, infiniment divisée, mais qui présente au moins un point commun concernant l’héritage de son « maître-à-penser »: le « Programme de transition » rédigé par Léon Trotsky lui-même.

On ne s’épuisera pas non plus ici à tenter de comprendre l’incompréhensible dédale des scissions trotskystes, mais on cherchera simplement à examiner, à partir de quelques exemples concrets qui s’y réfèrent, la logique interne éventuelle de ce programme et en quoi il répond ou non aux critères marxistes de la transition prolétarienne.

Tout récemment l’une des multiples fractions internes du NPA, parmi celles qui se réfèrent expressément au trotskysme, sous le « label » « Révolution Permanente » a précisément tenté de défendre « l’actualité brûlante » de ce « Programme de transition » de cette manière :

« Prenons un exemple. Face aux licenciements ou aux fermetures d’usines, les dirigeants syndicaux acceptent souvent des réductions de salaire en échange du maintien des emplois. Un programme transitionnel consiste à répartir les heures de travail sans réduction de salaire, non seulement en évitant les licenciements, mais aussi en intégrant davantage de personnes dans le monde du travail. Dans le premier cas, les licenciements sont évités mais sur la base de la garantie du profit du capitaliste. Dans le second cas, le chômage est combattu en donnant la priorité à la classe ouvrière et non à l’entreprise.

En ce sens, le programme de transition tente d’établir un pont entre la lutte pour les revendications les plus élémentaires et immédiates de la classe ouvrière et du peuple et une solution anticapitaliste et socialiste .»

https://www.revolutionpermanente.fr/Le-programme-de-transition-un-manifeste-de-lutte-d-une-brulante-actualite

Il est donc clair que cette prétendue « transition » s’entend comme une sorte de phase réformiste « radicale » du capitalisme qui verrait celui-ci réaliser un partage de type « socialiste » du travail, alors qu’à l’évidence l’expérience des 35 heures a déjà largement démontré l’impasse de cette démarche en termes de lutte contre le chômage.

Il est évident que le chômage est une variable d’ajustement indispensable au capital pour maintenir la pression sur les salaires et jouer du « chantage à l’emploi » en toutes circonstances. Il est clair que lorsque le rapport de force sera en faveur du prolétariat et des classes populaires sur cette question, il y aura nettement lieu d’imposer la réalisation de cette revendication dans le cadre d’une transition révolutionnaire et réellement socialiste, et non pas de tenter de négocier un accord boiteux avec le capital sur ce point.

Mais cette démarche réformiste trotskyste est effectivement réellement préconisée dans le texte de 1938 de Trotsky lui-même, sous la forme d’une « échelle mobile des heures de travail »…

En 2019 « Révolution Permanente » écrit donc aussi à ce propos : « En ce sens, le programme de transition tente d’établir un pont entre la lutte pour les revendications les plus élémentaires et immédiates de la classe ouvrière et du peuple et une solution anticapitaliste et socialiste .»

C’est également, en fait, la paraphrase d’un autre passage du « programme » de Trotsky : « Il faut aider les masses à trouver, au cours de leurs luttes quotidiennes, ce qui fera le pont entre leurs revendications actuelles et le programme de la révolution socialiste. Ce pont doit consister en un système de revendications transitoires, qui partent des conditions actuelles et de la conscience actuelle de larges couches de la classe ouvrière et qui conduisent invariablement à une seule et même conclusion : la conquête du pouvoir par le prolétariat. »

Formellement, cela paraît partir d’une bonne intention, mais quelle peut bien être l’utilité d’un prétendu « pont » placé entre les revendications sociales prolétariennes et leur réalisation par la transition révolutionnaire socialiste ?

Dans le même chapitre que son « échelle mobile des heures de travail », Trotsky place une « échelle mobile des salaires », présentée également comme une avancée politique révolutionnaire. Or qu’en est-il vraiment à ce sujet ? Une telle échelle mobile est par contre une revendication immédiate tout à fait justifiée dans le cadre du système actuel et elle a même été réalisée durant plus de trois décennies en France, en tant qu’ « acquis social » de l’époque dite des « trente glorieuses ». Elle a été perdue en 1982, sous le gouvernement « socialiste » de Mauroy… Cela traduit simplement le recul des forces sociales, déjà à cette époque. Elle n’a évidemment jamais entraîné la moindre avancée révolutionnaire… !

Alors à quoi bon mélanger des revendications qui font normalement partie d’une transition révolutionnaire anticapitaliste et des revendications immédiates parfaitement compatibles avec le système en place, si ce n’est pour semer la confusion la plus totale sur ce qu’est réellement la conception marxiste de la transition ?

A propos du même passage textuellement cité sur son site, le groupe trotskyste « Lutte Ouvrière » écrit pour sa part :

« Ce programme n’est pas une liste de revendications qui pourraient être partiellement obtenues. Aucune n’est réaliste dans le cadre du capitalisme, aucune n’est acceptable par la bourgeoisie sans la pression révolutionnaire des masses. »

« Acceptables » ou non, on voit bien que la confusion est totale et aboutit en pratique à tenter de mettre les masses en mouvement ou à faire dériver leur mouvement existant vers des objectifs « hybrides » entre capitalisme et socialisme, c’est à dire des leurres politiques qui ne correspondent à aucune réalité. Et évidemment surtout pas d’un point de vue marxiste !

L’un des autres thèmes récurrent du « programme » trotskyste est le mythe d’un prétendu « contrôle ouvrier » qui s’exercerait pendant ce « pont » transitoire, selon lui, entre capitalisme et socialisme. L’instrument en est supposément le « comité d’usine » qui partagerait, littéralement, le pouvoir avec le patronat dans l’entreprise :

« Dès le moment de l’apparition du comité dans l’usine , s’établit de fait une dualité de pouvoir. De par sa nature même, c’est une situation de transition, car elle renferme en elle-même deux régimes inconciliables : capitaliste et prolétarien. La signification primordiale des comités d’usine consiste précisément en ce qu’ils ouvrent, sinon une période directement révolutionnaire, du moins une période pré-révolutionnaire, entre régime bourgeois et prolétarien. »

[С момента возникновения комитета на заводе устанавливается фактически двоевластие. По самому существу своему оно является переходным состоянием, ибо заключает в себе два непримиримых режима: капиталистический и пролетарский. Принципиальное значение заводских комитетов в том именно и состоит, что они открывают, если не прямо революционный, то пред-революционный период — между буржуазным и пролетарским режимом. ] [Переходная программа IV интернационала – Лев Д. Троцкий (1938 г.)]

( https://www.marxists.org/russkij/trotsky/1938/agonia.htm )

Difficile d’affirmer de manière plus claire le caractère « hybride » et donc fondamentalement chimérique et révisionniste de cette prétendue « période pré-révolutionnaire » !

Quant à la « dualité de pouvoir » de tels « comités d’usine », faut-il rappeler que les « comités d’entreprises » institués par la Kollaboration de classe thorezienne dès 1945, ont eu sensiblement toutes les prérogatives que Trotsky leur attribue, voire même davantage, et cela depuis trois quarts de siècle, bientôt, sans que cela ait précisément généré la moindre ébauche de transition anticapitaliste ?

Quant à la durée supposée d’un tel « pont », on pourrait croire, en se laissant impressionner par la logorrhée pseudo- « révolutionnaire » du « maître » qu’il s’agit donc d’une sorte de brève veillée d’armes pré-insurrectionnelle, avant l’assaut final, mais manifestement cela rend absurde le concept même d’une « transition hybride » supposée nécessaire avant la transition anticapitaliste réelle, et c’est bien ce qui nous est confirmé, en fait, par la conception de la lutte contre le chômage selon Trotsky lui-même : 

« En particulier, la lutte contre le chômage est inconcevable sans une organisation large et hardie de GRANDS TRAVAUX PUBLICS. Mais les grands travaux ne peuvent avoir une importance durable et progressiste, tant pour la société que pour les chômeurs eux-mêmes, que s’ils font partie d’un plan général, conçu pour un certain nombre d’années. Dans le cadre d’un tel plan, les ouvriers revendiqueront la reprise du travail, au compte de la société, dans les entreprises privées fermées par suite de la crise. Le contrôle ouvrier fera place, dans ces cas, à une administration directe par les ouvriers. »Trotsky – programme de transition

C’est à dire à l’autogestion dans le cadre, en réalité toujours capitaliste, de ce régime prétendument « hybride ». L’autogestion dans le cadre du capitalisme est parfois utile pour sauver, au moins provisoirement, quelques emplois, effectivement, mais ne mène précisément à rien de plus, et surtout pas vers une « transition » quelle qu’elle soit, comme de multiples expériences l’ont abondamment prouvé !

En parallèle, et de façon particulièrement absurde sur une durée de plusieurs années, Trotsky préconise, en termes ronflants de « gauchisme » purement formel, l’organisation de « milices ouvrières » d’auto-défense, et notamment, prétendument « antifascistes », vu le contexte de l’époque. Hors comment même ose-t-il « imaginer » des chantiers publics de « Grands Travaux », durant des années, et encadrés par une telle milice, sinon en Kollaboration avec la police et les forces armées du système ?

Et finalement, sous l’occupation nazie, pas une seule de ces « milices ouvrières » d’usine n’a été formée, mais par contre, l’ « internationalisme » qui était supposé provoquer une « fraternisation » avec les soldats occupants a simplement déclenché une répression fatale à ces tentatives pour le moins aussi « idéalistes » qu’absurdes.

En réalité, que ce soit dans la durée, le contenu ou les applications, le prétendu « pont » que constitue le « Programme de transition » trotskyste est simplement une impasse qui ne peut que dévoyer le mouvement social de toute perspective de transition anticapitaliste réelle, et sinon le mener carrément à un régime prétendument « hybride » de Kollaboration de classe, mais toutjours capitaliste, au final !

En cela il ne se distingue pas, fondamentalement, du réformisme révisionniste thorezien, incluant également pratiquement le même « programme » de nationalisations rebaptisées, surenchère oblige, « expropriations », au motif de non-indemnisation, ce qui ne change rien quant à leur nature capitaliste monopoliste d’Etat, pas même incompatible avec l’impérialisme, ce que l’on a pu voir, précisément, à la « libération », avec les massacres en Algérie sous l’égide du CNR.

La question historique de connaître les conceptions économiques de Trotsky est-elle pour autant entièrement éclaircie à la lecture de son prétendu « Programme de transition » ?

Pour une majorité de militants de ce courant, qui ne sont pas forcément du genre à se poser des questions, ni même à aller beaucoup plus loin dans leurs lectures, et même à supposer qu’ils aient réellement étudié ce document, cela ne fait guère de doute, et notamment à « Lutte ouvrière », par exemple :

« L’actualité du Programme de Transition

Un programme n’est pas un dogme, c’est un guide pour l’action. Et le Programme de Transition, bien qu’il ait été écrit il y a 80 ans, reste le guide le plus sûr. Et même si, depuis, la société a connu des évolutions et des transformations, par bien des aspects le monde d’aujourd’hui ressemble à celui de 1938. Et surtout, ce programme se fonde sur une analyse marxiste, scientifique, du capitalisme en crise par le seul dirigeant révolutionnaire qui était capable d’en tirer des conclusions générales pour guider la classe ouvrière dans sa lutte vers la révolution sociale. »

https://www.lutte-ouvriere.org/publications/brochures/le-trotskysme-seul-programme-pour-lemancipation-des-exploites-114339.html

On vient pourtant de voir ce qu’il en est… !

Si la fin tragique de Trotsky en a fait, bien inutilement, une sorte de « martyr », cela ne doit pas nous empêcher d’examiner, précisément à la lumière du matérialisme historique et du matérialisme dialectique, la validité de son œuvre en tant que prétendu marxiste, et en termes de perspectives politiques proposées. C’est le cas où l’on serait tenté de renverser la proposition de Marx sur la critique des armes, fussent-elles résumées à un piolet, qui ne saurait donc, ici, remplacer l’arme de la critique. Le statut de victime ne constitue nullement, en soi-même, un sceau de validité idéologique révolutionnaire.

La question historique reste donc de savoir si ces concepts « transitionnels » de Trotsky, parfois totalement aberrants, sinon délirants, comme la perspective d’un « gouvernement ouvrier et paysan » qui n’est très explicitement pas censé se réaliser réellement, (bien que encore basé sur ce « programme de transition » prévu, lui, pour « des années »…), mais néanmoins supposé avoir une « fonction éducative »(sic) , si ce genre de concepts, donc, est juste le reflet de circonstances fortuites et provisoires, l’aberration d’un instant, ou bien réellement et profondément le reflet de la conception pseudo « marxiste » de Trotsky.

La question est rarement posée, même par les trotskystes eux-mêmes, et pour cause, de savoir si Trotsky avait réellement une pensée économique. Le fait est qu’il n’a écrit aucun ouvrage de fond sur la question.

Néanmoins, du fait qu’il a passé les dernières années de sa vie à dénigrer les réalisations de l’URSS on supposera donc qu’il avait quelques propositions alternatives à faire, et qu’elles sont donc le reflet de sa pensée économique. Il devrait logiquement être possible, en suivant ce fil, d’y percevoir une certaine cohérence, s’il s’en trouve effectivement une.

Avant nous, cette démarche a en réalité déjà été tentée par un éminent militant trotskyste, et même « historique » au sens où il fut parmi les proches de Trotsky lors de la création de la prétendue « 4ème internationale » dans la grange d’Alfred Rosmer, le 3 Septembre 1938, à Périgny, en banlieue parisienne. Il en est resté l’un des principaux dirigeants jusqu’en 1965. Évincé, sinon formellement « exclu » par la suite, et devenu responsable d’une des nombreuses mouvances minoritaires, ce Michel Raptis, dit « Pablo », n’en était pas moins qualifié, manifestement, pour connaître la pensée et l’œuvre du « Maître »… C’est en 1990, dans le numéro 35 de la revue « 4ème internationale » qu’il a fait en quelque sorte la synthèse de cette réflexion. De sa part il ne s’agit aucunement de développer un point de vue essentiellement critique, mais bien au contraire de dresser un véritable panégyrique de la pensée économique de Trotsky, telle qu’elle se dégage de ce fil suivi dans son œuvre.

Or la « cohérence » qui se dégage de cette démarche est typiquement, et dès l’introduction, celle qui a amené tous les révisionnistes au prétendu « socialisme de marché », et encore aujourd’hui, dans sa forme « à la chinoise », héritée du maoïsme :

« Cet exposé sera centré surtout sur les conceptions de Léon Trotsky concernant les problèmes de la « transition du capitalisme au socialisme » »

http://www.lcr-lagauche.be/cm/index.php?view=article&id=879:sur-les-conceptions-economiques-de-leon-trotsky&option=com_content&Itemid=53

Comme on l’a vu, c’est le socialisme qui est lui-même une phase de transition entre capitalisme et communisme, c’est à dire une première phase communiste et donc le début d’une rupture anticapitaliste, précisément par la formation d’un secteur économique socialiste concernant les entreprises et les ressources essentielles.

Parler de « transition » entre capitalisme et socialisme, cela nous ramène donc bien au « pont »-impasse du « Programme de transition » et c’est donc nécessairement parler d’une prolongation du capitalisme, en réalité, même si déguisée formellement en « hybride » supposé entre capitalisme et socialisme.

Il est donc également clair pour Raptis que Trotsky ne considérait pas l’URSS comme socialiste, ni sous la NEP, ni après (Trotsky parle d’ « État ouvrier », puis d’ « État ouvrier dégénéré », mais rarement d’État socialiste, et seulement pour se contredire lui-même aussitôt !

« De nouvelles entreprises grandioses, de nouvelles productions, des branches entières de l’industrie ont été créées. La capacité du prolétariat organisé en État à conduire l’économie par de nouvelles méthodes et à créer des valeurs matérielles à un rythme sans précédent a été démontrée dans la pratique. Tout cela dans le contexte d’un capitalisme mondial expirant. Le socialisme, en tant que système, a prouvé pour la première fois son droit à la victoire historique non pas dans les pages du « Capital », mais dans la pratique des centrales hydroélectriques et des hauts fourneaux. Marx préférerait sans doute cette méthode de preuve. Néanmoins, criminellement irréfléchies sont les allégations selon lesquelles l’URSS est déjà entrée dans le socialisme. »

[Созданы новые грандиозные предприятия, новые производства, целые отрасли промышленности. Показана на деле способность организованного в государство пролетариата вести хозяйство новыми методами и создавать материальные ценности в небывалых ранее темпах. Все это – на фоне издыхающего мирового капитализма. Социализм, как система, впервые доказал свое право на историческую победу не на страницах « Капитала », а практикой гидростанций и доменных печей. Маркс несомненно предпочел бы этот способ доказательства. Однако, преступно легкомысленны утверждения, будто СССР уже вступил в социализм.] [ http://www.magister.msk.ru/library/trotsky/trotm327.htm ]

A quelque moment que ce soit, il prétend y voir donc toujours une « étape intermédiaire » entre capitalisme et socialisme proprement dit.

Une société hybride, dont la nature de classe reste formellement imprécise, mais pour laquelle il préconise en quelque sorte une première version de son « pont » programmatique révisionniste.

Or, considéré d’un point de vue marxiste, il y a nécessairement dans tout Etat, une base économique dominante, et qui a une nature de classe déterminée, et donc pas de situation hybride possible, en termes de mode de production. Prolétariat ou bourgeoisie, socialisme ou capitalisme, il y a nécessairement un mode de production dominant et déterminé, qui caractérise la nature de classe d’un système, d’un État.

