antitévisionnisme

Unité CGT-GJ : Le baiser qui tue ?

 

 

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/01/05/unite-cgt-gj-le-baiser-qui-tue/

 

 

Unité CGT-GJ :

Le baiser qui tue ?

On reproche assez souvent au mouvement GJ son manque d’unité et surtout, son manque de cohérence dans les revendications…

En étudiant la liste des 42 revendications, émise depuis le 29 Novembre, on a déjà vu que cette apparence hétéroclite tient plus à la formulation, parfois maladroite, il est vrai, qu’au fond, qui reflète fort bien, en réalité, la diversité des préoccupations sociales urgentes qui ont motivé le mouvement depuis son origine.

Dès le départ, l’hostilité manifestée par les confédérations syndicales n’a pas permis un débat réellement structuré sur ces revendications.

Dépassées par ce mouvement qu’elles n’ont pu endiguer, et cela au grand dam du gouvernement macronien, de plus, elle ont parfois tenté de prendre le train en marche, ici et là, le plus souvent poussées par la base, mais sans réellement investir leurs compétences pour aider les GJ à reformuler leurs revendications de manière appropriée, et dans le respect de leurs motivations. Bien au contraire, les rares fois où une ébauche de convergence se produit elles contribuent à brouiller l’originalité du message GJ et au lieu de l’éclairer, elles l’incitent hypocritement, par leurs manœuvres de récupération, à céder aux sirènes de la démagogie et de la surenchère verbale. En fait , tout en prétendant renforcer le mouvement elles contribuent à en donner une image réductrice et coïncidant, par contre, avec l’image que les médias au service du pouvoir s’acharnent déjà à donner de lui  !

Une nouvelle forme, particulièrement vicieuse, de kollaboration de classe et de liquidationnisme.

L’exemple nous en est donné par un tract CGT en provenance de Martigues et appelant à une manifestation commune CGT-GJ le Samedi 5 Janvier 2019.

En effet, qui ne souhaiterait pas à la fois une hausse de salaire, plus de service public, plus d’accès à la santé, plus de démocratie, et moins d’impôts ???

Mais en quoi ce genre de généralités constitueraient-elles une plate-forme revendicative cohérente, comme ose le prétendre le secrétaire général de l’Union Locale CGT sur France 3 ??? (1) En quoi seraient-elle un apport positif au mouvement GJ ?

Les deux seuls revendications assez clairement formulée sur ce tract sont, il est vrai, les deux premières :

_La suppression des taxes et de toutes TVA.

_Le retour de l’ISF.

Même si une autre ligne fait une allusion vague à une « fiscalité équitable », le seul processus proposé implicitement par ce tract est donc concrètement l’idée que le retour de l’ISF pourrait compenser à la fois la « suppression des taxes » et celle « de toutes TVA » !

Bien évidemment la revendication de rétablissement de l’ISF, emblématique en matière de justice fiscale, n’est pas que purement symbolique, et on comprend bien qu’elle soit reprise par le mouvement GJ. Toutefois, en faire une ressource majeure, sinon la ressource unique, comme dans ce tract CGT, d’une « fiscalité équitable », cela relève effectivement de la pure démagogie. Si l’on veut véritablement chercher à comprendre et à expliquer ce que pourrait être une fiscalité réellement plus équitable, il est donc absolument nécessaire de dénoncer cette démagogie.

C’est nécessaire autant pour poser les bases d’un débat utile au sein du mouvement GJ que pour renouer avec l’image extrêmement positive qui était la sienne à l’origine, et que le pouvoir, et ici, avec l’aide de la CGT, s’ingénie à détruire.

En effet, bon an mal an, l’ISF rapportait à l’Etat 4 à 5 Milliards d’Euros, au grand maximum.

« En 2008, il a rapporté 4,2 milliards d’euros, soit environ 1,5 % des recettes fiscales de l’État ou 0,5 % du total des prélèvements obligatoires. »

https://fr.wikipedia.org/wiki/Imp%C3%B4t_de_solidarit%C3%A9_sur_la_fortune

« Pour sa dernière année d’existence,[2017] l’ISF a été rentable. Selon un rapport d’information de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, les recettes générées se sont élevées à 5,56 milliards d’euros. Un record. Initialement, la loi de finances 2017 ne tablait d’ailleurs que sur 5,4 milliards d’euros après les 5,2 milliards d’euros constatés en 2016. (…) L’Etat n’a toutefois pas réellement encaissé 5,56 milliards d’euros l’an passé. L’ISF était en effet plafonné afin que l’ensemble des impôts des redevables ne dépasse pas 75% de leurs revenus. Ainsi, le plafonnement a retiré 1,33 milliard d’euros de recettes en 2016. Le produit net de l’ISF a donc été de 4,23 milliards d’euros. »

https://argent.boursier.com/impots/actualites/pour-sa-derniere-annee-lisf-a-rapporte-4-23-milliards-deuros-5045.html

Ces 4,2 Milliards sont donc à comparer avec la nature des autres recettes fiscales, et notamment, avec la TVA, que la CGT voudrait donc, selon ce tract, voir disparaître et compenser essentiellement par le retour de l’ISF :

http://www.senat.fr/rap/l18-147-1/l18-147-130.png

http://www.senat.fr/rap/l18-147-1/l18-147-19.html

Comme on le voit, même si le montant total prévisionnel de la TVA collectée par l’Etat est en baisse pour 2019, avec 130,3 Milliards d’Euros, c’est tout de même plus de 31 fois le montant de l’ISF… !!!

De la part de responsables syndicaux supposés avoir une formation militante et donc au moins quelques notions rudimentaires d’économie, rédiger et diffuser un tract présenté ainsi, et voulant, de plus et très explicitement, avec la symbolique de l’image en tête, représenter l’alliance éventuelle du mouvement GJ et du syndicalisme, c’est délibérément à la fois manipuler les GJ locaux et donner d’eux une image particulièrement négative qui ne peut concourir qu’à enterrer leur mouvement tout en prétendant « être solidaires ».

Alors que dès le début du mouvement GJ, au moment où se construisait encore le rapport de force qui allait contraindre le pouvoir macronien à un recul tactique, le débat social a porté d’une manière générale sur la pression économique induite par l’ensemble des prélèvements obligatoires, une très grande confusion s’était établie sur toutes ces questions, et notamment celle de la frontière entre cotisations sociales (« charges sociales ») et taxes et impôts à proprement parler.

Le rôle des syndicats, et notamment de la CGT, aurait du être d’intervenir pour clarifier ces questions et proposer des solutions revendicatives à la hauteur des enjeux.

En effet il est clair qu’après la TVA, une taxe injuste parmi d’autres, mais de loin la plus massive, la pression la plus forte en termes de prélèvements obligatoires ne vient pas réellement d’un impôt puisqu’il s’agit de celle de la CSG, dont le produit est destiné à financer la protection sociale et qui reste donc, fondamentalement, une forme supplémentaire de cotisation sociale et donc de « charge sociale », mais entièrement assumée par le contribuable.

Et donc, cette confusion des genres, instituée par Michel Rocard, alors premier ministre du deuxième mandat de « Tonton » en 1991, nous ramène néanmoins en grande partie à un problème de justice et d’égalité fiscale…

…Ou d’injustice et d’inégalité, bien que selon les termes du dit Rocard ce devait être un instrument de « justice sociale »… !

http://discours.vie-publique.fr/notices/903372600.html

En effet, l’idée, pertinente dans son principe, consiste à faire « cotiser » tous ceux qui bénéficient de la Sécu sans pour autant cotiser via leur travail. Outre les salaires (« revenus d’activité »), cette « cotisation » supplémentaire, pour eux, s’étend donc aux revenus des retraites (« revenus de remplacement »), aux revenus du patrimoine (foncier, « revenu immobiliers » >>> loyers), aux revenus de placements (« revenus mobiliers » >>> capital >>> dividendes).

A l’origine, à sa fondation, en 1991, le taux unique s’élevait à 1,1% sur tous les types de revenus, du salarié au capital. La notion de progressivité était donc déjà absente, dès le départ, quoi qu’ait tenté de prétendre Rocard à ce sujet :

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« M. le Premier ministre. La contribution sociale généralisée est donc un impôt, c’est notre seul point d’accord. [ NDLR : A nouveau contesté par d’autres juristes, depuis] Plus exactement, c’est juridiquement une imposition car elle pèse sur l’ensemble des revenus sans contrepartie directe sous forme de prestation.

M. René Dosière. C’est clair !

M. le Premier ministre. La jurisprudence du Conseil constitutionnel est là pour le confirmer, et il ne m’appartient pas de la remettre en cause.

M. Jean-Marie Demange. C’est certain !

M. le Premier ministre. Il s’agit donc d’une forme d’imposition nouvelle directement affectée à la sécurité sociale. C’est une imposition plus juste.

Deuxièmement, la contribution sociale généralisée est non déductible.

M. Charles Ehrmann. Embêtant !

M. le Premier ministre. C’est ce qui fonde sa légère progressivité par rapport au revenu disponible et donc son caractère de justice sociale. (Rires et exclamations sur plusieurs bancs des groupes du Rassemblement pour la République et Union pour la démocratie française.)

M. Eric Raoult. il vaut mieux entendre ça qu’être sourd !

M. le Premier ministre. Retenir la déductibilité fiscale comme en matière de cotisations sociales serait, mesdames, messieurs les députés, confirmer l’inéquité actuelle. Je ne m’y résoudrai pas ! (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste)

M. Pierre Pasquini. Et nous non plus !

M. Jean-Marie Demange. Oui, quelle démagogie !

M. le Premier ministre. Troisièmement, la contribution sociale généralisée pèsera sur tous les revenus. Oui, les revenus du patrimoine y contribueront, et les revenus de remplacement également.

M. Jean-Claude Lefort. C’est le pâté de cheval et d’alouette !

M. le Premier ministre. Chacun paiera dorénavant les charges de solidarité nationale en fonction de son revenu et sur la base d’un principe fort simple : à revenu égal, prestations égales et contribution égale . (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste.)

Je crois pour ma part à ce vieux principe républicain qui veut que la contribution de tous aux dépenses de tous soit répartie en fonction des possibilités de chacun. Cela remonte à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.(…) »

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Comme on peut le voir à travers ce fragment d’ « anthologie » du débat politique français, l’hypocrisie et le cynisme de la classe politique ne datent pas d’hier et Macron en remet une couche avec ses vœux 2019 :

« Vous le voyez, nous sommes en train de vivre plusieurs bouleversements inédits : le capitalisme ultralibéral et financier trop souvent guidé par le court terme et l’avidité de quelques-uns, va vers sa fin ; notre malaise dans la civilisation occidentale et la crise de notre rêve européen sont là.» (2 )

Dans un cas comme dans l’autre, c’est, selon l’expression populaire, « l’hôpital qui se moque de la charité » !

Depuis 1991 le taux de CSG n’a cessé d’augmenter, et vient de passer, en 2019, de 8,3% à 9,2% sur les revenus d’activité… !

Une certaine différenciation s’est toutefois opérée, et encore tout récemment, donc, sous la pression du mouvement des Gilets Jaunes, aboutissant à des taux différenciés en vue de soulager les retraites les plus modestes.

Des exonérations existaient déjà pour les très petites retraites depuis quelques années, mais l’annulation de la hausse pour certaines aboutit donc à une différenciation encore plus grande, évidemment bienvenue dans le cadre de la crise actuelle.

Rappelons tout de même qu’il s’agit là de cas de retraités qui se situent, le plus souvent, en dessous du seuil de pauvreté, à 1026 euros/mois pour une personne vivant seule, par exemple. (3)

Rappelons encore, précisément pour rester cohérents dans l’élaboration de nos revendications, que la liste du 29 Novembre (dite des 42 Revendications, ou « directives du peuple » – (4) posait 1200 euros net comme minimum de retraite.

Ce minimum doit donc soit être exonéré lui-même, soit être augmenté d’une quote-part reversée au titre de la CSG, ce qui serait évidemment, en réalité, encore plus cohérent !

Dans les conditions actuelles d’inégalité sociale extrême où l’Etat se voit dans la nécessité d’exonérer les plus faibles retraites, parler de contribution sociale « généralisée » n’est donc plus réellement le terme adapté. En serait-on pour autant arrivés à un état de « justice sociale » réelle, comme le prétendent nos politiciens de service depuis Rocard ?

Si le budget de la Sécu a quasiment atteint l’équilibre en 2018, ce n’est donc évidemment pas sans l’apport de la CSG, qui y contribue pour 23% :

http://www.senat.fr/rap/l17-077-1/l17-077-11.gif

Si l’on s’en tient au résultat pour 2018, cela représente donc 114 Milliards d’euros (sur 498), franchissant ainsi la barre des 100 Milliards qui n’était que « frôlée » en 2017, avec 99,4 Milliards, déjà.

« En 2017 (avant l’augmentation des taux), pour l’ensemble des attributaires, le rendement de la CSG nette s’est élevé à 99,4 milliards d’euros. La composante la plus importante de la CSG est celle assise sur les revenus d’activités »(5)

Difficile d’anticiper ce qu’il en sera réellement en 2019, mais ces 114 Milliards sont donc à comparer, désormais, avec les 130 Milliards prévus au titre de la TVA. « Impôt » ou « cotisation sociale », quoi qu’il en soit, la CSG est devenue le deuxième prélèvement obligatoire, après la TVA, et loin devant l’impôt sur le revenu, qui ne représente plus, si l’on ose dire, « que » 70 Milliards d’euros… En est-on arrivés pour autant à plus de « justice sociale » dans la répartition des charges, avec ce système « hybride », mi-impôt mi-cotisation?