La façon dont Trotsky considérait la situation en URSS et la façon dont il a conçu son « Programme de transition » ne sont précisément différentes en rien dans leurs déformations des fondamentaux du marxisme, et c’est en cela, effectivement, que le trotskysme conserve une certaine cohérence interne, en tant que forme de révisionnisme, et c’est ce que l’on voit bien à travers la lecture que Raptis fait lui-même de Trotsky:

« Plan et industrialisation font partie de sa conception plus générale de la NEP couvrant la période de « transition du capitalisme au socialisme ». Ils s’inscrivent dans une économie de marché dominée encore aussi bien par la loi de la valeur que par la rente foncière absolue et différentielle. »

C’est à dire tous les fondamentaux du capitalisme !

Mais en bon trotskyste, il n’est pas à une contradiction près  et souligne donc de lui-même celle qu’il a effectivement pu relever chez Trotsky, qu’il paraphrase ainsi :

« Le plan « viole » constamment la loi de la valeur qui régit encore cette économie par le rôle multiple de l’Etat, de son budget, et de ses autres interventions. »

(Trotsky >>> « l’économie planifiée de la période de transition, même basée sur la loi de la valeur, la viole à chaque pas et établit des rapports d’échange inégal entre différentes branches de l’industrie. » https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/07/300705a.htm )

Alors que précisément, selon les principes économiques de transition développé par Marx dans la Critique du Programme de Gotha, l’État prolétarien établi le plan et contrôle sa réalisation par une utilisation maîtrisée de la Loi de la valeur, et non pas en la « violant » !!! C’est cette utilisation maîtrisée qui permet d’établir la correspondance entre les besoins démocratiquement définis par le plan et la répartition des forces productives, définie en fonction et en conséquence, pour y répondre. C’est bien là ce qui permet, au contraire du « programme » trotskyste, de réduire la part résiduelle de l’économie de marché, encore soumise à la loi de l’offre et de la demande, c’est à dire à la loi du marché, qui précisément, elle, fait constamment dériver les prix hors de l’équilibre potentiellement induit par l’action « spontanée » de la loi de la valeur !

C’est précisément là, de plus, la cause directe de l’échec final de la NEP, par une situation de crise économique engendrée par les vices intrinsèques de l’économie de marché, dont Trotsky souhaitait effectivement le maintien, et même l’extension au secteur socialiste, et réaffirmant encore cela expressément cela en 1936, soit huit ans après la « Crise des grains » qui fut fatale à la NEP, dans son ouvrage majeur, dit « la révolution trahie »:

« L’assainissement des relations économiques avec les campagnes constituait sans nul doute la tâche la plus urgente et la plus épineuse de la Nep. L’expérience montra vite que l’industrie elle-même, bien que socialisée, avait besoin des méthodes de calcul monétaire élaborées par le capitalisme. Le plan ne saurait reposer sur les seules données de l’intelligence. Le jeu de l’offre et de la demande reste pour lui, et pour longtemps encore, la base matérielle indispensable et le correctif sauveur. »

( https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/revtrahie/frodcp2.htm)

Manifestement, cette affirmation selon laquelle la loi du marché doit s’étendre au secteur économique « socialiste », « et pour longtemps encore », répond déjà très concrètement à la question de savoir si les concepts « transitionnels » de Trotsky sont juste l’aberration d’un moment ou bien le reflet de sa pensée économique réelle.

Du reste, Raptis nous rappelle que pour Trotsky, et tel qu’il l’affirme dès 1932, dans un texte aujourd’hui introuvable en français, c’est donc bien en réalité l’ensemble du plan qui doit être soumis à la loi du marché :

« Les innombrables participants vivants à l’économie, qu’ils soient étatiques ou privés, collectifs ou individuels, doivent déclarer leurs besoins et leur importance relative, non seulement par l’intermédiaire des calculs statistiques des commissions du plan mais aussi par la pression directe de l’offre et de la demande. Le plan est vérifié et, dans une large mesure, réalisé par le marché. »

[« Бесчисленные живые участники хозяйства, государственные и частные, коллективные и единоличные, должны заявлять о своих нуждах и о своей относительной силе не только через статистические выкладки плановых комиссий, но и непосредственным давлением спроса и предложения. План проверяется и, в значительной мере, осуществляется через рынок. »] [http://www.magister.msk.ru/library/trotsky/trotm327.htm ]

Pour Trotsky, c’est clairement le marché qui est prétendument le « régulateur » de l’économie, tout à fait à l’instar des actuels « ultra-libéraux » et de leur tragique et assassine « main du marché » ! Le plan, selon Trotsky, se réduit ainsi quasiment à un plan « marketing »…

« La régulation du marché lui-même doit s’appuyer sur les tendances détectables par son intermédiaire . Les plans directeurs produits par les ministères doivent démontrer leur efficacité économique par des calculs commerciaux. » [Регулирование самого рынка должно опираться на обнаруживаемые через его посредство тенденции. Предначертания канцелярий должны доказать свою хозяйственную целесообразность через коммерческую калькуляцию.][ibidem]

Et c’est ainsi, en se basant sur les prix du marché, qu’il prétendait en arriver à stabiliser la monnaie…

« Le système de l’économie de transition est impensable sans le contrôle par le rouble. Cela présuppose, à son tour, un rouble égal à lui-même . Sans une unité (monétaire) stable le prévisionnel commercial ne peut qu’accroître le chaos. »[Система переходного хозяйства немыслима без контроля рублем. Это предполагает, в свою очередь, что рубль равен самому себе. Без устойчивой единицы коммерческий расчет способен только увеличить хаос.][ibidem] 

Alors que pour Marx, selon la loi de la valeur, et à l’évidence, de plus, c’est la formation de la valeur, sous sa forme finale avant expression du prix, et qu’il appelle « Valeur de marché », qui conditionne l’offre et la demande, et régule donc, en dernier ressort, le marché !!!

Et non l’inverse !!!

C’est ce qui explique que les prix se rapprochent à nouveau de cette «Valeur de marché », entre deux crises…

Alors que la loi du marché, celle de l’offre et de la demande, a au contraire tendance à introduire une distorsion constante entre prix et valeur, ce qui entraîne, précisément, les crises !

Et y compris et surtout, sous la NEP, d’où son échec inévitable…

« Même l’économiste ordinaire se rend compte que sans le moindre changement de  l’offre ou  de la demande occasionné  par des  circonstances extérieures le rapport des deux peut changer à la suite d’un changement dans la valeur de marché des marchandises. Même lui, il doit reconnaître que l’offre et la demande doivent être égales pour obtenir la valeur de marché quelle qu’elle soit. Ceci signifie que le rapport entre l’offre et la demande n’explique pas la valeur de marché, mais au contraire que c’est elle qui explique les fluctuations de l’offre et de la demande. »

( Marx, Capital, III, 10)

De plus, même l’ « équilibre » provisoire qui peut s’établir, entre deux, crises, dans l’économie de marché, ne répond jamais qu’aux demandes et aux besoins solvables et rentables financièrement, et non pas à des critères d’utilité sociale, et encore moins, de nécessité sociale urgente pour les plus démunis, pour les catégories les plus socialement défavorisées, ce qui est par exemple typiquement illustré par la réalité des 275 millions de travailleurs migrants « mingongs » en Chine prétendument « socialiste de marché » !

Prétendre rétablir un équilibre économique à partir d’une « planification » établie sur les prix du marché, fixés par l’offre et la demande, c’est donc bien une aberration totale, comme Marx nous l’explique :

« Il est évident que les lois internes effectives régissant la production capitaliste ne peuvent trouver leur explication dans l’interaction de l’offre et la demande. (Nous écartons une analyse plus approfondie de ces deux éléments moteurs de la société qui n’aurait pas sa place ici.) Car ces lois n’apparaissent comme réalisées dans toute leur pureté que lorsque l’offre et la demande cessent d’agir, à savoir quand elles coïncident. En réalité, elles ne coïncident jamais. Si cela devait arriver une fois en passant, ce serait tout à fait par hasard ; au point de vue scientifique, cette probabilité est nulle et n’a pas à être considérée. » ( Marx, Capital, III, 10)

Ce n’est donc évidemment pas la loi du marché qui est le régulateur de l’économie (la « main du marché » des ultra-libéraux!), mais la LOI DE LA VALEUR, et cela quel que soit le régime, capitalisme ou socialisme, et d’où l’intérêt de réduire au maximum le poids de l’économie de marché, dès le début de la transition socialiste, avec pour but de l’éradiquer autant que possible, et même complètement, aussitôt que possible. C’est en ce sens, déjà défini par Marx dans la Critique du Programme de Gotha, que l’économie socialiste doit être développée, et non dans le sens inverse, à la Trotsky-Khrouchtchev-Deng Xiaoping !!

Dans le même texte de 1932, Trotsky tente à nouveau de justifier son prétendu principe « transitionnel » hybride entre capitalisme et socialisme en avançant qu’il aurait même ses propres lois économiques…

« Закономерности переходного общества весьма отличаются от закономерностей капитализма. Но не меньше отличаются они от будущих закономерностей социализма, т. е. гармонического хозяйства, растущего на основе выверенного и обеспеченного динамического равновесия. »

« Les lois de la société de transition se distinguent singulièrement des lois du capitalisme. Mais elles ne se distinguent pas moins des futures lois du socialisme, c’est-à-dire de l’économie harmonieuse, se développant sur la base d’un équilibre dynamique ajusté et garanti. »

http://www.magister.msk.ru/library/trotsky/trotm327.htm

Effectivement, on vient de voir ce qu’il en est !!!

La « troisième voie » révisionniste de Trotsky, ce n’est pas autre chose que l’actuel et prétendu « socialisme de marché », c’est à dire, pas de socialisme du tout!

Et on est prévenus… Pour ce qui est d’un « équilibre économique dynamique ajusté et garanti », c’est à dire normalement par la planification de transition socialiste, évidemment, on repassera!!!

Le « pont » trotskyste « de transition » n’est rien d’autre qu’une impasse politique qui mène tout au plus à un énième gouvernement social-démocrate plus ou moins « rougi » et « reverdi » sur sa « gauche » par la Kollaboration de classe, et rien d’autre.

Alors que même pour une revendication aussi évidente que l’éradication du chômage par le partage du travail, cela ne peut se faire que par une nouvelle répartition des forces productives en fonction de la réponse à apporter à l’ensemble des besoins sociaux les plus vitaux et les plus urgents, et cela n’est possible que par une économie de transition réellement socialiste, basée sur une utilisation contrôlée de la loi de la valeur, et non sur la loi du marché, alors que pour Trotsky:

« En acceptant ou en rejetant les marchan­dises, le marché, arène de l’échange, décide si elles contiennent ou ne contiennent pas de travail socialement nécessaire, détermine ainsi les quantités des différentes espèces de marchandises nécessaires à la société, et, par conséquent, aussi la distribution de la force de travail entre les différentes branches de la production. »

in « le Marxisme[…de Trotsky!]  et notre époque » 

https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390418b.htm

Alors que des luttes massives ne cessent de se développer un peu partout sur la planète, la question reste posée, pour tous ceux qui cherchent réellement une rupture avec le capitalisme, d’un retour nécessaire aux fondamentaux du Marxisme.

A trois jours du 1er anniversaire du 17 Novembre, et à trois semaine du 5 Décembre, personne ne sait vraiment à quel niveau la lutte de classe peut se développer, en France, mais une chose reste certaine, la barricade, elle, n’a toujours que deux cotés!

Luniterre

Résolution sur la « mémoire » européenne : ou l’Histoire en marche arrière!

 

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/11/01/guerre-de-classe-la-gauche-joue-desormais-perdant-pourquoi/

 

https://cdni.rbth.com/rbthmedia/images/2017.09/original/59b2a8f885600a236049f4d1.jpg

 

 

 

« Il y a une guerre des classes, c’est un fait. Mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre et qui est en train de la gagner. »

Personne n’a vraiment oublié cette assertion « choc » du milliardaire Warren Buffet. C’était sur la chaîne US CNN, en 2005.

Après la crise de 2008 et sa « solution » financière exponentielle, il affirmait même le caractère définitif de cette victoire… !

Jusqu’à tout récemment, près de 15 ans plus tard, l’histoire, malgré la violence exacerbée des divers conflits sur la planète, semblait encore lui donner raison. Ces derniers temps, néanmoins, les multiples et massives révoltes populaires à travers le monde ont en quelque sorte réintroduit un sérieux doute concernant cette affirmation. Pour autant, malgré leur aspect massif, toutes ces luttes semblent se fourvoyer systématiquement dans des impasses, faute de perspective politique réellement alternative au système en place, et qui semble donc rester inamovible. Et cela malgré l’évidence criante des inégalités gigantesques qu’il ne cesse de creuser et des aberrations économiques et écologiques que cela engendre.

Le générateur de cette catastrophe planétaire est néanmoins pourtant parfaitement identifié, et surtout précisément depuis cette crise de 2008 : c’est clairement la domination planétaire du capital financier sur pratiquement toutes les formes d’expression du pouvoir.

La « démocratie » libérale n’est plus que le champ clos où s’affrontent les différents lobbys pour le partage des influences lucratives, via leurs marionnettes politiques de plus en plus pitoyablement agitées sur la scène, et dont Trump semble être l’archétype, caricatural à l’extrême.

Et la guerre de classe, dans le domaine idéologique et culturel, elle, n’a jamais réellement cessé, bien au contraire ! La bourgeoisie n’a de cesse de traquer la moindre réminiscence de la période où une alternative au capitalisme semblait possible, et l’était encore réellement, dans une certaine mesure.

D’une part, l’absurdité du système actuel est tellement flagrante qu’une partie substantielle de l’intelligentsia et des classes moyennes à son service en arrive régulièrement à se déclarer plus ou moins « anticapitaliste », même si cela ne porte pas à d’autres conséquences que des mouvements de contestation purement formelle et vite récupérés sous les diverses formes de réformisme de sa classe politique. Mais d’autre part, la peur réelle qui semble encore tenailler la bourgeoisie est bien la résurgence éventuelle du « spectre communiste » qu’elle n’a donc de cesse de traquer partout où il pourrait reprendre forme.

Contrairement aux espoirs qu’elle fondait à la « chute du mur » et sur la période 1989-92, c’est la prétendue « fin de l’histoire » qui appartient d’ores et déjà carrément au passé, et si une « fin » semble à nouveau se rapprocher à grands pas, c’est bien la « fin » possiblement apocalyptique du système lui-même, non pas nécessairement due à on ne sait plus trop quel hypothétique « ennemi », mais bien simplement à ses propres contradictions. Dans ces conditions, le système garde constamment un œil ouvert sur toutes les traces mémorielles, quelles qu’elles soient, de la période soviétique. C’est ce qu’on a vu à l’Occasion du centenaire d’Octobre, qui a vu monter en scène toute une batterie de « spécialistes » et d’ « historiens », parfois très officiellement appointés, et sinon, indirectement, pour s’assurer d’un sommeil profond de ce terrible fantôme…

Mais le système, faute de résoudre sa propre crise, a tout intérêt à entretenir lui-même le « messianisme » millénariste d’une fin apocalyptique prochaine, qu’elle soit « écologique » ou non, et contre laquelle il peut donc se poser en « rempart de l’humanité », et ainsi tenter de se prolonger, à travers quelques formules « choc », comme seule « alternative » possible …à la catastrophe qu’il a engendré lui-même !

Pour la bourgeoisie, tout ce qui n’est pas elle-même ou directement dépendant d’elle-même est à ses yeux « apocalyptique ». Dès la naissance de l’URSS elle s’est efforcée d’en forger une vision « apocalyptique », au point de tenter d’en faire un mythe cauchemardesque fédérateur de sa propre classe, et même par dessus ses propres conflits internes d’intérêts. C’est ainsi que le véritable monstre nazi potentiellement engendré dès 1919, par le traité de Versailles a pu être couvé, comme antidote potentielle à ce cauchemar, malgré ses outrances dans la cour même du capitalisme européen et international.

Mais la bourgeoisie avait nettement sous-estimé la boulimie de ce monstre engendré en son sein, et dont la nature profonde n’était donc pas différente d’elle-même. Elle escomptait simplement que cette boulimie ne soit orientée que vers l’Est…

Cette « erreur de perspective » l’amena finalement à une inversion, même si très provisoire, dans l’attribution du rôle des monstres à exorciser…

C’est ce que nous rappelle un film remarquable récemment retrouvé par l’un de nos camarade et dont nous avons fait la présentation sur TML. Ce film date juste de 1943, peu après la victoire soviétique de Stalingrad. Réalisé pour le compte des autorités US il a été manifestement pensé par des cinéastes qui avaient déjà une vue historique d’ensemble étonnamment pertinente de l’ensemble du « Front de l’Est », compte tenu du peu de recul par rapport à ces événements tous récents pour eux et pour le monde de ce temps !

 

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Évidemment ces cinéastes avaient donc accès à des sources de première main, ce qui en fait encore aujourd’hui, du reste, un doc historique exceptionnel. Mais ce qui est le plus caractéristique, par rapport aux vues « officielles » actuelles sur cette époque, c’est l’importance qu’ils accordent à la vie sociale des infrastructures économiques soviétiques qui ont rendu précisément l’effort de guerre possible et efficace.

Il apparaît clairement dans ce film que la victoire de cet effort de guerre est bel et bien la victoire de l’ensemble de la société socialiste soviétique, et non celle d’un tyran machiavélique secondé par une poignée de généraux et de bureaucrates despotiques. C’est la victoire des soviétiques qui se sont mobilisés par millions, que ce soit sur les lignes de front ou comme partisans, en arrière des lignes ennemies, ou tout simplement, à leurs postes de travail, tous essentiels pour l’effort de guerre.

C’est un aperçu de la réalité soviétique, dans ce film US de 1943, qui est donc concrètement l’antithèse de la vision prétendument « historique » qui nous en est donnée dans les manuels scolaires actuels, dans les notices Wikipédia, les émissions de télé, etc.

Et bien évidemment, c’est aussi l’antithèse, également, de celle désormais « officiellement » votée au Parlement Européen par sa « résolution » sur la « mémoire » de la 2ème Guerre Mondiale, et qui fait carrément porter la responsabilité du déclenchement de la guerre à l’URSS ! (*)

Et c’est en ce sens que ce film est particulièrement significatif, aujourd’hui !