Dans le débat de 1991 un député rappelait déjà, à ce propos, la célèbre recette du pâté d’alouette, à savoir, une alouette pour un cheval… Voyons ce qu’il en était, en 2017, de l’origine de ces charges sociales…

https://fr.wikipedia.org/api/rest_v1/page/graph/png/Contribution_sociale_g%C3%A9n%C3%A9ralis%C3%A9e/0/5a3e8a3dfdebbcf78322bc0bc1b5bdf2e6aaf3dd.png

On n’a donc pas ici de chiffres exacts en pourcentages, mais le rapport de proportion visible montre que la plus grande partie des 99,4 Milliards d’euros de CSG de cette année là incombent au »cheval » des salariés et des retraités. De plus, il est à considérer que les revenus du patrimoine sont aussi parfois ceux de familles de classes moyennes et non réellement de capitalistes invétérés…

Au final, la part incombant réellement aux revenus du capital reste ultra-minoritaire. Une « alouette » très peu déplumée, en fait…

Bien évidemment, il faut tenir compte que cette somme globale, pour faramineuse qu’elle soit, n’est donc que pour 23% du budget de la Sécu, et que la répartition totale va peut être dans un sens différent… Or qu’en est-il réellement ?

En 2016, la répartition globale, incluant donc la CSG, se situait ainsi :

http://www.senat.fr/rap/l17-077-1/l17-077-14.gif

Ici les critères retenus sont donc différents, mais on a, pour point de comparaison, la part des revenus d’activité (salaires), des revenus de remplacement (retraites), et des revenus du capital.

Or il se trouve que l’on a, pour 2018, et suite à l’augmentation de la CSG, la situation suivante :

http://www.senat.fr/rap/l17-077-1/l17-077-15.gif

On constate ici, avec des critères identiques, les deux schémas se faisant suite dans le document d’origine (6), que la part imposée au capital a encore diminué, et que celle à la charge des salariés, par contre, a encore nettement augmenté.

Outre ce constat d’évidence, le document, issu du sénat, et qui n’a donc rien d’un pamphlet révolutionnaire, constate :

« Le résultat brut de la mesure d’augmentation de la CSG est négatif pour la sécurité sociale de 0,5 milliard d’euros et positif pour l’État de 5,94 milliards d’euros, via l’ajustement de la fraction de TVA et l’affectation du prélèvement de solidarité. »

http://www.senat.fr/rap/l17-077-1/l17-077-16.gif

Comme on peut le voir encore ici, l’ambivalence du statut de la CSG n’est, en pratique non plus, pas forcément levée. Et d’autant moins qu’on a déjà vu, à propos de la TICPE (3), que la destination finale des recettes fiscales est souvent loin de leur but originellement invoqué, et ce qui est étiqueté « social » dans les recettes du budget général de l’Etat, est en fait soumis au sort commun de ses dépenses et autres dettes dont l’aspect « social » est loin d’être le maître mot.

Autre exemple, en 2019, la CSG sur les revenus du capital continue, quant à elle, de baisser… ! (7) Le taux global d’imposition sur le capital, le PFU, dit « flat tax », reste certes constant, et son aspect « social », très formellement aussi, par l’instauration d’un « prélèvement de solidarité » qui remplace une série d’autres taxes préexistantes. Néanmoins, il s’agit là clairement encore d’un impôt et non d’une participation aux charges sociales :

« A compter du 1er janvier 2019, un prélèvement de solidarité sur les revenus du patrimoine et les produits de placement au taux de 7,50% est instauré. L’assiette du prélèvement est identique à celle de la CSG sans qu’il soit toutefois possible d’y échapper pour les non-résidents. Le produit du prélèvement est par ailleurs affecté au budget de l’Etat, et non à celui de la sécurité sociale, comme la CSG et la CRDS. » (7)

Du reste, l’instauration de cette « flat tax » elle-même, en remplacement, en 2018, de la fiscalité préexistante sur le capital, était évidemment loin d’être « mal vécue » par ce type de contribuable… :

https://youtu.be/l1oZeFFPMf8

Autrement dit, de la part de ce petit monde, c’est encore  …« Merci Macron, président des riches » !

En conclusion provisoire, ce qui ressort donc de la situation actuelle, ce n’est pas seulement l’accentuation de la pression fiscale mais l’accentuation globale de la pression induite par l’ensemble des prélèvements obligatoires, à la fois en charges, en taxes et en impôts.

Or, ce qui rend cette pression de plus en plus insupportable, en réalité, c’est précisément le mouvement de transfert des charges sociales vers le budget de l’Etat et la fiscalité. Et cela parce que ce mouvement, comme on vient de le voir, n’est pas neutre. Ce n’est pas une suite d’opérations « blanches » de transferts d’un compte sur un autre. C’est à travers toute l’évolution de ce processus, un transfert de plus en plus lourd de la part des charges sociales incombant au capital vers le monde du travail, vers l’ensemble des catégories populaires et prolétariennes, et de plus en plus, avec l’approfondissement de la crise, vers les classes moyennes.

Outre les processus liés à la CSG depuis 1991 et le gouvernement Rocard, il y a aussi, comme on l’a vu dans un précédent article(8), tous les processus complexes d’ « allègement » des charges sociales des entreprises dont le poids, en réalité, se retrouve systématiquement, via les méandres de la fiscalité, sur le dos des travailleurs, d’une manière ou d’une autre.

Commencée en 1993 avec le gouvernement Balladur, cette stratégie n’a pas cessé depuis, avec 82 vagues de « mesures » de ce type, au fil des dernières décennies (9), et poursuivie avec le gouvernement Macron, malgré son « arrêt » formel du CICE, remplacé par un « allègement » encore plus direct et qui sera donc directement compensé par une surcharge fiscale supplémentaire, de 40 Milliards, pour 2019.(8)

Bien entendu, la piste revendicative de réduction des impôts et taxes pesant sur le pouvoir d’achat est une piste pour améliorer celui-ci, et l’idée, émise par Priscillia Ludosky dans sa réponse à Emmanuel Macron, évoquant la solution d’allègement de la TVA sur les produits de première nécessité est bien à rajouter la liste des revendications utiles. En tous cas, plus utile et cohérente que les « solutions » déjà engagées par Macron et qui aboutissent à répondre à un mouvement de révolte contre la fiscalité par un alourdissement global de celle-ci.

Cependant, comme on l’a vu, ce qui est essentiel, pour la réussite de toute revendication immédiate sur le pouvoir d’achat, c’est de briser le mouvement de transfert des charges sociales sur la fiscalité. Faute de quoi, à l’évidence, une réduction, pourtant bien nécessaire, de celle-ci, sera nécessairement « compensée » au profit du système par une réduction de la protection sociale sur tous les plans, et dont les travailleurs feront encore les frais, dans tous les sens du terme !

C’est pourquoi l’élaboration d’une nouvelle liste de revendications mise à jour en fonction de l’expérience doit reprendre ces points et les développer dans toutes les directions possibles.

C’est cette orientation stratégique qu’indique ce point exprimé dans la liste du 29 Novembre :

« Que les GROS (Macdo, google, Amazon, Carrefour…) payent GROS et que les petits (artisans, TPE PME) payent petit. »

Orientation encore exprimée concrètement par la revendication d’abrogation du CICE : une abrogation réelle de cette « usine à gaz » fiscale pseudo « compétitive » et de son nouvel avatar permettrait donc immédiatement une économie budgétaire de 40 Milliards qui devrait donc être répercutée en baisses réelles de taxes, et évidemment, en premier lieu, en baisse de TVA sur les produits de premières nécessité !

40 Milliards, c’est aussi quatre fois la valeur du « plan Macron » édicté le 10 Décembre dernier, comme simple avance, en réalité, sur ses « promesses électorales » : une « promesse » qui consistait donc déjà à piocher encore une fois de plus dans la poche du contribuable pour créer l’illusion momentanée d’une « hausse du pouvoir d’achat » sans le moindre effort de la part du capitalisme financier dont il ose pourtant se faire le Tartuffe « pourfendeur » au soir du 31 Décembre…

Il est clair que pour le smicard, pour le retraité sous ou près du seuil de pauvreté, pour la ou le responsable d’une famille monoparentale en limite de survie, pour tous ceux dont les ressources sont simplement insuffisantes en regard des besoins incompressibles et incontournables de la vie quotidienne, il importe peu que le soulagement se présente sous la forme d’une réduction de TVA sur les produits de première nécessité ou sous la forme d’une augmentation de leur revenu de base.

Toutes les pistes revendicatives utiles sont à explorer, mais en tenant compte tant de l’expérience déjà acquise par le mouvement GJ que du bilan des luttes sociales du passé, le mouvement pourra donc éviter d’entériner des fausses solutions comme celles du 10 Décembre, tout comme de céder à la démagogie anarcho-syndicaliste du genre de celle exprimée par le tract CGT de Martigues.

On constate ainsi que la CSG, si elle ne correspond plus du tout à sa vocation de « justice sociale » et de plus « généralisée », doit donc au contraire être « différenciée » selon les inégalités entre catégories sociales et donc logiquement se transformer plutôt en une suite de « Contributions Sociales Différenciées », de façon à rétablir une ébauche réelle de « justice sociale »

Il n’est pas question, ici, de proposer des « solutions » toutes faites, mais simplement d’évoquer des pistes de réflexion en fonction à la fois de l’analyse globale de la situation et de la réalité du mouvement.

Comme exemple, on a vu que la somme « officielle » des prélèvements dits « sociaux » sur les revenus du capital, en cumulant CSG et impôt dit de « solidarité » reste plafonnée à 17,2% dont seulement 9,7 sont réellement reversés au financement de la sécu (CSG+CRDS)(7). Transformer l’ensemble des 17,2% en une « Contribution Sociale du Capital » peut être une piste, et voire même, porter le tout au taux de base actuel de la TVA, à savoir 20%… !

Autre exemple, on a évoqué le fait que les revenus du patrimoine sont parfois ceux de familles de classes moyennes qui investissent dans le logement locatif, qui manque tant sur le marché, pour d’autres familles encore plus modestes. En fonction des logements ainsi loués, et sous condition d’une limitation des loyers, dans un rapport loyer/surface à définir, une réduction de la CSG sur ces revenus du patrimoine pourrait donc avoir une réelle fonction sociale et donc se « différencier », comme « Contribution au Logement Social », du régime général actuel, utile par ailleurs pour resocialiser un tant soit peu l’argent de la spéculation immobilière.

Ce n’est que dans le débat sur des réalités concrètes, et non dans les proclamations démagogiques que des pistes revendicatives peuvent s’ouvrir pour mettre le pouvoir macronien devant les responsabilités sociales qu’il est incapable d’assumer et le contraindre à reculer réellement, et non à simplement feinter en puisant encore davantage dans la poche des contribuables, comme il l’a fait le 10 Décembre.

Si la feinte macronienne du 10 Décembre a pu avoir un début d’effet corrosif sur l’unité du mouvement, cela tient en grande partie au fait qu’il a réussi, et avec le silence complice des confédérations syndicales, à évacuer le problème fondamental de la répartition des charges sociales.

Il a pu contourner ainsi la revendication stratégique essentielle de l’augmentation du SMIC, dont la revendication est à 1300 euros en salaire net dans la liste du 29 Novembre.

Là encore on a déjà vu (8) que l’originalité d’une revendication en salaire net est essentielle en ce qu’elle peut aboutir à en faire un critère de définition légale du salaire de base, autour du quel peut s’articuler un système unique et progressif des charges sociales, aboutissant également à la fin de toutes les « usines à gaz » fiscales de dégrèvements arbitraires des charges, ayant tous abouti à des fiascos en matière d’emploi.

Un système unique et progressif de répartition des charges tiendra donc compte à la fois de la taille de l’entreprise en chiffre d’affaire et du nombre de salariés, avec clairement en vue d’aboutir à un soulagement des charges pour les plus petites et un report du poids sur les plus grosses, et donc sans altérer l’équilibre du budget de la Sécu. Les droits sociaux et l’accès aux soins des salariés étant conservés comme c’est déjà le cas actuellement, indépendamment de leur niveau de rémunération.

Là encore, il ne s’agit pas ici de proposer une « formule miracle » mais de poser ce problème comme essentiel dans les débats sur l’élaboration des revendications GJ, en vue non seulement de conserver l’unité sociale qui était celle du mouvement au matin du 17 Novembre, mais carrément de l’établir sur des fondations solides pour cette lutte sociale qui n’aboutira que par sa durée et sa résistance globale.

Comme le montre l’expérience actuelle, le mouvement GJ ne peut absolument pas compter, pour l’élaboration de ses propres revendications, sur les compétences des confédérations syndicales dont l’agenda est déjà fixé par leurs propres objectifs, de kollaboration de classe, en réalité. Il doit donc trouver en lui-même la force de le faire par ses débats internes et son contact avec la réalité sociale la plus large, sur le terrain.

Le mouvement GJ ne peut plus compter sur les confédérations syndicales, non plus, pour la lutte contre la répression, alors que la solidarité avec les victimes était l’un des points forts essentiels en Mai 68, aboutissant d’abord à l’amnistie du 23 Mai (10), quelques jours avant la conclusion des Accords de Grenelle.