En effet, le Parlement Européen, en adressant directement sa « résolution » assimilant le communisme au nazisme au Parlement de la Fédération de Russie, enjoint donc expressément le gouvernement russe de cesser en pratique de commémorer cette victoire soviétique.

Et pour quelle raison réelle, sinon pour tenter à nouveau d’effacer la mémoire, non seulement de cette victoire, mais de la société socialiste soviétique qui l’a rendue possible ?

En effet, pourquoi tant d’efforts et de sacrifices, de la part des citoyens soviétique, sinon pour défendre ce pays, l’URSS, qu’ils venaient de rebâtir presque entièrement en une dizaine d’années, depuis la fin de la NEP et le début de la collectivisation ?

Pourquoi auraient-ils fait tant d’efforts et de sacrifices, si leur pays correspondait un tant soit peu à la vision cauchemardesque qu’en donnent aujourd’hui les manuels scolaires, Wikipédia et autres médias ?

Pourquoi tant d’efforts et de sacrifices pour ce pays, si la « résolution » du 19/09/2019 du Parlement Européen n’est pas simplement une manipulation mensongère de l’histoire ?

A travers la mémoire nationale russe, ce qui est encore commémoré massivement aujourd’hui, à chaque occasion possible, et avec effectivement l’appui du gouvernement de la Fédération de Russie, ce n’est pas seulement la fête de la victoire, mais c’est précisément la mémoire de cet effort collectif et de tous les sacrifices qui ont été nécessaires pour bâtir, pied à pied, cette victoire.

C’est en ce sens que ces commémorations sont devenue une communion nationale populaire qui constitue encore actuellement une part essentielle de l’âme russe.

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Et il se trouve donc que cette mémoire collective russe coïncide tout à fait avec la réalité filmée en 1943 par les cinéastes US, et non avec l’actuelle caricature occidentale cauchemardesque que le Parlement Européen vient de « légaliser » par son vote.

Ce vote est, sur le terrain « mémoriel » où il prétend se situer, une déclaration de guerre idéologique, ni plus ni moins.

Ce que vise expressément le Parlement Européen, dans les attendus de son vote, c’est bien l’ensemble de la période socialiste soviétique qui a permis la construction de cette capacité à vaincre le fascisme. C’est un moment historique particulièrement émouvant de cette période qu’il nous est donc encore donné de comprendre dans le film de 1943, et il nous montre précisément ce que socialisme réel signifiait en URSS, pour la classe ouvrière et l’ensemble des classes populaires de ce pays. Cette acte de guerre idéologique fomenté par le Parlement Européen, c’est donc aussi, et même avant tout, un acte de guerre de classe.

Or, comment la « gauche » française se situe-t-elle face à cet acte de guerre de classe ? Se situe-t-elle vraiment du côté du prolétariat et des classes populaires ? Est-elle capable de mener une contre-offensive ?

En réalité, depuis des décennies déjà, elle n’a cessé de dénigrer l’URSS, que ce soit de son vivant ou après sa chute ! Et de s’autoflageller pour la période où elle l’a soutenue…

Elle se pique d’ « antifascisme » mais se trouve incapable de relever le gant de ce défi, quand est attaquée la mémoire de l’URSS qui est réellement le pays qui a fait l’essentiel de l’effort de guerre contre le nazisme, lui a infligé sa première défaite aux portes de Moscou, dès Décembre 1941 et l’a finalement défait à Stalingrad avant de le vaincre définitivement à Berlin !

Une bonne partie de la gauche se retrouve même carrément dans les soutiens de cette « résolution », et si une autre partie esquisse des protestations c’est toujours de façon à en cautionner néanmoins l’antisoviétisme fondamental, de manière directe ou non. Aucune de ces « esquisses » rhétoriques, aussi alambiquées et sophistiquées soient-elles, n’assume l’essentiel de ce qui a précisément et réellement fait la force de l’URSS de cette époque : la construction du socialisme et le développement des forces productives qu’il a rendu possible, sur la décennie précédent la guerre.

La victoire de l’URSS sur le nazisme, ce n’est pas simplement la victoire de l’armée d’une nation sur une autre, mais c’est d’abord la victoire de la construction du socialisme, une victoire du prolétariat et des classes populaires, précisément, dans la guerre de classes !

Et certainement la plus grande victoire historique prolétarienne dans cette guerre de classe, dont aujourd’hui les financiers milliardaires, comme Warren Buffet, qui achèvent de détruire la planète, osent se proclamer vainqueurs !

Réduire la responsabilité de la victoire historique prolétarienne de l’URSS à celle d’un seul homme, son leader politique, Joseph Staline, et tenter à la fois de faire de celui-ci une sorte de démiurge concentrant en sa seule personne toute la force d’un pays de la taille d’un continent et de le présenter comme un bureaucrate despotique irresponsable et paranoïaque, une caricature de diable d’opérette, telle est la stratégie de communication menée tous azimuts par l’Occident, de droite à « gauche », depuis des décennies, comme contre-offensive dans cette guerre de classe, pour masquer la tolérance plus que coupable dont la bourgeoisie a fait preuve à l’égard de sa propre progéniture réellement monstrueuse, le nazisme !

Ne pouvant effacer historiquement le comportement criminel de cet avatar idéologique de sa propre classe, la bourgeoisie l’a très officiellement renié comme elle sait le faire de toute progéniture classée indigne, le chassant par la grande porte de ses proclamations humanistes, pour le laisser rentrer par la petite fenêtre de ses besoins urgents, comme elle continue de le faire en Ukraine, par exemple.

C’est ce qui ressort typiquement de cette résolution du 19 Septembre 2019, qui cautionne, en fait, les régimes européens légalisant et encourageant l’anticommunisme, l’antisoviétisme et la russophobie.

Tout en prétendant assimiler le communisme au nazisme, il s’agit, en fait, de tenter d’effacer la responsabilité de l’Occident « libéral » et de sa complaisance munichoise à l’égard du nazisme, c’est à dire, sa responsabilité réelle dans la genèse de la Seconde Guerre Mondiale, la plus meurtrière de toutes, et qui a assassiné plus de 25 millions de citoyens soviétiques en quatre ans !

https://i.pinimg.com/originals/d0/e0/69/d0e069993cad81c1892a92785e44d673.png

Comment la gauche actuelle peut-elle prétendre se qualifier d’antifasciste en cautionnant, directement ou hypocritement, ce mensonge de la bourgeoisie européenne et en s’asseyant, de fait, sur cette montagne de cadavres prolétariens ?

Comment peut-elle, une seule seconde, parler au nom des révoltes prolétariennes et populaires qui se lèvent, un peu partout, aujourd’hui, à travers le monde ?

Non seulement elle ne le peut pas, mais il est donc bien naturel qu’elle se trouve rejetée par le prolétariat pour ce qu’elle est véritablement : une émanation de la pensée « libérale » asservie au système qui détruit la planète et le condamne chaque jour à de nouveaux reculs sociaux, et dans bien des pays, à une misère de plus en plus noire.

Si quelques rares éléments sincèrement de gauche, sincèrement décidés en finir avec ce système se trouvent encore dans cette gauche, ce film peut être pour eux matière à réflexion sur la réalité historique de la guerre de classe.

Et face à l’offensive idéologique de la bourgeoisie exprimée dans cette « résolution européenne », ce doit être logiquement pour eux l’heure d’un choix politique essentiel : celui du camp dans lequel ils veulent réellement se tenir dans la guerre de classe.

Dès 1941, six mois à peine après son entrée « triomphale » en URSS l’armée nazie était arrêtée aux portes de Moscou et repoussée de 200km. Pour le nazisme, c’était le véritable début de la fin.

Dans la guerre de classe, il n’y a pas de défaite qui soit irrémédiable. Mais sans une contre-offensive appropriée, la victoire reste aux Warren Buffet et à leurs zélateurs politiques, droite et « gauche » confondues. Ils sont le camp déterminé à maintenir le système mortifère en place.

Ils sont le camp des destructeurs de la planète, le camp des financiers impérialistes pour lesquels la mémoire de l’URSS et de sa victoire antifasciste est intolérable. La résolution européenne mensongère du 19 Septembre 2019 est l’aboutissement de leur idéologie dans la guerre de classe.

La victoire antifasciste du prolétariat dans la Seconde Guerre Mondiale ne repose évidemment pas sur les épaule d’un seul homme, Joseph Staline, mais bien sur celles de tout un pays socialiste reconstruit en une dizaine d’années sur la base de son idéologie de classe, l’héritage de la Révolution d’Octobre, l’héritage de Marx et de Lénine : le Marxisme-Léninisme.

Tant que la gauche continuera de rejeter les fondamentaux qui ont permis la victoire historique du prolétariat, elle restera dans le camp des ennemis du prolétariat, dans le camp de la bourgeoisie, et, tout en se proclamant « antifasciste », dans le camp des néo-nazis, en fin de compte. Et sa défaite ne sera que la mise au rebut de l’un des multiples faire-valoir jetables du système, et non pas celle du prolétariat qui tente aujourd’hui de relever la tête par ses multiples révoltes sur la planète.

Luniterre

(* https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/09/27/resolution-du-parlement-europeen-vers-une-nouvelle-guerre-de-classe-contre-la-russie/ )

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https://img.pravda.ru/image/article/5/1/4/365514.jpeg

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Quand Staline sort des eaux…

https://www.challenges.fr/assets/img/2019/07/06/cover-r4x3w1000-5d2045c7c91fc-ab0e67e34230d83d34e3174c4159686e97f984c4-jpg.jpg

Quand Staline sort des eaux…

Koussa, dans les montagnes de l’Oural, est une petite ville sans histoires. Mais quand une statue de Staline a été découverte au fond d’un étang, un débat féroce sur l’héritage du dictateur a réveillé de vieilles divisions.

En 2018, à l’occasion de travaux d’entretien ayant fait baisser les eaux de l’étang, les habitants de cette ville de 18 000 habitants ont remarqué une imposante statue du dirigeant soviétique.

Personne ne sait comment cette statue en béton s’est retrouvée là. Stanislav Safeïev, un militant communiste, en a entendu parler quand un photographe a posté sur Internet un cliché du monument, reposant sur le quai près duquel il a été retrouvé.

Avec l’aide d’autres activistes, ce membre du mouvement patriotique « Essence du temps » l’a récupérée et transportée chez lui pour la restaurer. Selon lui, réinstaller la statue permettrait « d’améliorer la compréhension et la connaissance de cette période de l’histoire ».

Mais il rencontre « une pression énorme » des autorités locales, qui ont d’autres projets pour Staline.

Iouri Lyssiakov, le chef du conseil municipal de Koussa, veut que la statue trouve une place dans un musée qui « décrirait l’histoire de ce personnage et de la découverte et la restauration » de la statue.

De toute façon, ajoute-t-il, les variations extrêmes du climat à Koussa, de -40°C l’hiver à +40°C l’été, abîmeraient la structure de béton de la sculpture.

Grand débat

Dans la ville, le débat fait rage entre les partisans d’un musée et ceux désirant la voir érigée dans l’espace public.

Maria Tarynina, 69 ans, est née quelques années seulement avant la mort du dictateur, en 1953. Pourtant, le souvenir de Staline est bien vivant pour elle : « C’est peut-être lié à ma jeunesse, quand Staline et Lénine étaient des leaders (…), je suis pour sa restauration. »

D’autres se souviennent que les répressions staliniennes ont tué des millions de Soviétiques. « Il a fait beaucoup pour le pays, pour l’Union soviétique. Mais il y a plus qu’assez de preuves qu’il a mal agi envers ses concitoyens », assène Irina Aksionova, 39 ans.

 

Comme la plupart des villes russes, Koussa possède déjà une statue de Lénine. Les statues de Staline ont, pour leur part, été démantelées après la dénonciation des crimes de Staline par le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev en 1956.

Mais le débat qui s’est emparé de Koussa fait écho aux ambivalences et aux oublis de la société russe vis-à-vis de Staline. L’an passé, un sondage révélait que la moitié des Russes âgés de 18 à 24 ans n’avaient jamais entendu parler des répressions staliniennes.

Dans un autre sondage, publié cette année, 70% des Russes disaient approuver le rôle du dictateur dans l’histoire.

https://www.geo.fr/histoire/decouverte-par-hasard-au-fond-dun-etang-une-statue-de-staline-seme-la-zizanie-dans-une-petite-ville-russe-196464

 

 

Urgence pour l’Hôpital! Urgence totale des luttes sociales!

 

 

 

IMPORTANTE MISE A JOUR DE LA PÉTITION:


https://www.change.org/p/emmanuel-macron-mettre-fin-au-scandale-%C3%A0-40-milliards-du-cice-et-de-son-substitut-actuel-82eed49b-2055-4be5-a0b0-4dcc8e80e771

https://gjles42revendications.wordpress.com/2019/09/12/urgence-pour-lhopital-urgence-totale-des-luttes-sociales/

Gilets Jaunes : faut-il passer à autre chose ?

10 mois après le 17 Novembre et le début d’un mouvement social parmi les plus originaux en France, parlons peu, mais parlons chiffres.

Une autre lutte sociale, depuis 6 mois, celle des Urgences Hospitalières, continue de résister, sans pour autant forcément converger.

Agnès Buzyn annonce « royalement » l’octroi de 750 millions d’euros pour soi-disant régler le problème. Pour les urgentistes, c’est notoirement insuffisant, et on les comprend, vu le recul social général, à l’hôpital comme ailleurs, mais ici avec des conséquences qui peuvent s’avérer parfois carrément fatales au patient.

750 millions d’euros, cela représente 0,19% des dépenses globales de l’État en 2019,

https://www.challenges.fr/politique/budget-le-deficit-de-l-etat-va-se-creuser-en-2019_614885

et donc 1,88% des 40 Milliards réellement gaspillés au nom du CICE… (*)

Ces Milliards qui sont d’abord et avant tout les nôtres, ceux de tous les travailleurs et les retraités, ponctionnés via les impôts directs et indirects…

Dans un article du 10/02/2019

http://www.lamarseillaise.fr/analyses-de-la-redaction/decryptage/74835-denis-durand-une-hausse-du-smic-de-200-net-payee-par-les-entreprises-est-possible

Un M. Denis Durand, qui se présente aujourd’hui comme un économiste à la retraite, mais politiquement engagé, nous fait à nouveau, et s’il en était encore besoin, la démonstration que l’argent existe bel et bien, que ce soit pour les urgences ou les autres revendications sociales.

Ce n’est donc pas forcément pour son engagement politique que l’on fera confiance à ses chiffres, loin de là, mais pour ce qu’il a été du temps de son activité professionnelle :

Directeur adjoint à la Banque de France, et aussi membre du Conseil économique, social et environnemental, et secrétaire général du syndicat national CGT de la Banque de France. On peut donc raisonnablement considérer qu’il sait de quoi il parle.

Dans cet article il nous explique que le montant total des dividendes versés aux actionnaires des entreprises françaises s’élève à 180 Milliards d’euros, et le montant total des intérêts versés aux banques par ces mêmes entreprises, s’élève, lui, à 67 Milliards d’euros…

Concernant une vérification de ces chiffres, on a le total des dividendes versés aux actionnaires du CAC40, soit 57,4 Milliards d’€ de dividendes,

http://www.lefigaro.fr/societes/2019/01/09/20005-20190109ARTFIG00184-les-entreprises-du-cac-40-ont-verse-57-milliards-a-leurs-actionnaires-en-2018.php

Mais ce ne sont jamais que 40 entreprises, même si parmi les plus grosses…

L’indice mondial Janus Henderson, lui, se base sur les 1200 plus grosses entreprises mondiales, mais on ne sait pas lesquelles sont prises en compte, en France. Toujours est-il qu’il leur attribue un équivalent de 51 Milliards de dollars de dividendes sur le seul second trimestre, un nouveau record, à l’unisson du total trimestriel mondial, 513,8 Milliards $, sur un total annuel « prévisionnel » de 1430 Milliards $ !!!

https://www.francetransactions.com/actus/news-bourse/analyses-des-marches/marche-actions-record-europeen-de-distribution-de-dividendes-au-sein-du-cac40.html

https://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/a-5138-milliards-de-dollars-les-dividendes-mondiaux-battent-un-nouveau-record-1124927

Le chiffre de 180 Mds €, considéré pour l’ensemble des entreprises françaises, indépendamment de leur taille, reste donc crédible, vu la source, qui n’est donc que celle de M. Denis Durand, mais qui n’est contestée nulle part, et pour cause, même chez ses opposants politiques… !

Rappelons encore que la France est unanimement reconnue championne du monde …pour le versement des dividendes !

Quand au chiffre des intérêts, à 67 Mds €, on a absolument que D. Durand comme source. On ne trouve même aucune étude sur le sujet.

Dans la mesure ou ce Monsieur arbore manifestement une double casquette, on peut s’interroger sur la réalité de ses chiffres, mais pour les mêmes raisons on voit mal ce Monsieur Durand, même et surtout à cause de sa double casquette, s’avancer autant sans la certitude de n’être point contredit !

Pour 2019, le calcul reste donc valable…

Les coûts du CICE (40 Mds €), et de la CSG (115 à 120 Mds €, selon les sources (**) sont connus :

« La TVA en 2018 c’était plus de 200 milliards d’euros quand l’impôt sur le revenu c’est 80 milliards »
« La CSG est aussi plus importante, c’est environ 120 milliards d’euros »

https://rmc.bfmtv.com/mediaplayer/video/la-tva-en-2018-c-etait-plus-de-200-milliards-d-euros-quand-l-impot-sur-le-revenu-c-est-80-milliards-1143351.html

Le rapprochement permet donc de dire, sur la base des chiffres avancés par D. Durand :

(180 + 67) – ( 40 + 120) = 87 Milliards d’euros

C’est ce qui resterait encore aux capitalistes à se partager, même s’ils payaient l’intégralité des charges et cotisations sociales actuellement « fiscalisées », d’une manière ou d’une autre !