Luniterre

NOTES:

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( __1 https://www.francetvinfo.fr/economie/automobile/essence/gilets-jaunes-tract-commun-avec-la-cgt_3132029.html )

( __2  verbatim macron voeux 2019 )

( __3  https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/11/30/et-la-marquise-dansait-sur-les-champs-elysees-en-flammes-explication-de-texte/  )

( __4  https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/12/02/gilets-jaunes-un-cahier-de-revendications-adresse-a-lassemblee-nationale/ )

( __5  https://fr.wikipedia.org/wiki/Contribution_sociale_g%C3%A9n%C3%A9ralis%C3%A9e#Historique )

( __6  http://www.senat.fr/rap/l17-077-1/l17-077-16.html )

( __7  https://www.cbanque.com/placement/cotisations-sociales.php )

( __8  https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/12/26/noel-en-prison-pour-combien-de-gilets-jaunes-et-pour-quel-combat/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/12/13/pourquoi-et-comment-une-augmentation-reelle-du-smic-doit-concretement-favoriser-lemploi/ )

( __9  http://www.vie-publique.fr/decouverte-institutions/finances-publiques/approfondissements/allegements-charges-sociales-manque-gagner-pour-securite-sociale.html )

( __10  https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/12/31/gj-amnistie-une-idee-qui-fait-son-chemin/ )

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Libérons Drouet et tous les GJ emprisonnés !!

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/12/22/liberez-drouet-et-tous-les-gj-emprisonnes/

Et tout de suite, la Libération d’Eric Drouet et de tous les prisonniers GJ !!

Dès le départ, ce mouvement GJ est parti un peu dans toutes les directions, et aucune liste revendicative n’en a réellement émergé comme reflétant les aspirations du mouvement.

Toutefois, ce qui devrait nous réunir tous, aujourd’hui, c’est l’arrestation, particulièrement brutale, d’Eric Drouet, assortie assez vite de fausses accusations… « port d’arme » …une hypothétique matraque qu’il n’avait évidemment pas… Mais cela reste relayé par les médias aux ordres!

Cette arrestation est l’épreuve réelle de la durabilité ou non de ce mouvement…

Soit il retrouve l’unité, ou plutôt, y accède enfin, sur le thème de la solidarité et de la Libération d’Eric Drouet et de tous les prisonniers GJ, ou bien il vaut mieux réellement passer à autre chose…

Les deux pétitions en cours approcheront chacune des 50 000 signatures d’ici peu… soit en une demi journée…

Les vidéos de l’arrestation, dupliquées à n exemplaires, ont déjà été vues des milliers de fois, en quelques heures, à peine…

Il y a donc là une nouvelle révolte potentielle, si les GJ encore en lutte savent la gérer positivement.

Le pouvoir et la presse tentent d’enterrer le mouvement et de casser Drouet et ses amis, pionniers des GJ, d’ici Noël.

Deux jours pour réagir…

Deux jours décisifs…

Renaissance du mouvement, sur une base de solidarité humaine, ou bien sa fin, et durable, car cassé dans ce qui est son âme même, quoi qu’on en pense, et que cela nous plaise ou non.

Luniterre

Lors de l’acte 6 des Gilets jaunes, l’une des figures médiatiques du mouvements, Eric Drouet, a été interpellé avec 64 autres personnes à Paris. Au micro de RT France, une autre représentante des Gilets jaunes, Laëtitia Dewalle, témoigne.

Alors que plusieurs centaines de Gilets jaunes manifestent ce 22 décembre à Paris dans un calme relatif, l’un des leaders du mouvement, Eric Drouet, a été interpellé par les forces de l’ordre avec 64 autres personnes. Présente sur place au moment de son interpellation, Laëtitia Dewalle, autre figure des Gilets jaunes, témoigne au micro de RT France.

«Il a été interpellé assez violemment : une quinzaine de gendarmes lui ont littéralement sauté dessus […] Il s’est retrouvé au sol, il a pris des coups et a été gazé à bout-portant», raconte-t-elle. Des Gilets jaunes ont tenté de s’interposer car, selon elle, «il n’a rien fait» à part être «le symbole d’un mécontentement». Une pétition a été mise en ligne pour exiger sa libération.

Laëtitia Dewalle estime qu’Eric Drouet a été interpellé car il est un symbole. Les forces de l’ordre n’ont pour l’instant fait que confirmer son arrestation, sans en expliquer la cause.

Eric Drouet, 33 ans, un chauffeur routier de Melun (Seine-et-Marne), est une des voix qui pèsent dans la contestation qu’il définit lui-même comme «populaire» et «totalement apolitique». Il a été arrêté vers 14h15 rue Vignon, dans le quartier de la Madeleine, au milieu de quelques dizaines de manifestants.

Créée mi-octobre, sa page Facebook appelant au «blocage national contre la hausse des carburants» a été rapidement suivie par des dizaines de milliers de personnes, amorçant la mobilisation nationale du 17 novembre, l’«acte I» du mouvement. C’est lui qui avait appelé les Gilets jaunes à manifester à Versailles ce 22 décembrei, avant de lancer ce matin sur Facebook un nouvel appel à se rassembler à Montmartre.

https://francais.rt.com/france/57150-gilets-jaunes-laetitia-dewalle-raconte-arrestation-eric-drouet-paris

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LA PÉTITION :

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https://www.mesopinions.com/petition/justice/soutien-eric-drouet-face-aux-accusations/54857

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Déjà plus de 40 000 signatures !!!

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« Selon une source judiciaire, il est retenu pour trois raisons : organisation illicite d’une manifestation sur la voie publique, port d’arme prohibé, et participation à un groupement formé en vue de violences ou de dégradations. Samedi matin, c’est notamment lui qui avait appelé les manifestants à se rendre à Montmartre, alors qu’un rassemblement des « gilets jaunes » était initialement attendu du côté de Versailles.

Déjà visé par une enquête

Ce trentenaire est devenu en quelques semaines une des figures des « gilets jaunes », à coups de vidéos sur Facebook et d’appels à rejoindre la capitale pour manifester. Vendredi 7 décembre, le parquet de Paris avait déjà ouvert une enquête pour « provocation à la commission d’un crime ou d’un délit » et « organisation d’une manifestation illicite » à son encontre.

Le parquet avait reçu un signalement du préfet de police de Paris concernant une interview d’Eric Drouet sur BFMTV, dans laquelle il appelait les « gilets jaunes » à entrer dans l’Elysée. Le leader du mouvement sera entendu dans le cadre de ces investigations et devra « préciser la portée des propos qu’il a tenus », indiquait alors une source proche de l’enquête. « Je n’ai jamais dit que je voulais aller à l’Elysée pour tout casser mais pour se faire entendre », s’était-il défendu à l’époque.

https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/gilets-jaunes/gilets-jaunes-l-une-des-figures-du-mouvement-eric-drouet-interpelle-et-place-en-garde-a-vue-a-paris_3112861.html

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AUTRE PÉTITION :

https://secure.avaaz.org/fr/community_petitions/Gouvernement_LIBERATION_ERIC_DROUET/

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A propos du 17 Novembre… Lettre ouverte aux syndicats et partis « de gauche »

 

 

 

A propos du 17 Novembre...

Lettre ouverte

aux syndicats et partis « de gauche »

et à leurs avatars pseudos- « marxistes-léninistes »,

« marxistes révolutionnaires » et autres « syndicalistes révolutionnaires »…

 

En forme de rafraîchissement de mémoire historique…

Actuellement, l’unanimité est faite au moins sur un point entre toutes ces « élites » et « avant-gardes » autoproclamées de la « gauche » française : aucune n’apporte son soutien au mouvement du 17 Novembre, hormis Mélenchon et Ruffin, à titre « personnel » et du bout des lèvres (*), et, naturellement, sans engager leurs « troupes » en voie de déliquescence.

Plusieurs de ces « institutions », la CGT, le journal « l’Humanité », les syndicats « solidaires », le NPA, LO, etc…, se sont même très officiellement fendues d’articles et de communiqués pour condamner, en fait, toute participation  « de gauche » à ce mouvement.

Le prétexte affirmé est évidemment la tentative de « récupération » dont ce mouvement est l’objet par la droite nationaliste et l’extrême-droite, DLF, RN(ex FN), et d’autres activistes de ce bord.

En ce qui concerne l’origine réelle de ce mouvement, il n’a clairement, au départ, aucune coloration politique particulière et s’inscrit dans le fil de protestations populaires induites par la réalité de la crise économique et la brutalité des reculs économiques et sociaux imposés par le système capitaliste et son serviteur du moment, le gouvernement Macron.

De sorte que la vague de soutien qu’il semble actuellement soulever pose une question claire à la gauche :

La revendication immédiate qui le sous-tend, contre la hausse du prix des carburants, est-elle justifiée d’un point de vue social ?

Si la réponse est oui, la gauche doit donc reprendre cette revendication à son compte, et, d’une part, manifester son appui à cette initiative, et d’autre part, si elle estime avoir des critiques à formuler sur le mode d’action choisi, ce qui n’est pas forcément illégitime, comme on l’a déjà vu, proposer des actions complémentaires qui prolongeront cette première action d’origine spontanée.

Si elle estime la revendication injuste, et constate donc qu’elle sert uniquement de marche-pied à l’extrême-droite, elle doit non seulement la condamner carrément et ouvertement, mais encore, bien plus, faire également carrément et ouvertement campagne contre cette supposée « manœuvre » de l’extrême-droite…

Elle doit donc fournir un argumentaire convainquant qui puisse arracher ce mouvement populaire des « griffes » de l’extrême-droite.

Faute de quoi, non seulement elle légitimise cette récupération, abandonnant le terrain d’une revendication sociale justifiée à l’extrême-droite, mais elle lui fait carrément la courte échelle en vue de son accession éventuelle au pouvoir.

Le fait que l’extrême-droite ait réussi à prendre ce train en marche au bon moment est indéniable, le fait qu’il y eu un plan préconçu à ce sujet ne semble toujours pas avéré, mais cela ne changerait rien au problème, quant au fond.

Dans la Russie du début du XXème siècle, quant le prolétariat a commencé à s’organiser spontanément, le régime tsariste s’est dépêché d’y infiltrer des indicateurs et des provocateurs. Il est même allé, par ce biais, jusqu’à créer lui-même, via ses agents infiltrés, des organisations ouvrières complètes, sur la base des revendications populaires immédiates, dans le but de les canaliser et de les contrôler !

Pour autant, cela n’enlevait rien à la validité de ces revendications, et encore moins, au soutien populaire massif qu’elles rencontraient, au tournant de l’année 1905, déjà…

C’est là que se place l’épisode célèbre de la grande manifestation organisée par le Pope Gapone, à la fois agent tsariste occulte et leader charismatique du mouvement populaire de l’époque… Compte tenu des mœurs brutales de cette époque farouche l’affaire a évidemment tourné au tragique, mais elle a en fait mis complètement et définitivement à bas la légitimité du Tsar, qui avait en réalité signé là son propre arrêt de mort, en croyant arrêter l’Histoire en marche, littéralement et sans jeu de mots… !

On peut imaginer, à la lueur des « lumières » de la gauche française actuelle, ce qu’aurait été un cours de l’histoire « alternatif » si les bolcheviks, tout nouvellement organisés en parti suite à la rupture avec les mencheviks, s’étaient désolidarisés de ces revendications et de ces luttes !

Non seulement ce n’était pas le cas, mais tout en étant parfaitement conscients des probabilités d’infiltrations policières, qui n’ont été confirmées que par la suite, il faisaient, eux aussi, leur travail d’infiltration pour tenter de renforcer ce mouvement et de promouvoir des revendications de plus en plus radicales (**).

Sans ce travail, la légitimité politique n’eut point nécessairement changé de camp, ni à cette époque ni plus tard, et l’autocratie guerrière et meurtrière du tsar aurait certainement duré encore beaucoup plus longtemps, sinon encore aujourd’hui…

Bien évidemment, comparaison n’est pas raison, et il n’y a pas lieu de projeter cette situation ancienne sur la nôtre, mais néanmoins la question de légitimité sociale et politique d’une revendication demeure, quel que soit le contexte.

Refuser de légitimer socialement une revendication telle que celle du 17 Novembre, c’est, ipso facto, légitimer la politique de Macron et du système, et, quoi qu’il arrive, échec ou réussite, la main-mise de l’extrême-droite sur le mouvement populaire et prolétarien.

Dans l’état de faiblesse relative où il se trouve, et avec le peu de légitimité populaire qu’il reste à Macron, cela risque fort d’être, pour la « gauche » française, un choix historique dont elle n’est pas près de se remettre, tant il lui reste si peu de légitimité, également.

La pseudo « extrême-gauche », se posant « marxiste-léniniste » ou non, ferait bien de s’en aviser, également.