L’abrogation COMPLÈTE du CICE et de son substitut, de même que l’abolition TOTALE de la CSG, ce n’est donc absolument pas une utopie.

Ce sont, à la place du CICE, des milliards qui permettraient de solutionner des problèmes tels que ceux des urgences hospitalières, le manque d’enseignants dans les écoles, etc…

L’abolition de la CSG représente tout de suite une augmentation appréciable de tous les salaires nets, et qui pourrait être répartie pour relever particulièrement le SMIC et les bas salaires.

Le report des cotisations sur le compte des entreprises devrait logiquement aussi être modulé proportionnellement sur les plus grosses pour permettre aux plus petites de survivre et même d’embaucher.

En tous cas l’argent existe bel et bien, et les travailleurs doivent en prendre conscience pour relégitimer leurs revendications et mettre le capital financier devant ses « responsabilités », c’est à dire, en fait, devant son irresponsabilité parasitaire de la société et son incapacité à répondre aux besoins sociaux les plus élémentaires, comme ceux des urgences hospitalières !

Exiger l’ABROGATION TOTALE du CICE et de ses substituts déjà en place , c’est un premier pas vers la reconstruction de l’unité populaire et vers d’autres reconquêtes sociales, à commencer par l’abolition totale de la CSG, le relèvement des salaires nets, et en premier lieu, du SMIC.

https://www.change.org/p/emmanuel-macron-mettre-fin-au-scandale-%C3%A0-40-milliards-du-cice-et-de-son-substitut-actuel-82eed49b-2055-4be5-a0b0-4dcc8e80e771

URL DE LA MISE A JOUR

https://www.change.org/p/emmanuel-macron-mettre-fin-au-scandale-%C3%A0-40-milliards-du-cice-et-de-son-substitut-actuel-82eed49b-2055-4be5-a0b0-4dcc8e80e771/u/25062987

(* dans l’article de Challenge Darmanin parle d’un manque à gagner de 26 Milliards, mais bien évidemment pour lui cela implique la validation du substitut du CICE, tout aussi abusif, en réalité, et c’est donc bien un minimum de 40 Milliards qui se trouvent ainsi gaspillés!)

(** https://www.capital.fr/economie-politique/csg-ce-quelle-pese-vraiment-sur-le-budget-de-chaque-francais-1327540

https://www.garance-mutuelle.fr/impot/savez-vraiment-quest-csg/

Voire 125 Mds € >>>

https://argent.boursier.com/impots/fiches-pratiques/csg-le-point-sur-un-prelevement-souvent-decrie-5246.html

Mais déjà 100 en 2017 :

https://www.lesechos.fr/2017/05/un-impot-qui-vaudra-bientot-100-milliards-171616   )

Gilet Jaune à Roanne: le Blues d’un black block en bleu marine…!

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/08/18/gilet-jaune-a-roanne-le-blues-dun-black-block-en-bleu-marine/

Gilet Jaune à Roanne:

le Blues d’un black block

en bleu marine…!

Gilets Jaunes, Gilets Noirs, Hong Kong, France, drapeaux tricolores, Union Jacks, bannières étoilées de l’Oncle Sam, manipulations en tous genres… Les mouvements sociaux de la classe moyenne en révolte s’y prêtent particulièrement…

Il est aujourd’hui de bon ton, pour la blogosphère gauchisante française en déroute de se gausser des dérives du mouvement hongkongais, qui sont évidentes et bien réelles, en grande partie, dans le contexte de guerre économique USA-Chine.

Et de vanter les mérites « révolutionnaires » de nos GJ sous prétexte qu’ils ont effectivement subi une répression encore plus féroce, et sans rencontrer la moindre compassion de la part des médias, et même bien au contraire, une hargne pour le moins très méprisante !

C’est oublier un peu vite que l’univers des GJ est aussi pour le moins assez trouble et ouvert à diverses dérives qui ne sont pas si loin de celles des « Gilets Noirs » de Hong Kong, même si l’environnement politique français porte nettement moins d’enjeux politiques géostratégiques.

Le 11 Janvier 2019 se tenait au COSEC de Mably, près de Roanne, une Assemblée Générale des ronds points de la région… Convoquée initialement au motif de créer une association type loi 1901, qui aurait pu être l’émanation démocratique de l’organisation formée « spontanément » sur les ronds-points… Plus de 400 GJ s’étaient donc retrouvés à cette occasion pour constater assez vite le malentendu et l’état de division réel de leur mouvement local, qu’ils découvrent, en fait, à cette occasion : en réalité cette initiative ne reflétait aucunement le souhait de la majorité d’entre eux, qui n’en percevaient pas même la nécessité éventuelle.

On pourrait donc en conclure que cette très nette majorité « spontanéiste » s’opposait ainsi sur une base « anti-autoritaire » à une initiative plus ou moins « bureaucratique » et droitiste, et donc « penchait » en quelque sorte « spontanément » vers des aspirations « libertaires », et donc à priori plutôt « de gauche »…

Quelques semaines plus tard, l’association fut néanmoins effectivement crée, à l’initiative de la minorité réduite qui s’était prononcée dans ce sens à l’AG. L’un de ses principaux initiateurs, Daniel Fabre, donna par la suite, à la veille d’une des dernières manifestation dites « régionales », une interview au journal « le Progrès » qui nous permet éventuellement de situer un peu le personnage… Bien difficile, cependant, effectivement, de classer ce GJ à « droite » ou à « gauche » :« Ce qui m’a réveillé, c’est le 11 septembre 2001. Je me suis éloigné du discours officiel. Et j’ai trouvé de vraies informations sur ce qui s’est passé ce jour-là sur des sites alternatifs» … « Notre système social, économique et nos services publics sont broyés par la Macronie et la politique par les différents gouvernements depuis 45 ans et le départ du général de Gaulle.»  « Mai-68 a été créé par la CIA pour virer de Gaulle ». Le reste de son propos n’en est pas moins émaillé de réelles préoccupations sociales et humaines…

https://www.leprogres.fr/loire-42/2019/04/13/manifestation-des-gilets-jaunes-a-roanne-on-veut-faire-tomber-le-systeme-et-instaurer-la-premiere-democratie

Pendant quelques mois, et notamment jusqu’à cette manif « régionale » du 13 Avril, cette association, « les citoyens libres du Grand Roanne », malgré son caractère nettement minoritaire, s’était donc retrouvée à l’origine « officielle » de toutes les manifs hebdomadaires locales déclarées en préfecture, à l’occasion de chaque « acte ». Manifestations remarquablement pacifiques et très peu encadrées par la police, du reste.

…Jusqu’à ce 13 Avril, donc, où l’initiative semble donc lui échapper, en dépit de l’interview de Daniel Fabre sur « le Progrès »… Journal qui, en effet, relate le jour même :

(Extraits )

 14 h 15 – Plus de 500 manifestants s’élancent dans les rues de Roanne où le dispositif de sécurité est renforcé. L’Escouade de Roanne est en tête de cortège.»

_ « 15 h 10 – Des membres de l’Escouade Roanne, cagoulés et gantés, escortent le cortège. Un groupe d’une douzaine d’identitaires ouvre la manifestation, cagoulés pour la plupart et armés de pierre.

Premiers incidents boulevard de Belgique. Un homme a détruit un abribus à coups de pierre. Un enfant passait derrière et a évité le projectile à quelques centimètres près. Mais les éclats de verre lui ont ouvert le visage à plusieurs endroits. Les Street medics prennent en charge l’enfant, tandis qu’une bagarre a  éclaté entre membres du groupe pour mettre le fautif à l’écart. »

_  « 16 heures – Le service d’ordre de l’Escouade Roanne empêche les feux de poubelle allumés par quelques jeunes Gilets jaunes. Ils sont remerciés au porte-voix par la voiture balai de la police. Le cortège est maintenant avenue de Paris. »

« Selon certains organisateurs, le nombre de Gilets jaunes présents seraient au-dessus de 1000. La tête de cortège continue de provoquer la police à chaque intersection, leur lançant parfois des cailloux et les obligeant à reculer.

L’enfant blessé au visage par des éclats de verre après la casse d’un abribus aurait été transporté à l’hôpital. »

_ « 16 h 10 – Les premiers jets de gaz lacrymogènes place Georges-Clemenceau, une poignée de Gilets jaunes a tenté de provoquer les forces de l’ordre afin d’accéder au centre-ville. L’Escouade de Roanne assure la sécurité et essaye de faire redescendre la tension entre les manifestants et les forces de l’ordre.

Certains passants se sont réfugiés dans les magasins. »

Après diverses accalmies et périodes de tension, la manif se termine ainsi vers 18 heures :

_ « 18 heures – Les forces de l’ordre ont dispersé les derniers casseurs qui leur tenaient tête. Ils remballent leurs équipements. L’Acte XXII est terminé à Roanne. »

https://www.leprogres.fr/loire-42/2019/04/13/suivez-en-direct-l-acte-xxii-des-gilets-jaunes-a-roanne-loire

Mais d’où sort donc cette « Escouade Roanne » dont le leader Félix Altobelli est interviewé en direct sur « leProgrès » pendant la manif ?

Une organisation qui nous est nettement présentée par ce média comme responsable du service d’ordre, au point même d’être « remerciée au porte-voix par la voiture balai de la police »…

Mais qui n’en cohabite pas moins, en tête de cortège, avec quelques étranges « énervés », selon le mot même d’Altobelli :

« Des membres de l’Escouade Roanne, cagoulés et gantés, escortent le cortège. Un groupe d’une douzaine d’identitaires ouvre la manifestation, cagoulés pour la plupart et armés de pierre. »

« Il faut de tout… Des « énervés » il en faut aussi » tente -t-il d’expliquer dans son interview…

Quels liens étranges justifient-ils cette « proximité » pour le moins troublante… ?

Même en cherchant bien, de cette « Escouade Roanne » on ne trouve nulle trace « officielle » comme organisation déclarée ou association d’aucune sorte…

…Ce qui ne signifie pas absence de toute trace pour autant… Un mois plus tôt, le 10 Mars, « le Progrès » relatait ainsi une autre « manif régionale » au Puy en Velay :

« Ils n’étaient pas venus pour comparer les vaches dans les prés du Velay à celles du Roannais.

En tête du cortège hier, une vingtaine d’individus de l’Escouade Roanne, dont certains ont été aperçus entre Brives-Charensac et Le Puy-en-Velay à midi, ont été les premiers à provoquer les forces de l’ordre, visages masqués. D’abord durant le cortège depuis Aiguilhe, ensuite vers 16 heures lorsque les Gilets jaunes ont formé une chaîne humaine devant la préfecture.

Issus de la mouvance ultra-droite, ils feraient partie du Bloc identitaire et du Bastion social. Ils ont été accueillis comme il se doit par les CRS et n’ont pas réussi à mobiliser la foule outre mesure. Seule une centaine de personnes (toute mouvance et tout horizon confondus) se sont opposées aux forces de l’ordre par diverses actions (jets de projectiles, face-à-face, sitting sur le bitume, etc.).

Vers 18 heures, l’Escouade a commencé à jouer au chat et à la souris en vieille ville avec les policiers. Sans grand succès. »

Avec photo à l’appui… :

https://cdn-s-www.leprogres.fr/images/FDA10296-9B05-40CC-9FFF-B6D504827CF4/LPR_v1_02/l-escouade-roanne-a-voulu-affronter-la-police-photo-le-progres-frederic-chambert-1552223617.jpg

https://www.leprogres.fr/encadres/2019/03/10/l-escouade-roanne-des-visages-masques-en-tete

« Une vingtaine d’individus »… Une info tout ce qu’il y a de « calibrée » et même de très officielle, émanant, en fait, directement de la préfecture :

« Au moment de dresser le bilan de la manifestation, la préfecture de Haute-Loire fait savoir, à 19h, que « seuls quelques dizaines de manifestants poursuivent des actions sporadiques dans la vieille ville ». Voici l’intégralité du bilan de la préfecture.

« Avant la manifestation, dans la matinée, des individus ont été contrôlés par les forces de l’ordre, et des objets dangereux et des armes par destination ont été saisis.

Le cortège s’est rassemblé au rond-point d’Aiguilhe en début d’après-midi, avant de déambuler boulevard Carnot, en direction de Vals-près-le-Puy. Des individus au visage dissimulé sont alors repérés, en particulier une vingtaine d’individus issus d‘une mouvance d’ultra-droite « Escouade » s’opposent aux forces de l’ordre.

A 16h00, le cortège arrive place du Breuil. La tension entre les individus cagoulés et les forces de l’ordre commence à monter. Des sommations de dispersion sont faites, puis des tirs de grenades lacrymogènes sont effectués afin de disperser les groupes de casseurs. La plupart des manifestants ont appelé à la fin de la manifestation.

Deux individus ont été interpellés, un pour outrage à agent, le second pour outrage et violence avec arme envers personnes dépositaires de l’autorité publique. Un autre individu a été arrêté pour ivresse publique et manifeste. Une policière de la CRS a également été blessée au genou par un jet de pavé.

Les casseurs se sont dirigés vers la vieille ville, allumant des feux de poubelles et jetant des projectiles en direction des forces de l’ordre.

Les investigations vont se poursuivre sur la base des nombreux éléments recueillis ce jour (photos, vidéos, témoignages, etc.), et devraient aboutir à l’identification prochaine d’autres casseurs.

A cette heure, seuls quelques dizaines de manifestants poursuivent des actions sporadiques dans la vieille ville. »

– Cette information émane d’un communiqué de presse de la préfecture de Haute-Loire – »

http://www.zoomdici.fr/actualite/Gilets-jaunes-des-actions-sporadiques-en-vieille-ville–id169831.html

Mais le journal roannais typique, « Le Pays », a cherché à en savoir plus :

« Gilets jaunes

La structure, très mobile, participe aux grands rassemblements régionaux »

« L’Escouade Roanne a été identifiée, samedi dernier, comme faisant partie de la mouvance ultra-droite. Les principaux intéressés contestent fermement.

Samedi 9 mars, une vingtaine de Roannais se sont rendus au rassemblement régional de Gilets jaunes au Puy-en-Velay (Haute-Loire) pour l’Acte 17 du mouvement.

En tête de cortège, habillé de noir, écusson tricolore sur le torse ou l’épaule, « Escouade », brodé sur le vêtement, le groupe a fait parler de lui peu après 16 heures. Alors que le cortège formait une chaîne humaine autour de la préfecture, les Roannais et d’autres manifestants se sont mesurés aux forces de l’ordre, édifiant une barricade et lançant des projectiles.

Électrons libres

Plus tard dans le week-end, la préfecture de Haute-Loire a désigné le groupe de Roannais comme appartenant à la mouvance de l’ultra-droite, dans un communiqué relayé par les médias locaux. Une appartenance que le leader du mouvement conteste. « C’est totalement faux. Nous avons des blacks, un Algérien et un Antillais dans le groupe. Nous ne sommes ni extrémistes ni anarchistes », se défend Félix Altobelli, l’un de ces activistes, qui s’inquiète des possibles conséquences d’un tel « discrédit ». « Les antifas ont fait savoir qu’ils nous attendraient aux prochains rassemblements. Des membres de l’Escouade m’appellent, certains veulent quitter le groupe. C’est l’incompréhension. »

Composée d’une trentaine de Gilets jaunes (des hommes pour la plupart), l’Escouade Roanne est affiliée au collectif du 17 novembre roannais pour lequel elle effectuait le service d’ordre chaque samedi.

Elle est devenue par la suite un électron libre participant aux rassemblements en région (Bourg-en-Bresse, Valence, Lyon, Clermont, Le Puy). Elle organise aussi quelques actions coup de poing sur certains blocages, parfois loin de Roanne. Se déplace le plus souvent en covoiturage.

« Nous avons créé cette entité pour éviter au collectif d’éventuelles poursuites judiciaires suite à des débordements que nous pourrions commettre », explique Félix Altobelli. Selon lui, la structure pourrait faire des émules à travers la région. « L’Escouade Roanne est amenée à se développer. Des gars de Grenoble et Chambéry sont intéressés », explique le Roannais. Samedi, un car est affrété spécialement pour Paris où une cinquantaine de membres de l’Escouade ou sympathisants participeront à l’acte 18. »

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https://www.le-pays.fr/roanne-42300/actualites/la-structure-tres-mobile-participe-aux-grands-rassemblements-regionaux_13516321/

Effectivement, pour l’acte 18 l’ « Escouade Roanne » s’est retrouvée en force, ce jour là, ce que révèle également « Le Pays » :

« Dès la mi-journée, Félix Altobelli, contacté par nos soins, détaillait le chaos régnant à Paris. Avec 57 autres Roannais, le jeune homme avait affrété un bus pour rejoindre la capitale où ils arrivaient à 8 h 45, après avoir subi sans encombre un contrôle juste après leur départ, à Saint-Martin-d’Estreaux. « Après trente minutes de contrôle, les gendarmes n’ont rien saisi : pas d’alcool, pas de drogue, pas de pétard, pas de cagoule, pas de masque, pas de gant. On avait joué le jeu.