Luniterre

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(* http://www.regards.fr/politique/article/manif-du-17-novembre-la-gauche-peut-elle-sortir-de-l-embarras   )

(** Voir la documentation en PJ, PDF et ODT, en fin d’article  )

DERNIÈRE MINUTE:

Un sursaut, malgré tout, de la part du très minoritaire et pathétique « Front Social »… Mieux que rien, cependant, et donc nous relayons leur appel:

Appel du 10 novembre, regroupons-nous : Ne laissons pas l’extrême-droite récupérer la colère sociale

Date : 

A l’initiative de milieux populaires une mobilisation contre la hausse de l’essence a rencontré un large succès sur les réseaux sociaux.
La gauche syndicale et politique n’ayant pas d’autre projet contre Macron que les négociations ou les élections européennes n’a pas voulu se saisir de cette occasion pour porter la colère générale contre le pouvoir.
Du coup cette initiative qui percute toutes les colères actuelles contre les attaques gouvernementales depuis le Code du travail jusqu’à la Sécurité sociale a été l’objet d’une tentative de récupération par l’extrême droite, depuis M. Le Pen jusqu’aux groupes fascisants de la police en passant par les jeunesses des LR, un certain nombre de ses représentants et N. Dupont-Aignan.
La CGT a dénoncé cette récupération dans un communiqué mais elle n’offre en alternative que le dialogue social avec un gouvernement qui ne négocie rien mais cogne fort ; Mélenchon n’a su que dire « faites ce que vous voulez » à ses partisans en n’offrant comme option que le bon bulletin de vote dans plusieurs mois.
Seule la volonté affichée et déterminée d’unifier l’exaspération populaire par un plan de bataille clair, un agenda des luttes qui ne se limite pas à des journées d’action saute- mouton sans suite ou des combats professionnels dispersés peut arrêter Macron et stopper la démagogie d’extrême droite.

C’est pourquoi, devant le danger qui se profile où l’extrême droite pourrait récupérer la colère sociale, des secteurs en lutte, Mc Do en grève, livreurs de Deliveroo et autres du Clap en lutte, postiers du 92 en grève, étudiants de l’Unef Tacle de tous les combats, CGT Goodyear, CGT Geodis Calberson IDF, Sud Commerce, militants du Comité de mobilisation du travail social, le Front social…. et tous ceux qui voudraient s’adjoindre à ces premiers signataires, ont décidé d’appeler syndicats, associations, fronts de lutte, partis, militants et individus à une réunion le 10 novembre à Paris afin de débattre et décider ensemble dans cette situation d’une initiative et d’une politique alternative.

télécharger le texte d’appel en PDF

Se réunir le 10 novembre et préparer l’action contre la hausse des prix et la baisse des salaires. C’est notre champ d’action.
Nous ne laisserons pas l’extrême-droite prendre la tête de nos combats !
L’exaspération sur la hausse des carburants est générale. Elle s’étend à d’autres hausses – produits alimentaires, loyers, santé…
La colère monte, parce que cette hausse des prix percute la baisse des salaires, des pensions et des aides sociales.
Tout ça, c’est le fait des profits des patrons et de la prise des dividendes des actionnaires. Les taxes du gouvernement s’y additionnent.
Le prix du travail coule en raison de la politique d’un chômage tenu à très haut niveau, de licenciements permanents et massifs et de précarité.
La baisse du salaire est relayée par le démantèlement du salaire social, la Sécurité sociale.
La répression d’État relaie les attaques patronales contre les grèves, les grévistes et leur représentation syndicale.
Le Front social déclare en conséquence l’état d’urgence sur le pouvoir d’achat, les salaires et les pensions.
Le pouvoir d’achat est une chose trop sérieuse pour la laisser aux mains de l‘extrême droite.
Le pouvoir d’achat est une cause abandonnée par des institutions syndicales qui cherchent des strapontins dans les couloirs de ministères vides.
Qui ne contribue pas à la lutte commune, tous ensemble, pour le pouvoir d’achat, portera une part de responsabilité dans l’ascension de l’extrême droite vers le pouvoir.
Le Front social ne laissera pas le terrain d’une extrême droite qui veut faire du 17 novembre la date de sa récupération, pas plus qu’il reconnaît la moindre qualité à Macron pour lutter contre elle, car il en est le marchepied.

Nous appelons à la réunion du samedi 10 novembre des secteurs en lutte et de tous ceux qui se retrouvent dans ce combat de 10 h à 17 h à la salle Hénaff- Bourse du travail- Paris

https://www.frontsocialuni.fr/se-reunir-le-10-novembre-une-necessite/

Faisons entendre la voix de notre camp !

L’exaspération n’est pas que sur la hausse des carburants : elle est générale

Bien que fortement fragilisé depuis cet été, le gouvernement Macron continue a taper fort: droits des chômeurs, retraite à points,suppressions de postes et privatisation de nombreux secteurs publics. sélection des étudiants, attaques contre les migrants… sur un fond d’intense répression policière,judiciaire et disciplinaire. De son côté le patronat, malgré ses bénéfices considérables, continue à frauder le fisc comme jamais, licencier massivement bloquer les salaires tandis que l’inflation finit de ruiner les classes populaires.

La colère sur la hausse des carburants monte parce qu’elle percute la baisse des salaires, des pensions, des aides sociales, le démantèlement de la Sécurité sociale, des retraites, du chômage…

Nous devons faire entendre la voix de notre camp, au travers de ses revendications : la hausse des salaires, des pensions et des allocations. Ne laissons pas l’extrême droite détourner et récupérer la question du pouvoir d’achat.

Au contraire, prenons appui sur les résistances importantes qui existent : les Ford qui luttent depuis 10 ans contre la fermeture de leur entreprise, les Goodyear qui bien que leur entreprise ait fermé continuent la bagarre, les postiers et postières du 92 qui sont en grève depuis 7 mois, les agents de l’hôpital Pinel en lutte depuis 4 mois, les femmes de ménage de l’hôtel Park Hyatt Vendôme qui affirment leur volonté de tenir au moinsjusqu’à Noël, les cheminots qui, après 3 mois de grève au printemps, résistent et luttent encore aujourd’hui contre l’application de la réforme ferroviaire et la répression mais aussi les salariés de McDonald’s, de New Look, de Happychic, de Monoprix, les livreurs de Deliveroo, les étudiants qui résistent contre la sélections et tant d’autres qui partout se battent, résistent et ne renoncent pas.

Pour faire reculer un pouvoir centralisé doté d’un plan de bataille commun, il nous faut dépasser les journées d’actions éparpillées secteurs par secteurs. Nous aussi nous devons nous doter d’un plan de mobilisation. Nous aussi nous devons réfléchir a comment avancer vers la construction d’un mouvement d’ensemble capable de les stopper. Pour gagner : Faisons front ! Convergeons !

Les signataires de cet appel proposent donc aux secteurs en lutte, aux organisations syndicales, à tous les fronts de lutte à ceux et celles qui sont en bute à la répression et qui ne veulent pas laisser le terrain libre à l’extrême droite de se retrouver pour faire front et converger !

Ne laissons pas une minorité parasite continuer de nous précariser, nous appauvrir et détruire nos conquis!