Certains de leurs camarades s’étant rendus sur place par leurs propres moyens, c’est au total environ 80 Roannais qui rejoignaient « un premier cortège d’environ 3.000 personnes, puis un autre et encore un autre » jusqu’à leur arrivée sur les Champs-Élysées. C’est là que débute ce que le leader d’Escouade Roanne 42 nomme « un déchaînement, non pas de violence mais de brutalité » : « Ils avaient eu la bonne idée de clôturer les devantures de magasins avec des barrières en ferraille : ça a servi de barricades. Du bas au haut des Champs-Elysées, il n’y a pas un magasin qui n’a pas été pillé, détruit. C’était vraiment différent. On voyait des gens déterminés qui étaient prêts à en découdre. J’ai jamais vu quelque chose comme ça. »

« L’incendie de la banque, j’en ai été témoin. J’en suis extrêmement choqué. Qu’ils brûlent des vitrines, je m’en fous. Mais là, ça m’a vraiment affecté. Il y avait des appartements au-dessus et aussi une dame avec son bébé. »

S’il reconnaît avoir eu peur, comme certains de ses camarades, au moment de l’incendie de la banque, Félix Altobelli ne peut s’empêcher néanmoins de mettre en cause les méthodes employées pour tenter de maintenir l’ordre. « Ça s’est passé comme ça parce que les gens en ont eu marre. La police ne voulait pas nous laisser sortir. Sur un petit carrefour, on devait être 1.000-1.500 personnes. Ça tirait au lanceur de balles de défense (LBD), ça gazait… La seule solution, c’était de foutre le feu. »

Pour expliquer cette situation « incomparable à tout ce qui a pu se passer jusqu’à présent dans les manifestations », le Roannais évoque l’ultimatum qui avait été fixé. « Les leaders du mouvement ont compris que c’était fini de jouer. Ils n’ont pas appelé à la violence, mais ils ont dit que l’État allait subir les 17 semaines de foutage de gueule. On est tous d’accord là-dessus. »

A propos de la « future » manif régionale du 13 Avril, « Le Pays » interroge également Altobelli :

« Roanne sur le devant de la scène ? Félix Altobelli s’en réjouit : « A Paris, on a rencontrés tous les leaders : Éric Drouet, qui nous a reconnus, Priscilla Ludosky et Maxime Nicolle, qui est venu nous voir ; il m’a pris dans les bras, nous a félicités. » Car le Roannais a fait parler de lui récemment dans la presse locale après qu’un communiqué de la préfecture de Haute-Loire a désigné Escouade Roanne 42 comme appartenant à la mouvance d’extrême droite. Une appartenance que conteste les membres du groupuscule qui s’étaient fait remarquer dans le défilé au Puy-en-Velay. »

Ce que l’on a effectivement vu précédemment…

Cet Altobelli, donc, un GJ, un vrai de vrai, estampillé Drouet, Ludosky, Nicolle, et du reste, le voici sur une touchante photo de groupe qu’il a pris la peine d’envoyer lui-même au journal, qui a bien voulu la republier avec cette légende :

« Environ 80 Roannais ont pris part à l’Acte 18 à Paris où certains, dont Félix Altobelli (accroupi, à gauche), ont rencontré l’un des leaders nationaux, Maxime Nicolle (accroupi, avec le casque). Photo fournie par Félix Altobelli »

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https://www.le-pays.fr/paris-75000/actualites/environ-80-roannais-presents-on-voyait-des-gens-determines-prets-a-en-decoudre_13519288/

En quelques semaines, donc, le GJ rebelle en virée au Puy et quenelleur sur les Champs-Élysées est devenu l’auxiliaire zélé de la police roannaise et de la presse locale et régionale…

Police et presse qui n’hésitent donc pas à encenser les « services » d’une quasi-milice informelle et opérant néanmoins pratiquement en uniformes bleus sombres brodés en lettres jaunes du titre « Escouade » et de logos tricolores « légitimant » en quelque sorte ce sigle… !

La veille du 13 Avril Altobelli s’expliquait déjà sur « Le Pays » :

« C’est à notre tour d’accueillir ici », replace Felix Altobelli, l’un des organisateurs, membre d’Escouade Roanne. Il a déposé une demande d’autorisation en sous-préfecture et a reçu ce début de semaine un récépissé des services de l’État prenant acte de l’événement. »

Soufflant ainsi ses « responsabilités » à l’Association…

Ce qui, en soi, contenait une certaine logique, du fait qu’en réalité « l’Escouade Roanne » était nettement plus représentative, sur le terain, de la majorité « spontanéiste » des GJ roannais que l’Association, ainsi que lors de l’AG du 11 Janvier au COSEC de Mably, même si elle ne pouvait évidemment encore apparaître comme telle, et on comprend aisément pourquoi !

Et encore la veille du 13 Avril, son leader se montrait-il très optimiste, de l’avis même du journal :

« Des Gilets jaunes de Chambéry, Clermont, Saint-Étienne ou encore Lyon sont attendus par les organisateurs, qui espèrent attirer 4.500 à 5.000 personnes. Un objectif néanmoins très ambitieux au regard des derniers rassemblements régionaux. « En dessous de 2.000, ce sera un échec total. Ce serait une grosse remise en question du mouvement à Roanne », estime Felix Altobelli. »

Et encore… :

« Il n’y a pas de raison que ça se passe mal. En aucun cas, on appelle à la violence, souligne Félix Altobelli. L’Escouade Roanne est reconnue et on a fait savoir que les éléments perturbateurs n’étaient pas les bienvenus. » L’organisation mobilisera de son côté une quarantaine de personnes pour l’encadrement. L’Escouade programme notamment une réunion, vendredi à 20 heures, place des Mariniers, invitant les Roannais « à se responsabiliser et à participer. Attention, il ne s’agira pas de faire la police. S’il y a quelques excités encagoulés, les forces de l’ordre seront là », souligne l’organisateur »

https://www.le-pays.fr/roanne-42300/actualites/rassemblement-regional-le-grand-flou_13537612/

Mais comme on l’a vu, contrôler tout ce petit monde d’« énervés » pour en faire des auxiliaires zélés des forces de l’ordre n’a pas été simple pour le GJ de choc Félix Altobelli et ses amis…

Et cela bien que la foule espérée ne soit finalement pas venue au rendez-vous… :

« Le leader de l’Escouade Roanne, Felix Altobelli, à l’origine de ce rendez-vous l’avait dit : « En dessous de 2.000, ce sera un échec ». Avec 660 manifestants selon la sous-préfecture et près d’un millier selon les organisateurs, le Rassemblement régional qui s’est tenu ce samedi 13 avril à Roanne, pour l’acte 22 du mouvement des Gilets jaunes, serait donc un échec ? »

https://www.le-pays.fr/roanne-42300/actualites/moins-d-un-millier-de-manifestants-a-roanne_13540219/

Toujours « revendicatif », malgré tout, le GJ Félix Altobelli, interrogé au sujet des « fuites » du « plan Macron », quelques jours plus tard…:

«Avez-vous noté quelque chose de positif parmi les propositions dévoilées ?

«La réindexation des retraites de moins de 2000 euros est quelque chose de très bien. Quand je vois des travailleurs qui gagnent 1 200 euros par mois au SMIC, réindexer les retraites en dessous de 2000 euros, c’est peut-être taper un peu trop haut. Une réindexation pour des retraites inférieures à 1 500 euros m’aurait paru plus logique.»

https://www.leprogres.fr/loire-42/2019/04/20/fuites-du-plan-macron-ce-qu-en-pensent-les-politiques

Toujours revendicatif, donc …dans certaines limites!

Le fait est que ce « tournant » du 13 Avril à Roanne fut pratiquement un des éléments du déclin irréversible d’un mouvement commencé pourtant sur des bases relativement unitaires six mois plus tôt…

Des bases restées floues, sinon carrément ambiguës, néanmoins, et qui au lieu de se clarifier sont devenues indiscernables pour le plus grand nombre, y compris ceux qui s’étaient mobilisés le 17 Novembre, avec un regain d’espoir.

Pierre GRINDSABLE

La Laïcité selon Lénine… toujours d’actu !!

 

 

 

Encore un texte lumineux de Lénine ,

qui semble avoir été spécialement écrit

pour nous aider à avancer sur la voie du Socialisme,

par la construction d’un Front unique,

Laïc, antifasciste, anticapitaliste, 

(Et donc, à la base, anti-impérialiste, en ce qui

nous concerne aujourd’hui  !!)

 

 

Lénine

 

 De l’attitude du parti ouvrier

à l’égard de la religion

 13 Mai 1909

 

  Le discours que le député Sourkov a prononcé à la Douma d’Etat lors de la discussion du budget du synode, et les débats exposés ci après, qui se sont institués au sein de notre fraction parlementaire autour du projet de ce discours, ont soulevé une question d’une importance extrême et on ne peut plus actuelle. Il est hors de doute que l’intérêt pour tout ce qui touche à la religion s’est, aujourd’hui, emparé de larges sections de la « société » et a pénétré dans les milieux intellectuels proches du mouvement ouvrier, ainsi que dans certains milieux ouvriers. La social démocratie [Essentiellement communiste, marxiste révolutionnaire, à l’époque! Note TML] se doit absolument d’intervenir pour faire connaître son point de vue en matière de religion.


La social démocratie fait reposer toute sa conception sur le socialisme scientifique, c’est à dire sur le marxisme. La base philosophique du marxisme, ainsi que l’ont proclamé maintes fois Marx et Engels, est le matérialisme dialectique qui a pleinement fait siennes les traditions historiques du matérialisme du XVIII° siècle en France et de Feuerbach (première moitié du XIX° siècle) en Allemagne, matérialisme incontestablement athée, résolument hostile à toute religion. Rappelons que tout l’ Anti Dühring d’Engels, dont le manuscrit a été lu par Marx, accuse le matérialiste et athée Dühring de manquer de fermeté idéologique dans son matérialisme, de ménager des biais à la religion et à la philosophie religieuse. Rappelons que dans son ouvrage sur Ludwig Feuerbach, Engels lui reproche d’avoir combattu la religion non pas dans le but de la détruire, mais dans celui de la replâtrer, d’inventer une religion nouvelle, « élevée », etc. « La religion est l’opium du peuple [1] . » Cette sentence de Marx constitue la pierre angulaire de toute la conception marxiste en matière de religion. Le marxisme considère toujours la religion et les églises, les organisations religieuses de toute sorte existant actuellement comme des organes de réaction bourgeoise, servant à défendre l’exploitation et à intoxiquer la classe ouvrière.

 

Et, cependant, Engels a condamné maintes fois les tentatives de ceux qui, désireux de se montrer « plus à gauche » ou « plus révolutionnaires » que les social démocrates, voulaient introduire dans le programme du parti ouvrier la franche reconnaissance de l’athéisme en lui donnant le sens d’une déclaration de guerre à la religion. En 1874, parlant du fameux manifeste des réfugiés de la Commune, des blanquistes émigrés à Londres, Engels traite de sottise leur tapageuse déclaration de guerre à la religion ; il affirme qu’une telle déclaration de guerre est le meilleur moyen d’aviver l’intérêt pour la religion et de rendre plus difficile son dépérissement effectif. Engels impute aux blanquistes de ne pas comprendre que seule la lutte de classe des masses ouvrières, amenant les plus larges couches du prolétariat à pratiquer à fond l’action sociale, consciente et révolutionnaire, peut libérer en fait les masses opprimées du joug de la religion, et que proclamer la guerre à la religion, tâche politique du parti ouvrier, n’est qu’une phrase anarchique [2] . En 1877, dans l’Anti Dühring, s’attaquant violemment aux moindres concessions de Dühring philosophe à l’idéalisme et à la religion, Engels condamne avec non moins de force l’idée pseudo révolutionnaire de Dühring relative à l’interdiction de la religion dans la société socialiste. Déclarer une telle guerre à la religion, c’est, dit Engels, «être plus Bismarck que Bismarck lui même », c’est à dire reprendre la sottise de la lutte bismarckienne contre les cléricaux (la fameuse « lutte pour la culture », le Kulturkampf, c’est à dire la lutte que Bismarck mena après 1870 contre le Parti catholique allemand du Zentrum, au moyen de persécutions policières dirigées contre le catholicisme). Par cette lutte, Bismarck n’a fait que raffermir le cléricalisme militant des catholiques ; il n’a fait que nuire à la cause de la véritable culture, en mettant au premier plan les divisions religieuses, au lieu des divisions politiques, il a fait dévier l’attention de certaines couches de la classe ouvrière et de la démocratie, des tâches essentielles que comporte la lutte de classes et révolutionnaire, vers l’anticléricalisme le plus superficiel et le plus bourgeoisement mensonger. En accusant Dühring, qui désirait se montrer ultra révolutionnaire, de vouloir reprendre sous une autre forme cette même bêtise de Bismarck, Engels exigeait que le parti ouvrier travaillât patiemment à l’œuvre d’organisation et d’éducation du prolétariat, qui aboutit au dépérissement de la religion, au lieu de se jeter dans les aventures d’une guerre politique contre la religion [3] . Ce point de vue est entré dans la chair et dans le sang de la social démocratie allemande, qui s’est prononcé, par exemple, en faveur de la liberté pour les jésuites, pour leur admission en Allemagne, pour l’abolition de toutes mesures de lutte policière contre telle ou telle religion. « Proclamer la religion une affaire privée. » Ce point célèbre du programme d’Erfurt (1891) a consacré cette tactique politique de la social démocratie.

 


Cette tactique est devenue désormais routinière ; elle a engendré une nouvelle déformation du marxisme en sens inverse, dans le sens de l’opportunisme. On s’est mis à interpréter les principes du programme d’Erfurt en ce sens que nous, social démocrates, que notre parti considère la religion comme une affaire privée, que pour nous, social-démocrates, pour nous en tant que parti, la religion est une affaire privée. Sans engager une polémique ouverte contre ce point de vue opportuniste, Engels a jugé nécessaire, après 1890, de s’élever résolument contre lui, non sous forme de polémique, mais sous une forme positive. En effet, Engels, l’a fait sous la forme d’une déclaration qu’il a soulignée à dessein, disant que la social démocratie considère la religion comme une affaire privée en face de l’Etat, mais non envers elle même, non envers le marxisme, non envers le parti ouvrier.

 


Tel est le côté extérieur de l’histoire des déclarations de Marx et d’Engels en matière de religion. Pour ceux qui traitent le marxisme par dessous la jambe, pour ceux qui ne savent ou ne veulent pas réfléchir, cette histoire est un nœud d’absurdes contradictions et d’hésitations du marxis­me : une sorte de macédoine, si vous voulez savoir, d’athéisme « conséquent » et de « complaisances » pour la religion, une sorte de flottement « sans principes » entre la guerre r r révolutionnaire contre Dieu et le désir peureux de « se mettre à la portée » des ouvriers croyants, la crainte de les heurter, etc. Dans la littérature des phraseurs anar­chistes, on peut trouver nombre de réquisitoires de ce genre contre le marxisme.

 


Mais quiconque est un tant soit peu capable d’envisager le marxisme de façon sérieuse, de méditer ses principes philosophiques et l’expérience de la social démocratie internationale, verra aisément que la tactique du marxisme à l’égard de la religion est profondément conséquente et mûrement réfléchie par Marx et Engels ; que ce que les dilettantes ou les ignorants prennent pour des flottements n’est que la résultante directe et inéluctable du matérialisme dialectique. Ce serait une grosse erreur de croire que la « modération » apparente du marxisme à l’égard de la religion s’explique par des considérations dites « tactiques », comme le désir de « ne pas heurter », etc. Au contraire, la ligne politique du marxisme, dans cette question également, est indissolublement liée à ses principes philosophiques.

 


Le marxisme est un matérialisme. A ce titre il est aussi implacablement hostile à la religion que le matérialisme des encyclopédistes du XVIII° siècle ou le matérialisme de Feuerbach. Voilà qui est indéniable. Mais le matérialisme dialectique de Marx et d’Engels va plus loin que les encyclopédistes et Feuerbach en ce qu’il applique la philosophie matérialiste au domaine de l’histoire, au domaine des sciences sociales. Nous devons combattre la religion ; c’est l’a b c de tout le matérialisme et, partant, du marxisme. Mais le marxisme n’est pas un matérialisme qui s’en tient à l’a b c. Le marxisme va plus loin. Il dit : il faut savoir lutter contre la religion ; or, pour cela, il faut expliquer d’une façon matérialiste la source de la foi et de la religion des masses. On ne doit pas confiner la lutte contre la religion dans une prédication idéologique abstraite ; on ne doit pas l’y réduire ; il faut lier cette lutte à la pratique concrète du mouvement de classe visant à faire disparaître les racines sociales de la religion. Pourquoi la religion se maintient elle dans les couches arriérées du prolétariat des villes, dans les vastes couches du semi-prolétariat, ainsi que dans la masse des paysans ? Par suite de l’ignorance du peuple, répond le progressiste bourgeois, le radical ou le matérialiste bourgeois. Et donc, à bas la religion, vive l’athéisme, la diffusion des idées athées est notre tâche principale. Les marxistes disent : c’est faux. Ce point de vue traduit l’idée superficielle, étroitement bourgeoise d’une action de la culture par elle-même. Un tel point de vue n’explique pas assez complètement, n’explique pas dans un sens matérialiste, mais dans un sens idéaliste, les racines de la religion. Dans les pays capitalistes actuels, ces racines sont surtout sociales. La situation sociale défavorisée des masses travailleuses, leur apparente impuissance totale devant les forces aveugles du capitalisme, qui causent, chaque jour et à toute heure, mille fois plus de souffrances horribles, de plus sauvages tourments aux humbles travailleurs, que les événements exceptionnels tels que guerres, tremblements de terre, etc., c’est là qu’il faut rechercher aujourd’hui les racines les plus profondes de la religion. « La peur a créé les dieux. » La peur devant la force aveugle du capital, aveugle parce que ne pouvant être prévue des masses populaires, qui, à chaque instant de la vie du prolétaire et du petit patron, menace de lui apporter et lui apporte la ruine « subite », « inattendue », « accidentelle », qui cause sa perte, qui en fait un mendiant, un déclassé, une prostituée, le réduit à mourir de faim, voilà les racines de la religion moderne que le matérialiste doit avoir en vue, avant tout et par dessus tout, s’il ne veut pas demeurer un matérialiste primaire. Aucun livre de vulgarisation n’expurgera la religion des masses abruties par le bagne capitaliste, assujetties aux forces destructrices aveugles du capitalisme, aussi longtemps que ces masses n’auront pas appris à lutter de façon cohérente, organisée, systématique et consciente contre ces racines de la religion, contre le règne du capital sous toutes ses formes.

 


Est ce à dire que le livre de vulgarisation contre la religion soit nuisible ou inutile ? Non. La conclusion qui s’impose est tout autre. C’est que la propagande athée de la social­-démocratie doit être subordonnée à sa tâche fondamentale, à savoir : au développement de la lutte de classe des masses exploitées contre les exploiteurs.

 


Un homme qui n’a pas médité sur les fondements du matérialisme dialectique, c’est à dire de la philosophie de Marx et d’Engels, peut ne pas comprendre (ou du moins peut ne pas comprendre du premier coup) cette thèse. Comment cela ? Subordonner la propagande idéologique, la diffusion de certaines idées, la lutte contre un ennemi de la culture et du progrès qui sévit depuis des millénaires (à savoir la religion), à la lutte de classe, c’est à dire à la lutte pour des objectifs pratiques déterminés dans le domaine économique et politique ?

 


Cette objection est du nombre de celles que l’on fait couramment au marxisme ; elles témoignent d’une incompréhension totale de la dialectique marxiste. La contradiction qui trouble ceux qui font ces objections n’est autre que la vivante contradiction de la réalité vivante, c’est à dire une contradiction dialectique non verbale, ni inventée. Séparer par une barrière absolue, infranchissable, la propagande théorique de l’athéisme, c’est à dire la destruction des croyances religieuses chez certaines couches du prolétariat d’avec le succès, la marche, les conditions de la lutte de classe de ces couches, c’est raisonner sur un mode qui n’est pas dialectique ; c’est faire une barrière absolue de ce qui est une barrière mobile, relative, c’est rompre violemment ce qui est indissolublement lié dans la réalité vivante. Prenons un exemple. Le prolétariat d’une région ou d’une branche d’industrie est formé, disons, d’une couche de social démocrates assez conscients qui sont, bien entendu, athées, et d’ouvriers assez arriérés ayant encore des attaches au sein de la paysannerie, croyant en Dieu, fréquentant l’église ou même soumis à l’influence directe du prêtre de l’endroit qui, admettons, a entrepris de fonder une association ouvrière chrétienne. Supposons encore que la lutte économique dans cette localité ait abouti à la grève. Un marxiste est forcément tenu de placer le succès du mouvement de grève au premier plan, de réagir résolument contre la division des ouvriers, dans cette lutte, entre athées et chrétiens, de combattre résolument cette division. Dans ces circonstances, la propagande athée peut s’avérer superflue et nuisible, non pas du point de vue banal de la crainte d’effaroucher les couches retardataires, de perdre un mandat aux élections, etc., mais du point de vue du progrès réel de la lutte de classe qui, dans les conditions de la société capitaliste moderne, amènera les ouvriers chrétiens à la social démocratie et à l’athéisme cent fois mieux qu’un sermon athée pur et simple. Dans un tel moment, et dans ces conditions, le prédicateur de l’athéisme ferait le jeu du pope, de tous les popes, qui ne désirent rien autant que remplacer la division des ouvriers en grévistes et non grévistes par la division en croyants et incroyants. L’anarchiste qui prêcherait la guerre contre Dieu à tout prix, aiderait en fait les popes et la bourgeoisie (comme du reste les anarchistes aident toujours, en fait, la bourgeoisie). Le marxiste doit être un matérialiste, c’est à dire un ennemi de la religion, mais un matérialiste dialectique, c’est à dire envisageant la lutte contre la religion, non pas de façon spéculative, non pas sur le terrain abstrait et purement théorique d’une propagande toujours identique à elle même mais de façon concrète, sur le terrain de la lutte, de classe réellement en cours, qui éduque les masses plus que tout et mieux que tout. Le marxiste doit savoir tenir compte de l’ensemble de la situation concrète ; il doit savoir toujours trouver le point d’équilibre entre l’anarchisme et l’opportunisme (cet équilibre est relatif, souple, variable, mais il existe), ne tomber ni dans le « révolutionnarisme » abstrait, verbal et pratiquement vide de l’anarchiste, ni dans le philistinisme et l’opportunisme du petit bourgeois ou de l’intellectuel libéral, qui redoute la lutte contre la religion, oublie la mission qui lui incombe dans ce domaine, s’accommode de la foi en Dieu, s’inspire non pas des intérêts de la lutte de classe, mais d’un mesquin et misérable petit calcul : ne pas heurter, ne pas repousser, ne pas effaroucher, d’une maxime sage entre toutes : « Vivre et laisser vivre les autres », etc.

 


C’est de ce point de vue qu’il faut résoudre toutes les questions particulières touchant l’attitude de la social démocratie envers la religion. Par exemple, on pose souvent la question de savoir si un prêtre peut être membre du parti social démocrate. A cette question, on répond d’ordinaire par l’affirmative, sans réserve aucune, en invoquant l’expérience des partis social démocrates européens. Mais cette expérience est née non seulement de l’application du marxisme au mouvement ouvrier, mais aussi des conditions historiques particulières de l’Occident, inexistantes en Russie (nous parlons plus bas de ces conditions), de sorte qu’ici une réponse absolument affirmative est fausse. On ne saurait une fois pour toutes, et quelles que soient les conditions, proclamer que les prêtres ne peuvent être membres du parti social­-démocrate, mais on ne saurait davantage une fois pour toutes, faire jouer l’inverse. Si un prêtre vient à nous pour militer à nos côtés et qu’il s’acquitte consciencieusement de sa tâche dans le parti sans s’élever contre le programme du parti, nous pouvons l’admettre dans les rangs de la social démocratie, car la contradiction de l’esprit et des principes de notre programme avec les convictions religieuses du prêtre, pourrait, dans ces conditions, demeurer sa contradiction à lui, le concernant personnellement ; quant à faire subir à ses membres un examen pour savoir s’il y a chez eux absence de contradiction entre leurs opinions et le programme du parti, une organisation politique ne peut s’y livrer. Mais il va de soi qu’un cas analogue ne pourrait être qu’une rare exception même en Europe ; en Russie, à plus forte raison, il est tout à fait improbable. Et si, par exemple, un prêtre entrait au parti social démocrate et engageait à l’intérieur de ce parti, comme action principale et presque exclusive, la propagande active de conceptions religieuses, le parti devrait nécessairement l’exclure de son sein. Nous devons non seulement admettre, mais travailler à attirer au parti social-démocrate tous les ouvriers qui conservent encore la foi en Dieu ; nous sommes absolument contre la moindre injure à leurs convictions religieuses, mais nous les attirons pour les éduquer dans l’esprit de notre programme, et non pour qu’ils combattent activement ce dernier. Nous autorisons à l’intérieur du parti la liberté d’opinion, mais seulement dans certaines limites, déterminées par la liberté de tendances : nous ne sommes pas tenus de marcher la main dans la main avec les propagateurs actifs de points de vue écartés par la majorité du parti.

 


Autre exemple : peut on condamner à titre égal et en tout état de cause, les membres du parti social démocrate, pour avoir déclaré : « Le socialisme est ma religion » et pour avoir diffusé des points de vue conformes à cette déclaration ? Non. L’écart à l’égard du marxisme (et, partant, du socialisme) est ici incontestable, mais la portée de cet écart, son importance relative peuvent différer suivant les conditions. Si l’agitateur ou l’homme qui intervient devant la masse ouvrière s’exprime ainsi pour être mieux compris, pour amorcer son exposé, pour souligner avec plus de réalité ses opinions dans les termes les plus accessibles pour la masse inculte, c’est une chose. Si un écrivain commence à prêcher la « construction de Dieu » ou le socialisme constructeur de Dieu (dans le sens, par exemple, de nos Lounatcharski et consorts) c’en est une autre. Autant la condamnation, dans le premier cas, pourrait être une chicane ou même une atteinte déplacée à la liberté d’agitation, à la liberté des méthodes « pédagogiques », autant, dans le second cas, la condamnation par le parti est indispensable et obligatoire. La thèse « le socialisme est une religion » est pour les uns une forme de transition de la religion au socialisme, pour les autres, du socialisme à la religion.

 


Passons maintenant aux conditions qui ont donné lieu, en Occident, à l’interprétation opportuniste de la thèse « la religion est une affaire privée ». Evidemment, il y a là l’influence de causes générales qui enfantent l’opportunisme en général, comme de sacrifier les intérêts fondamentaux du mouvement ouvrier à des avantages momentanés. Le parti du prolétariat exige que l’Etat proclame la religion affaire privée, sans pour cela le moins du monde considérer comme une « affaire privée » la lutte contre l’opium du peuple, la lutte contre les superstitions religieuses, etc. Les opportunistes déforment les choses de façon à faire croire que le parti social démocrate tenait la religion pour une affaire privée !

 


Mais outre la déformation opportuniste ordinaire (qui n’a, pas du tout été élucidée dans les débats suscités par notre groupe parlementaire autour de l’intervention sur la religion), il est des conditions historiques particulières qui ont provoqué actuellement l’indifférence, si l’on peut dire, excessive, des social démocrates européens envers la question de la religion. Ces conditions sont de deux ordres. En premier lieu, la lutte contre la religion est la tâche historique de la bourgeoisie révolutionnaire ; et, en Occident, la démocratie bourgeoise, à l’époque de ses révolutions ou de ses attaques contre le féodalisme et les pratiques moyenâgeuses, a pour une bonne part rempli (ou tente de remplir) cette tâche. En France comme en Allemagne il y a une tradition de guerre bourgeoise contre la religion, engagée bien avant le socialisme (encyclopédistes, Feuerbach). En Russie, conformément aux conditions de notre révolution démocratique bourgeoise, cette tâche échoit presque entièrement elle aussi à la classe ouvrière. A cet égard, la démocratie petite bourgeoise (populiste), chez nous, n’a pas fait beaucoup trop (comme le pensent les néo cadets Cent Noirs ou les Cent Noirs cadets des Vékhi [4] ), mais trop peu comparativement à l’Europe.

 


D’un autre côté, la tradition de la guerre bourgeoise contre la religion a créé en Europe une déformation spécifiquement bourgeoise de cette guerre par l’anarchisme, qui, comme les marxistes l’ont depuis longtemps et maintes fois expliqué, s’en tient à la conception bourgeoise du monde malgré toute la « rage » de ses attaques contre la bourgeoisie. Les anarchistes et les blanquistes des pays latins, Most (qui fut entre autres, l’élève de Dühring) et consorts en Allemagne, les anarchistes de 1880 et des années suivantes en Autriche, ont poussé jusqu’au nec plus ultra la phrase révolutionnaire dans la lutte contre la religion. Rien d’étonnant que maintenant les social démocrates européens prennent le contrepied des anarchistes. Cela se comprend et c’est légitime dans une certaine mesure ; mais nous autres, social démocrates russes, ne devons pas oublier les conditions historiques particulières de l’Occident.

 


En second lieu, en Occident, après la fin des révolutions bourgeoises nationales, après l’institution d’une liberté plus ou moins complète de conscience, la question de la lutte démocratique contre la religion a été, historiquement, refoulée au second plan par la lutte menée par la démocratie bourgeoise contre le socialisme, au point que les gouvernements bourgeois ont essayé à dessein de détourner du socialisme l’attention des masses en organisant une « croisade » pseudo libérale contre le cléricalisme. Le Kulturkampf en Allemagne et la lutte des républicains bourgeois contre le cléricalisme en France ont revêtu un caractère identique. L’anticléricalisme bourgeois, comme moyen de détourner l’attention des masses ouvrières du socialisme, voilà ce qui, en Occident, a précédé la diffusion, parmi les social démocrates, de leur actuelle « indifférence » envers la lutte contre la religion. Là encore cela se conçoit et c’est légitime, car à l’anticléricalisme bourgeois et bismarckien, les social démocrates devaient opposer précisément la subordination de la lutte contre la religion à la lutte pour le socialisme.

 


En Russie, les conditions sont tout autres. Le prolétariat est le chef de notre révolution démocratique bourgeoise. Son parti doit être le chef idéologique de la lutte contre toutes les pratiques moyenâgeuses, y compris la vieille religion officielle et toutes les tentatives de la rénover ou de lui donner une assise nouvelle, différente, etc. C’est pourquoi, si Engels corrigeait, en termes relativement doux, l’opportunisme des social démocrates allemands   qui substituaient à la revendication du parti ouvrier exigeant que l’Etat proclamât que la religion est une affaire privée, la proclamation de la religion comme affaire privée pour les social-démocrates eux mêmes et pour le parti social démocrate, on conçoit que la reprise de cette déformation allemande par les opportunistes russes aurait mérité une condamnation cent fois plus violente de la part d’Engels.

 


En proclamant du haut de la tribune parlementaire que la religion est l’opium du peuple, notre fraction a agi de façon parfaitement juste ; elle a créé de la sorte un précédent qui doit servir de base à toutes les interventions des social démocrates russes sur la question de la religion. Fallait il aller plus loin et développer plus à fond les conclusions athées ? Nous ne le croyons pas. Car cela menacerait de porter le parti politique du prolétariat à exagérer la lutte contre la religion ; cela conduirait à effacer la ligne de démarcation entre la lutte bourgeoise et la lutte socialiste contre la religion. La première tâche, dont la fraction social démocrate à la Douma Cent Noirs devait s’acquitter a été remplie avec honneur.

 


La deuxième, et à peu de chose près la plus importante pour la social démocratie, était d’expliquer le rôle social joué par l’Eglise et le clergé comme soutiens du gouvernement ultra réactionnaire et de la bourgeoisie dans sa lutte contre la classe ouvrière ; elle aussi a été accomplie avec honneur. Certes, il y a encore beaucoup à dire sur ce sujet, et les interventions ultérieures des social­-démocrates sauront trouver de quoi compléter le discours du camarade Sourkov ; mais il n’en reste pas moins que son discours a été excellent et sa diffusion par toutes les organisations qui le composent est du ressort direct de notre parti.

 


La troisième tâche consistait à expliquer de la façon la plus précise le sens exact de la thèse si souvent dénaturée par les opportunistes allemands : « proclamation de la religion affaire privée ». Cela, le camarade Sourkov ne l’a malheureusement pas fait. C’est d’autant plus regrettable que dans son activité précédente, la fraction avait déjà laissé passer l’erreur commise dans cette question par le camarade Bélooussov [5] , erreur qui a été relevée en son temps par le Prolétari . Les débats au sein du groupe montrent que la discussion sur l’athéisme a masqué à ses regards la nécessité d’exposer exactement la fameuse revendication qui veut que la religion soit proclamée affaire privée. Nous n’allons pas imputer cette erreur de toute la fraction au seul camarade Sourkov. Au contraire. Nous reconnaissons franchement que la faute est imputable à tout notre parti, qui n’avait pas suffisamment élucidé cette question, qui n’avait pas suffisamment fait pénétrer dans la conscience des social démocrates la portée de la remarque faite par Engels à l’adresse des opportunistes allemands. Les débats au sein de la fraction prouvent que c’était justement un manque de compréhension et non point l’absence du désir de tenir compte de la doctrine de Marx. Nous sommes sûrs que l’erreur sera redressée au cours des prochaines interventions du groupe.

 


Dans l’ensemble le discours du camarade Sourkov, nous insistons là dessus, est excellent et doit être répandu par toutes les organisations. La discussion de ce discours, au sein du groupe, a montré qu’il s’acquittait consciencieusement de son devoir social démocrate. Il reste à souhaiter que les comptes rendus des débats à l’intérieur de la fraction paraissent plus souvent dans la presse du parti pour rapprocher la fraction de ce dernier, pour montrer au parti le dur travail fait par la fraction dans son propre sein pour que l’unité idéologique s’établisse dans l’activité du parti et de son groupe parlementaire.

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Notes :


[1] K. Marx : « Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel. » (Introduction).


[2] F. Engels : « Le programme des émigrés blanquistes de la Commune ».


[3] Voir F. Engels : Introduction à « La guerre civile en France ».


[4] « Vékhi » [Jalons], recueil édité par les cadets à Moscou à partir du printemps de 1909 ; il comprenait des articles de Berdiaev, Boulgakov, Strouvé, Herschensohn et autres représentants de la bourgeoisie libérale. Dans ces articles consacrés aux intellectuels russes, les auteurs tentaient de discréditer les traditions démocratiques révolutionnaires du mouvement de libération du peuple russe telles que les avaient fondées Biélinski, Tchernychevski, Dobrolioubov, Pissarev ; ils dénigraient le mouvement révolutionnaire de 1905 et remerciaient le gouvernement tsariste d’avoir sauvé la bourgeoisie « de la fureur du peuple grâce à ses baïonnettes et à ses prisons ». Lénine a donné une analyse critique, assortie d’un jugement politique, de ce recueil des cadets Cent Noirs, dans son article « A propos des Vékhi » (Œuvres, 4° éd. russe, t. 16, pp. 106-114).


[5] L’erreur du député Bélooussov consistait en ce que, lors de la discussion du budget du Synode à la séance de la III° Douma du 22 mars (4 avril) 1908 il avait déposé une proposition de passage au point suivant de l’ordre du jour, reconnaissant dans la religion « l’affaire privée de chaque personne privée ». L’insuffisance de cette formule avait été relevée dans l’éditorial du n° 28 du Prolétari du 2 (15) avril 1908.

 

Source:

https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1909/05/vil19090513.htm

 

Gilets Noirs, Gilets Jaunes, Hong Kong, France, contre le capital, un seul prolétariat!

 

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/08/19/gilets-noirs-gilets-jaunes-hong-kong-france-contre-le-capital-un-seul-proletariat/

 

 

 

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https://image1.le-pays.fr/photoSRC/WlJTJ1xYUTgIDAVOKzc8Ik5iH3UMBQgfa15JWhcaSA4rFEgrEEgiLAlEShZNFxIUEkQE/gilets-jaunes-acte-22-roanne_4293777.jpeg

https://photos.lci.fr/images/613/344/manifestations-hong-kong-5-aout-illustration-8a4ac6-0@1x.jpeg

Gilets Noirs, Gilets Jaunes,

Hong Kong, France,

contre le capital,

un seul prolétariat!

 

 

 

Après avoir trainé dans la boue le mouvement des « Gilets Jaunes » français pour l’isoler et justifier la répression particulièrement brutale qui s’est abattue sur lui, les médias français encensent les « Gilets Noirs » de Hong Kong en leur donnant un label « pro-démocratie » qui va jusqu’à en justifier les débordements de violences pourtant tout à fait comparables à ceux de nos GJ, et jusqu’à « condamner la répression », également assez équivalente, qui leur répond, de la part des autorités hongkongaises, à la botte de Pékin et du PCC…

Cela se comprend dans le contexte de guerre commerciale enclenchée par les USA et secondée par tous les vassaux de l’Empire, dont la France de Macron.

Mais l’influence du PCC et du capitalisme chinois sur la gauche française est telle qu’une bonne partie se met désormais à l’unisson de Pékin et voit dans les manifs de masse à Hong Kong une manipulation quasiment « néo-colonialiste » qui instrumentaliserait une « petite bourgeoisie privilégiée » contre un pouvoir « national anti-impérialiste »… !

Qu’en est-il réellement ?

Il est évident que cette situation de troubles massifs à Hong Kong est un moyen de pression non-négligeable de l’impérialisme US contre son rival chinois, et que les médias français font chorus dans ce sens contre la Chine.

Il est clair également qu’un certain confusionnisme règne dans les revendications « démocratiques » des manifestants hongkongais et qu’il est effectivement très probablement instrumentalisé par des agents provocateurs au service des puissances occidentales.

Toutefois, dès ce point rendu apparent, la comparaison devient tout à fait pertinente avec le confusionnisme idéologique qui régnait chez les « Gilets Jaunes » français.

En effet, c’est essentiellement à travers des « revendications démocratiques », et notamment celle du RIC, que la frustration sociale des classes moyennes révoltées s’est également exprimée en France, et pourtant cela n’a nullement mis un frein réel aux manipulations du mouvement  par l’extrême-droite, même si les médias ont tenté de le réduire abusivement, et pour cause, à cette seule dimension.

Si les « revendications démocratiques » des manifestants hongkongais visent en partie à saper le pouvoir autocratique de Pékin sur Hong Kong, elles n’en on pas moins une base sociale dissimulée derrière cette « vitrine politique » qu’est la « démocratie », sans contenu de classe affirmé, et c’est précisément ce que les médias occidentaux tentent de dissimuler, pour en réduire la portée à ce qui intéresse le conflit inter-impérialiste entre Pékin et Washington, et leurs divers satellites.

Ce qui est consternant, mais logiquement inévitable dans le contexte actuel, c’est précisément qu’une bonne partie de la « gauche » française se trouve elle-même « satellisée », « idéologiquement », (et/ou par d’autres moyens plus concrets…), dans l’orbite de Pékin et ânonne un bréviaire pseudo- « anti-impérialiste » sur le sujet, en guise d’analyse, qu’elle semble, de toutes façons, bien incapable de faire, ayant depuis très longtemps jeté aux orties les clefs de la dialectique et du ML, conservant seulement quelques vagues « logos » qu’elle ressort en cas de nécessité ultime comme sigle supposé valider son argumentation défaillante.

Alors qu’en réalité la situation sociale des classes moyennes en déroute, en voie de prolétarisation, n’est pas à ce point différente entre la France et Hong Kong.

Bien évidemment l’histoire sociale et économique des deux pays est très différente, mais les tendances profondes de l’évolution actuelle du capitalisme s’y retrouvent, et même si sous des formes différentes, ont les mêmes conséquences sociales et poussent les classes moyennes en voie de paupérisation et de prolétarisation sur le chemin de la révolte, sinon sur celui d’une conscience de classe, chemin que l’idéologie dominante et ceux qui sont chargé de son formatage et de ses manipulations s’efforcent évidemment de leur barrer.

Désormais ils sont, en outre, secondés par les zélateurs du capitalisme et du social-impérialisme chinois !

Les facteurs de l’explosion sociale à Hong Kong étaient en fait parfaitement connus des analystes un tant soit peu sérieux, même si la plupart anticipaient que Carrie Lam, la nouvelle dirigeante à la botte de Pékin, serait néanmoins capable de désamorcer la bombe à temps, par quelques mesurettes sociales, notamment sur le plan de la question du logement, devenu plus que problématique avec la tournure prise par la crise et ses effets sur un Hong Kong revenu plus directement dans l’orbite du capitalisme chinois « continental » sous la férule des oligarques du PCC.

En réalité, avec cette intrusion de plus en plus massive du capital chinois « continental » les inégalités sociales ont non seulement explosé, et même littéralement, on le voit bien, à Hong Kong, mais elles ont même atteint un point de fracture pratiquement insoluble dans le système actuel. En 2017, pourtant, un analyste occidental trouvait encore le courage de citer une hongkongaise « de base », Lau Mei-tin, vendeuse de légumes sur un marché de la ville :

« Il faut travailler jusqu’à sa mort. Si on ne travaille pas pas toujours plus, on ne peut pas faire face au coût de la vie. La situation à Hong Kong est atroce », explique-t-elle.

D’après des données du gouvernement de la « région administrative spéciale », les inégalités de revenus dans le territoire sont à leur plus haut niveau depuis plus de quarante ans, fragilisant les populations les plus vulnérables et risquant d’attiser les tensions sociales.

Une étude de l’ONG Oxfam s’appuyant sur des données du département hongkongais des études statistiques montre que les revenus des 10% de foyers les plus riches sont 44 fois plus élevés que ceux des 10% de foyers les plus pauvres. Pour ceux-là, le revenu moyen est de 2.560 dollars hongkongais par mois, soit un peu moins de 290 euros. »

En termes de niveau de vie, tout est relatif, et l’implication croissante dans l’économie hongkongaise de l’oligarchie prétendue « rouge » du PCC n’a donc en rien amélioré la situation des classes sociales « inférieures » de la ville, qui, jusque là, pouvaient effectivement paraître comme « privilégiées » par rapport aux classes sociales inférieures du continent et même de la plupart des pays occidentaux, avec un revenu « moyen » apparemment « confortable »…

De 15 500 à 20 000 dollars de Hong Kong, selon les sources… Soit autour de 2000 euros, selon les cours, si l’on veut encore « affiner » cette moyenne…

Cela peut paraître élevé, mais si l’on se rapporte seulement au prix « moyen », en réalité exorbitant, du logement à Hong Kong, et au coût moyen de la vie en général, cela équivaut pratiquement à vivre avec le SMIC en France…

Un loyer « modeste » pour un célibataire se situe semble-t-il entre 1000 et 1500 euros/mois… A condition d’en trouver un, et l’on voit que des solutions telles que loger dans des portions de tuyaux sont sérieusement envisagées à Hong Kong, comme solution à ce problème !

https://i.f1g.fr/media/eidos/805x453_crop/2018/01/03/XVMd00a2ca6-efd3-11e7-850f-fd380f9f2723-805x453.jpg

Quant au SMIC hongkongais, il existe bel et bien, et même avec une hausse « spectaculaire » de 8% en janvier dernier, il reste à 37,5 HK$ de l’heure, soit 4,12 euro, au cours actuel ! Ce qui concerne encore 150 000 personnes, semble-t-il, soit une frange de travailleurs manifestement acculée à la misère la plus noire, dans les conditions actuelles. Et entre cette frange « extrême » et le « salaire moyen », qui permet à peine de survivre décemment à Hong Kong, il y a donc encore de nombreuses catégories sociales en grandes difficultés, notamment sur le plan du logement, et radicalement en voie de paupérisation relative, de toutes façons.

L’explosion sociale à Hong Kong a donc pris la forme d’un incendie, en réalité, et il n’est donc pas prêt de s’éteindre, même si les objectifs « démocratiques » à travers lesquels il s’exprime peuvent faire illusion concernant un éventuel « compromis » avec le pouvoir au service de la bourgeoisie financière « rouge » de Pékin !

Dans ces conditions on comprend également que la presse occidentale ne parle, pour l’essentiel, que des « revendications démocratiques » des travailleurs hongkongais, sans jamais réellement évoquer les problématiques sociales qui les sous-tendent…

Il est clair que la « loi d’extradition » a été simplement le détonateur de cette colère sociale et que, du fait qu’elle n’a pas été franchement et réellement abolie, l’illusion demeure que la défense de la démocratie formelle reste un combat essentiel pour les hongkongais, alors que la réalité impose et implique comme solution des transformations économiques et sociales radicales et radicalement incompatibles avec le capitalisme, qu’il soit chinois continental ou occidental.

Le même syndrome s’est produit, même si à un degré moindre, avec le mouvement GJ français qui s’est finalement focalisé sur des revendications de démocratie formelle, telle le RIC, en négligeant complètement les revendications sociales unificatrices les plus évidentes, sans même parler de transformations sociales et économiques radicales, anticapitalistes, en fait, qui auraient pu les rendre pérennes, dans un projet global d’alternative prolétarienne, et donc socialiste au sens véritable du mot !

On a vu, en étudiant les dérives chroniques du mouvement GJ roannais, révélées notamment lors de la manif « régionale » du 13 Avril, …

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/08/18/gilet-jaune-a-roanne-le-blues-dun-black-block-en-bleu-marine/

  …que les illusions « démocratiques » générées sur le thème du RIC avaient complètement annihilé la problématique sociale à l’origine du mouvement. Mais il faut également mentionner que ce même 13 avril (acte 22), le mouvement GJ lyonnais manifestait également « massivement » chez lui, à 1000 personnes à l’occasion de ce petit et provisoire « regain » de mobilisation, alors qu’il aurait donc du logiquement se porter, au moins en partie, sur la manif « régionale » de Roanne…

Cette défection explique en grande partie l’échec relatif de la manif roannaise, avec également un millier de manifestants, mais surtout, cela permet de rappeler que si la droite et l’extrême-droite avaient donc réussi à conserver leur hégémonie sur le mouvement roannais, le mouvement lyonnais, de son côté, avait réussi à expulser, et manu-militari, le plus souvent, la même droite « fasciste » de ses propres rangs anarchistes, gauchistes et écolos-gauchisants…

De sorte que si les deux mouvements s’étaient réellement retrouvés pour une manif « unitaire » sur Roanne, l’on eut surtout assisté à une quasi « guerre civile régionale » entre GJ, dans un contexte ou le mouvement était déjà globalement en train de finir de se couper des masses qui en avaient été le support essentiel le 17 Novembre et les jours suivants !

On voit bien là l’impasse et l’absurdité du comportement des pseudos- « révolutionnaires » issus de cette classe moyenne en déshérence et en déroute

L’un des problèmes actuels de la « gauche » française est que ce sont les mêmes qui, aujourd’hui, prétendent doctement donner des leçons d’ « anti-impérialisme » aux hongkongais en lutte de fait contre le capitalisme, même s’ils ont effectivement autant de mal que nos GJ à le comprendre !

L’avenir de cette lutte à Hong Kong reste évidemment des plus incertains. En deux décennies, la part de Hong Kong est passé de 18 à 3% du PIB chinois… A-t-il pour autant terminé son rôle économique et surtout, financier, dans la formation du capitalisme monopoliste chinois? Rien n’est moins certain, et il était encore en 2015 une pièce essentielle du tout nouveau dispositif financier « Shanghai-Hong Kong Stock Connect », une de ces « passerelles-écluses » caractéristiques du développement du capitalisme financier chinois, concoctées par la direction du PCC, une version très évoluée du premier dispositif simpliste des « Red Chips » inaugurés sous Mao, en 1972, et qui passaient déjà par Hong Kong!

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2015/09/01/de-la-structuration-maoiste-de-la-bulle-chinoise/

De plus la bourgeoisie financière « rouge », à commencer par les dirigeants du PCC eux-même, affectionne particulièrement Hong Kong pour des investissements « personnels » particulièrement importants, outre le fait que bon nombre des « sociétés d’Etat » de la Chine continentales y sont cotées en bourse, soit directement soit par leurs filiales.

Dans ces conditions on comprend bien que Pékin n’a aucun intérêt réel à « normaliser » la situation à Hong Kong comme il l’a fait à Tien An Men en 1989. Ce qui risquerait de « tuer la poule aux œufs d’or », alors qu’il lui en reste encore quelques uns à pondre avant d’être liquidée en tant que zone économique jouissant d’un statut spécial.

A plus long terme, néanmoins, cette liquidation est inéluctable et marquera la vrai rupture du cordon ombilical qui relie encore le capital US et son clone chinois voulu en son temps par le tandem Mao-Kissinger.

La « tertiarisation » extrême de la société hongkongaise, à 86,4% de la population active, n’empêche pas plus qu’en France la formation de nouvelles couches sociales prolétarisées par la marchandisation « industrielle » des services, ce qui a engendré également la crise dite des « Gilets Jaunes ».

En précipitant plus ou moins cette évolution, Trump et l’occident jouent avec le feu… Mais d’ici là les prolétaires chinois du continent et le « nouveau » prolétariat en voie de formation à Hong Kong pourraient aussi bien réaliser l’intérêt commun qu’ils ont à se débarrasser du capitalisme, tant occidental que chinois continental!

Luniterre

Nouveaux missiles russes : la Paix en Europe est-elle menacée ? Et par quoi et par qui?

 

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/07/06/nouveaux-missiles-russes-la-paix-en-europe-est-elle-menacee-et-par-quoi-et-par-qui/

https://img.aws.la-croix.com/2019/04/02/1201012881/LC-OTAN-ETATS-MEMBRES-V2-290319_0_729_405.jpg

https://www.medias-presse.info/wp-content/uploads/2018/03/Bases-US-contre-Russie.jpg

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Nouveaux missiles russes :

la Paix en Europe

…est-elle menacée ?

Et par quoi et par qui?

La Russie a une nouvelle fois refusé de détruire ses nouveaux missiles déployés en Europe, ce que l’OTAN prétend être en violation d’un traité conclu en 1987, comme l’a répété vendredi le secrétaire général de l’Alliance Jens Stoltenberg, à l’issue d’une réunion du conseil Otan-Russie.

« Nous n’avons pas vu une quelconque indication de la volonté de la Russie de se mettre en conformité avec le Traité sur les armes nucléaires de portée intermédiaire (INF) en détruisant ces missiles avant le 2 août… » Date à la quelle les États-Unis menacent de se retirer, au terme d’un préavis de six mois.

En réponse à cette menace, Vladimir Poutine a ratifié, mercredi 3 juillet, la suspension de la participation russe au traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI). Ce traité, signé en 1987, pendant la guerre froide, interdisait aux deux parties d’utiliser des missiles terrestres d’une portée de 500 à 5 000 km.

L’accord bilatéral conclu par Washington et Moscou en 1987 avait permis l’élimination des missiles balistiques et de croisière SS20 russes et Pershing américains déployés en Europe.

En février dernier, Washington a accusé Moscou de violer le traité et a pris la décision – qui deviendra effective le 2 août – de se retirer du traité FNI. La Russie avait déployé des nouveaux missiles Novator 9M729, en affirmant que leur portée n’était que de 480 km alors que l’OTAN et les Etats-Unis l’estiment à 1 500 km.

Jens Stoltenberg a reconnu que « les défenses actuelles ne sont pas en mesure d’abattre un missile de croisière tiré depuis la Russie ». Mais il a affirmé que « l’Europe n’a pas l’intention de déployer de nouveaux missiles armés de têtes nucléaires en Europe ».

L’Otan exige donc que la Russie détruise son nouveau système de missiles avant le 2 août, ultimatum fixé par l’OTAN pour renégociation selon ses nouvelles conditions ou liquidation du traité.

« Notre objectif est de sauver le traité. Il reste 4 semaines avant le 2 août », a-t-il insisté. « En 1987, la Russie a détruit des missiles de croisière en quelques semaines. Il suffit d’en avoir la volonté politique », a-t-il rappelé.

On se rappellera donc à ce propos que la signature de ce traité a précédé de peu la liquidation de l’URSS, en fin de compte, et donc par voie de conséquences la disparition quasi effective pour une décennie complète de la Russie sur la scène internationale en tant que nation souveraine apte à défendre ses droits.

Ce dont s’est souvenu l’écrivain et ancien diplomate, mais anticommuniste notoire, Fédorovski, à l’occasion du 25ème « anniversaire » de cet effondrement :

« N’oublions pas que ces oligarques ont agi avec la complicité des banques occidentales. Les sorties de capitaux étaient considérables: 120 milliards de dollars par an quittaient le pays chaque année dans un contexte où 50% de la population frôlait le seuil de pauvreté. La fin de l’URSS était un cadeau géopolitique immense pour l’Occident, mais au lieu d’associer la Russie au concert des nations européennes, elle a été marginalisée. Aujourd’hui, nous le payons.

_Nous payons donc des erreurs commises en 1991?

Le meilleur exemple de ce cordon sanitaire reste l’élargissement de l’OTAN, qui s’est fait contre les promesses faites à Gorbatchev.

Il faut préciser quelque peu la chronologie. J’étais aux réunions diplomatiques sous George Bush (père) et sous son secrétaire d’État James Baker, ils ne voulaient pas du concept de «cordon sanitaire» forgé par Zbigniew Brzeziński et qui n’a été appliqué qu’à partir de la présidence de Bill Clinton dans la deuxième moitié des années 1990. C’est sous l’influence du «Grand échiquier» de Brzeziński que l’on a commencé à parler de l’utilité pour les États-Unis d’une Russie faible et d’une Ukraine forte. Autant vous dire que cela a laissé des traces dans la mémoire contemporaine des Russes. Le meilleur exemple de ce cordon sanitaire reste l’élargissement de l’OTAN, qui s’est fait contre les promesses faites à Gorbatchev. Il se trouve que j’étais présent aux accords conclus sur ce point avec les Américains. Ils ont été complètement bafoués et les partisans de l’avancement de l’OTAN vont aujourd’hui jusqu’à nier l’existence même de ces accords. Ces accords ont bel et bien existé: le deal diplomatique concernait la réunification de l’Allemagne, que l’URSS acceptait. En échange, les Américains s’engageaient à respecter les intérêts géostratégiques de la Russie.

Tous ces événements sont pour les Russes un grand échec national. »

Mais aujourd’hui la Russie semble bien avoir tiré les leçons de cette catastrophe et être à nouveau capable de prendre des mesures pour défendre sa souveraineté et son indépendance :

« Les tentatives de rejeter la faute sur la Russie pour la disparition du traité INF sont injustifiées », a affirmé la représentation de la Russie auprès de l’Otan dans un communiqué.

« Nous avons attiré l’attention sur les risques réels d’aggravation de la situation militaire et politique en Europe », a-t-elle ajouté.

Si les Etats-Unis se retirent du traité, « nous avons confirmé ne pas avoir l’intention de déployer des systèmes de missiles correspondants en Europe et dans d’autres régions, à moins que des missiles américains à portée intermédiaire et à courte portée ne soient déployés », a-t-elle déclaré. « Nous avons demandé aux pays de l’OTAN de faire la même déclaration », a-t-elle précisé.

Le conseil Otan-Russie est l’instance de consultation créée en 2002 entre les deux blocs. Ses réunions se tiennent au niveau des ambassadeurs. Jens Stoltenberg n’a pas annoncé de nouvelle réunion avant le 2 août

La Russie a mis en garde lundi contre une crise des missiles comparable à celle de Cuba, en 1962, si les États-Unis s’avisent de déployer en retour en Europe des missiles nucléaires à portée intermédiaire. Le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, a assuré mardi qu’une telle hypothèse n’était pas à l’étude.

L’ambassadrice américaine à l’Otan, Kay Bailey Hutchison, a déclaré de son côté que Washington envisageait seulement pour le moment de déployer des missiles conventionnels. « Toutes les options sont sur la table mais nous ne pensons qu’à des systèmes conventionnels, il est important que nos alliés européens le sachent », a-t-elle dit.

La plupart des pays européens ne sont pas favorables au déploiement de missiles nucléaires américains en Europe, une initiative qui rappellerait la course aux armements des années 1980 entre les États-Unis et l’Union soviétique.

Sources utilisées:

https://www.afp.com/fr/infos/334/moscou-refuse-de-detruire-ses-nouveaux-missiles-deployes-en-europe-affirme-lotan-doc-1id10z5

https://www.lemonde.fr/international/article/2019/07/03/la-russie-sort-du-traite-sur-les-forces-nucleaires-intermediaires_5484979_3210.html

https://www.ouest-france.fr/europe/russie/l-otan-demande-la-russie-de-detruire-son-nouveau-missile-nucleaire-6415515

http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2016/12/16/31002-20161216ARTFIG00255-vladimir-fedorovski-la-chute-de-l-urss-est-encore-un-traumatisme-national-en-russie.php

https://www.cairn.info/revue-relations-internationales-2011-3-page-85.htm

Conséquences géostratégiques :

Quelle menace réelle

pour la paix en Europe ?

La rhétorique de la communication occidentale, et surtout US/OTAN, tente de se justifier en traitant séparément la question des missiles de la question de l’équilibre général des forces en présences, et notamment et surtout, des forces dites « conventionnelles » et réellement susceptible d’intervenir sur le terrain, ce qu’elles font déjà concrètement, d’une manière ou d’une autre, depuis des décennies, et singulièrement, depuis la dissolution de l’URSS.

Ces interventions diverses, que ce soit directement ou par l’intermédiaire de leurs alliés locaux, se fait principalement, sinon presque exclusivement, sur le territoire des anciennes républiques alliées de l’URSS, à l’époque. Cela s’est caractérisé par des conflits ouverts ( Serbie, Kosovo, Ukraine…), ou des implantations de forces militaires exogènes produisant une situation potentiellement explosive, comme en Pologne et dans les pays baltes, notamment.

Profitant de l’affaiblissement provisoire de la Russie, les USA et l’OTAN ont donc avancé partout leurs pions, sous formes de bases militaires, dans ces pays, et cela au mépris de leurs engagements.

C’est ce que montrent de façon on ne peut plus explicite les cartes représentant la situation de ces bases en Europe.

Mais la situation ne se résume pas non plus à un simple rapport de force Russie/OTAN. En effet, si l’OTAN est une alliance où les USA sont clairement la force principale et dominante, elle n’en est pas moins une alliance regroupant également désormais pratiquement tous les pays de l’UE, y compris les pays de l’Europe de l’Est, anciens alliés de l’URSS et donc de la Russie de l’époque.

C’est donc tout aussi clairement une extension de la domination de l’impérialisme US sur ces pays et l’utilisation, notamment géostratégique, par l’implantation militaire, que les USA font de cette domination peut difficilement être considérée comme un facteur de paix avec la Russie…

Mais ce n’est pas tout, ni même nécessairement, le plus inquiétant pour la paix en Europe. En effet, en dehors du cadre de l’OTAN, les USA disposent de bases militaire implantées en Europe, certaines depuis la deuxième guerre mondiale, et d’autres qui sont venues s’ajouter ensuite, notamment depuis la chute de l’URSS, et qui ne sont pas nécessairement soumises, pour leur utilisation, au consentement des autres membres de l’OTAN.

https://expresselevatortohell.files.wordpress.com/2013/01/us-military-reach.gif?w=910&h=495

https://www.geostrategia.fr/wp-content/uploads/2018/02/Capture-d%C3%A9cran-2.png

C’est ce qui permet de comprendre les « menaces » de Trump de retirer les USA de l’OTAN au cas où les autres puissances européennes refuseraient de financer suffisamment cette organisation, à son gré. Ce n’est en rien un gage d’indépendance qu’il s’apprêterait à offrir à l’Europe, mais bien au contraire, une menace d’agir et d’intervenir, y compris et surtout, en Europe de l’Est, sans même avoir à demander le simple avis de ses supposés « alliés » de l’Europe Occidentale.

Autrement dit, c’est la menace d’entreprendre directement et pour son propre compte une confrontation, sur le sol européen, avec la Russie !

Autrement dit, encore, les USA ont bel et bien les moyens de pression et de chantage pour plier, en fait, leurs « alliés » de l’Europe Occidentale à leur domination et à leur volonté de dominer également la Russie par un rapport de force qui n’exclut manifestement pas la confrontation militaire, et tout d’abord, de type « conventionnelle ».

C’est bien pourquoi ils espèrent obliger la Russie à détruire ses missiles, qui forment actuellement un rempart difficilement franchissable, de l’aveu même de l’OTAN, et surtout en considérant, paradoxalement, en apparence, que ces missiles peuvent très bien être utilisés sans têtes nucléaires, en tant qu’armes « conventionnelles », mais qui assureraient la défaite d’une tentative US de nouvelle extension vers L’Est… !

En conclusion, il serait donc suicidaire, pour la Russie, de renoncer à cette défense sans contrepartie significative de la part des USA et de ses alliés de l’OTAN, et on ne voit pas bien ce qu’elle pourrait être, sinon le retrait de leurs troupes et de leurs armements stratégiques en deçà d’une portée possible sur la Russie, c’est à dire, en fait, un retrait quasi total de l’Europe.

L’OTAN n’est que l’un des visages multiples de la domination impérialiste US et il ne doit pas nous faire oublier l’essentiel, qui est la présence des forces armées US sur le territoire européen, où elles n’ont légitimement plus rien à faire, et cela depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, en réalité.

C’est le maintien de leur présence et la politique générale de domination US, notamment à travers le Plan Marshall, qui a entraîné une situation conflictuelle de tension permanente en Europe au cours de la deuxième moité du 20ème siècle, et c’est le maintien et l’accentuation de cette politique qui renouvelle et exacerbe les risques de guerre en Europe depuis le début du 21ème.

Certains partis et mouvements nationalistes et souverainistes appellent régulièrement au retrait de la France de l’OTAN. Certains partis qui se disent « de gauche », voire d’extrême-gauche », et même « marxistes-léninistes » réclament également ce retrait. Or ce retrait a déjà eu lieu, provisoirement, sous De Gaulle, et jusqu’à l’arrivée de Sarkozy au pouvoir, réintégration entérinée effectivement en 2009.

Le retrait de la France de l’OTAN n’a en rien changé le rapport de force écrasant dont bénéficie l’impérialisme US vis à vis des nations qu’il cherche constamment à dominer, et à écraser carrément, sinon.

C’est donc un mot d’ordre parfaitement ridicule, sinon complice, objectivement, de l’impérialisme, français, d’abord, et US, in fine, vu le résultat.

La seule manière de faire avancer la paix en Europe, ce n’est donc évidemment pas un tel retrait, ni même simplement le démantèlement de l’OTAN, mais bien le retrait pur et simple, et sans conditions, de toutes les forces et dispositifs militaires US de tous les territoires européens.

Dans ces conditions, des négociations de paix pour le désarmement nucléaire et le démantèlement de tous les missiles en batteries sur le sol européen auraient enfin pleinement leur sens.

Luniterre

Pour la paix en Europe !

Retrait inconditionnel

de toutes les troupes US

du sol européen !

Négociations

de désarmement nucléaire

et conventionnel !

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« Dis, Papa, c’est loin l’Amérique ? » ( Amérique, Rêve assassin ! )

 

 

 

 

« Dis, Papa, c’est loin l’Amérique ? »

Tel pourrait être, dans un style humour noir, le titre de cet article…

Tania, 21ans, a vu comment Oscar, son mari,26 ans, et Valeria, sa fille de 23 mois, ont été emportés dimanche par les eaux du Rio Grande, après un périple familial de 3200 kilomètres pour atteindre ses rives. Elle n’a revu leurs corps que lundi matin.

Les pompiers et les sauveteurs mexicains les ont trouvés près de la rive, deux corps flottants sur le ventre, enlacés dans une étreinte protectrice qui a ému le monde entier, selon l’AFP. On peut le comprendre… La même dépêche précise le point de vue de Carlos Alberto, le frère aîné d’Oscar qui vit aux États-Unis, et espérait les accueillir et les aider à leur arrivée. Il regrette qu’ils n’aient pas écouté ses conseils de suivre la voie légale et demander l’asile.

« Ne prends pas le risque de traverser la rivière avec une petite fille, c’est très dangereux, ce fleuve est meurtrier » se souvient-il lui avoir dit.

« Ce fleuve meurtrier » ??? Le fleuve est-il véritablement l’assassin, ou bien plutôt le système impérialiste « mondialisé » qui pousse ses victimes à quémander leur survie auprès du bourreau US ?

Bien plus qu’un titre dans le style humour noir, c’est bien là la réalité paradoxale qui révèle le cynisme de l’empire US.

Un empire au sommet d’une gigantesque pyramide économique et financière qui domine les flux de capitaux et de richesses sous toutes formes en y faisant régner sa propre loi, celle du dollar.

Un empire qui voudrait imposer un monde sans frontières, sauf les siennes !!!

Qu’en est-il vraiment ?

 

 

La « mondialisation » abolit-elle les frontières ?

Selon ses tenants et ses partisans, c’est à dire la plupart des gouvernements, dont celui de la France, et la plupart des médias, la « mondialisation » serait un progrès et un bienfait pour l’humanité… Elle rapprocherait les humains, abolirait les frontières et ouvrirait donc une ère de paix nouvelle…

Et tout ce bonheur nous viendrait essentiellement d’un commerce libre et sans entraves entre les nations…

Qu’en est-il en réalité ?

Il n’y a guère plus d’une semaine, Mercredi 19 Juin 2019, l’ONU annonce une nouvelle statistique record du nombre des réfugiés dans le monde : plus de 70 Millions, en ne comptant que ceux qui font des demandes officielles d’asile…

Très officiellement, donc, déjà 70 Millions d’êtres humains qui quittent leurs pays par force et ne goûtent pas vraiment les félicités de la « mondialisation »….

Comment évaluer réellement le nombre d’êtres humains qui quittent leur pays poussés par la misère, la guerre, la dictature ?

Deux, trois fois plus ? …ou plus encore ?

La « mondialisation » n’a donc pas, et c’est le moins que l’on puisse dire, éradiqué tous les fléaux qu’elle est sensée guérir…

Mais est-elle au moins en voie de progression dans ce sens ? Son « moteur économique », sensé être le libre échange commercial, est-il en train de s’établir, est-il en train de « gagner du terrain » ?

Le premier pas de la nouvelle mondialisation avait pourtant « bien commencé » en apparence, avec la célèbre poignée de main Nixon-Mao et l’ouverture de l’économie chinoise sur le reste du monde, dès 1972.

Aujourd’hui, presque un demi-siècle plus tard, c’est la guerre économique qui prévaut entre les USA et la Chine, devenue la seconde puissance mondiale.

En vérité, force est de constater que le « libre commerce » ne peut se faire que tant qu’il est avantageux pour les USA, et se fait, directement ou non, dans son intérêt, et en fin de compte, exclusivement selon les règles édictées et imposées par ce maître…

Tout ce qui ne rentre pas dans ce cadre USA-centré est, en pratique et très concrètement, banni, interdit selon ce droit US imposé au reste du monde, et empêché par tous moyens, sanctions, blocus et finalement, intervention militaire sous le premier prétexte « trouvé », c’est-à-dire, en fait, inventé et créé de toutes pièces, dans la plupart des cas, et sinon, mis en œuvre par d’habiles provocations et manipulations de tiers, groupes « dissidents », « djihadistes », etc…

Toujours pas de commerce libre et sans entraves, donc, dans ce monde « mondialisé », et surtout pas sur une base d’équité entre nations, dans les échanges.

Et manifestement, avec la guerre économique actuelle, le principe du libre échange n’est pas non plus en train de gagner du terrain, bien au contraire…

Plus de guerres ? Sauf celles déclenchées ou attisées par les USA et leurs « alliés », et elles sont de plus en plus nombreuses et féroces.

L’une, comme en Syrie, n’est pas encore terminée, que deux ou trois se profilent déjà, en Iran, au Venezuela, et toujours en suspens, en Corée…

En Europe, une série de conflits dans les Balkans à peine terminée qu’une nouvelle guerre s’est enkystée en Ukraine et que la tension dans les pays baltes remonte sur des bases qui rappellent, à quelques kilomètres carrés près, celles des prémisses de la seconde guerre mondiale.

 

 

 

Malgré ce constat d’évidence, selon l’ONU aussi, c’est bien connu, tous les humains sont frères et il suffirait donc de bien accueillir les réfugiés pour que tout aille au mieux dans le meilleur des mondes « mondialisés »…

Et l’ONU de louer comme une preuve de son « humanité » la chancelière Merkel : « Je n’ai pas l’habitude d’attribuer bons et mauvais points, mais je pense que dans ce cas, il faut féliciter l’Allemagne pour ce qu’elle a fait. La chancelière a été courageuse » déclare Filippo Grandi, le Haut-Commissaire de l’ONU, en présentant son rapport…

Qu’en est-il réellement ? La chancelière s’est-elle prononcée en faveur du retour des Palestiniens sur leurs terres ancestrales ? En faveur de l’ouverture de la frontière Mexique-USA aux réfugiés et migrants d’Amérique Latine ? En faveur de la paix au Yémen ?

Non, mais elle a « courageusement » ouvert ses frontières à quelques milliers de réfugiés…

Pourquoi la France, pays des « droits de l’homme », n’en fait pas autant ?

La raison est simple : du temps où l’industrie française était encore en plein essor, pas besoin de « réfugiés », le capital français importait directement de ses « ex-colonies » devenues néo-colonies, la main d’œuvre dont elle avait besoin, et à bon marché, tant qu’à faire… Aujourd’hui la France est essentiellement « désindustrialisée », mais ce n’est pas encore le cas de l’Allemagne, et une main d’œuvre localement acclimatée depuis trop longtemps, à son goût, sera désormais avantageusement, pour son industrie, « complétée », de manière on ne peut plus « compétitive », par cette manne humaine apportée par la misère du monde.

De plus, « gérer » la nouvelle conflictualité locale que cela génère, inévitablement, loin d’être un « problème », au delà de la rhétorique officielle, c’est bel et bien un moyen de manipulation en plus, pour le système capitaliste, un « excellent » moyen de gouvernance.

En France, le dosage est déjà suffisamment explosif, mais il n’est pas à exclure que la « pression » remonte encore en cas de nécessité, surtout du genre rébellion sociale…

Les discours « humanistes » d’acceptation ou les discours « nationalistes » de rejet ne se font qu’en fonction des intérêts locaux du capital, et ils trouvent leurs adeptes et leurs relais parmi tous les « idiots utiles » à son service, volontairement ou non, tantôt « à gauche » ou « à droite », selon le dosage et la pression souhaitée.

La problématique d’ « acceptation » ou de « rejet » est une fausse problématique qui sert utilement le système capitaliste, en masquant la seule véritable issue, qui est d’en finir avec lui, en commençant par refonder le droit des nations et des peuples à des relations équitables, à disposer d’eux-mêmes, et y compris et surtout, à choisir de rompre avec le système capitaliste, ce qui est la seule façon de mettre fin aux causes profondes de toutes ces guerres, de toutes ces inégalités extrêmes, qui poussent les peuples sur la voie de l’exil.

Luniterre

 

SOURCE :

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/06/28/lamerique-un-reve-qui-tue/