Nous vous proposons pour cela de nous retrouver

le samedi 10 novembre salle Henaff à la Bourse du travail,

29 boulevard du Temple Paris, à 10h pour en discuter.

https://www.frontsocialuni.fr/le-10-novembre-regroupons-nous-ne-laissons-pas-lextreme-droite-recuperer-la-colere-sociale/

https://fr-fr.facebook.com/events/740025743029993

Deux pages d’Histoire,

Où Lénine évoque le rôle

du Pope Gapone en 1905 :

(Textes français suivis des originaux russes)

Lénine – 1er Mai 1905  ODT

Lenine – 1er Mai 1905 __  PDF

Lénine – Janvier 17 – Rapport sur Révolution de 1905   ODT

 

Lénine – Janvier 17 – Rapport sur Révolution de 1905 __  PDF

 

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Récemment paru sur TML (Octobre 2018)

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Tribune Marxiste-Léniniste

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Récemment paru sur

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TML

 

 

 

De la « désolation » du social-chauvinisme en déroute…

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/10/20/de-la-desolation-du-social-chauvinisme-en-deroute/

 

 

 

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Proche-Orient : La violence peut elle cesser ?

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/10/14/proche-orient-la-violence-peut-elle-cesser/

 

 

2008-2018 Situation internationale : 10 ans de crise, Quel remède ?

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/10/07/2008-2018-situation-internationale-10-ans-de-crise-quel-remede/

 

 

1936 : Staline, Roi d’Espagne ? (A propos du rôle historique de l’URSS)

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/09/29/1936-staline-roi-despagne-a-propos-du-role-historique-de-lurss/

 

 

Inédit de Trotsky : une page d’ Histoire particulièrement révélatrice ! ( Synthèse ) 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/08/15/inedit-de-trotsky-une-page-d-histoire-particulierement-revelatrice-synthese/

 

 

Не хотим умирать на работе !! Pour ne pas mourir au travail? Finalement le vent se lève à l’Est…!

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/07/19/ne-khotim-umirat-na-rabote-pour-ne-pas-mourir-au-travail-finalement-le-vent-se-leve-a-lest/

 

 

Au Yémen, « on vient juste de bombarder un bus scolaire » : nouveau crime US reconnu !

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/08/14/au-yemen-on-vient-juste-de-bombarder-un-bus-scolaire-nouveau-crime-us-reconnu/

 

 

Appel des travailleurs iraniens de la métallurgie aux syndicalistes et aux pacifistes du monde entier

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/09/10/appel-des-travailleurs-iraniens-de-la-metallurgie-aux-syndicalistes-et-aux-pacifistes-du-monde-entier/

 

 

Le Parti communiste libanais n’y va pas par quatre chemins : Résistance Globale !! 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/07/22/resistance-globale-le-parti-communiste-libanais-ny-va-pas-par-quatre-chemins/

 

 

RENTRÉE 2018 : le crime impérialiste paye, et il paye en dollars! 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/09/08/rentree-2018-le-crime-imperialiste-paye-et-il-paye-en-dollars/

 

 

De la guerre commerciale à la guerre monétaire : l’été en pente « douce » du Yuan chinois

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/07/30/de-la-guerre-commerciale-a-la-guerre-monetaire-lete-en-pente-douce-du-yuan-chinois/

 

 

Affaire Méric : Rixe entre milices supplétives du Kapital, 1 mort, 11 et 7ans de prison… 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/09/15/affaire-meric-rixe-entre-milices-suppletives-du-kapital-1-mort-11-et-7ans-de-prison/

 

Du « socialisme à la chinoise » au « socialisme à la Soral »…

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/09/03/du-socialisme-a-la-chinoise-au-socialisme-a-la-soral/

 

 

 

 

 

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NOUVEAU !

 

 

 

Ces tout derniers jours…

 

 

Fukuyama, prophète de « La Fin de l’Histoire » : « Ça recommence… ! »

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/10/26/fukuyama-prophete-de-la-fin-de-lhistoire-ca-recommence/

 

 

 

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« Défense des acquis sociaux »: un concours de mystifications néo-thoreziennes…

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/10/23/defense-des-acquis-sociaux-un-concours-de-mystifications-neo-thoreziennes/

 

 

En réponse à M. Mitjavile, « grand pourfendeur » du marxisme…

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/10/23/en-reponse-a-m-mitjavile-grand-pourfendeur-du-marxisme/

 

 

Le temps des mystificateurs : de M. Robert Bibeau, encore une perle du genre…

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/10/27/le-temps-des-mystificateurs-de-m-robert-bibeau-encore-une-perle-du-genre/

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De la « désolation » du social-chauvinisme en déroute…

 

 

De la « désolation »

du social-chauvinisme

en déroute…

 

 

La dernière « grande » conquête sociale en France remonte à 1998. Les « 35 heures » nous étaient présentées à la fois comme un nouvel aboutissement du progrès social et comme le remède miracle contre le chômage… Maladie endémique de la société française, devenue chronique depuis la crise du « premier choc pétrolier », en 1973. Elle l’est toujours, 20 ans après les « 35 heures »… !

En réalité, il y a déjà là une grande duperie politique, également entretenue par la gauche française. Le premier « choc pétrolier », tout comme les suivants, de fait, est la partie visible d’une crise profonde, celle du système impérialiste mondial. Il n’est essentiellement que la conséquence pratique la plus visible de la première crise mondiale du capitalisme financier, après guerre, dominé par les USA et leurs alliés, dont la France.

Sous la poussée des luttes de libération nationale, dont le Vietnam au premier rang, c’est l’équilibre financier de l’ensemble qui vacille, déjà à cette époque, entraînant la liquidation des accords monétaires de Bretton Woods, la désindexation du dollar à l’or et l’effondrement de son cours. Entraînant, par voie de conséquence, la chute brutale des revenus des pays producteurs, contraints de ce fait à réagir par des hausses brutales de compensation, également motivées par un souci de résistance face à l’interventionnisme US au Proche-Orient, en soutien du sionisme.

Dans la propagande idéologique du système, c’est le premier développement généralisé du thème de l’agressivité des pays orientaux contre l’Occident, la première mouture de ce que deviendra le prétendu « choc des civilisations », désormais le pseudo- « justificatif » des guerres initiées par l’Occident, en réalité !

Si ce thème est encore largement entretenu par la gauche française, c’est qu’il lui permet de masquer cette réalité : la « prospérité » économique et le « modèle social » français, dont elle s’attribue quasiment la paternité, reposaient donc, en réalité, sur la domination du capital financier US, et sur l’inféodation de la bourgeoisie monopoliste française au dollar, déjà consacrée par le Plan Marshall et avec la complicité du PCF pour sa réalisation. Le « modèle social » français est autant le fruit de la domination du capital financier US dès l’après-guerre que de la complicité de la gauche française avec la bourgeoisie française, à la fois inféodée et exerçant toujours sa propre exploitation impérialiste en Afrique et dans les vestiges de son empire colonial.

C’est essentiellement en ce sens que la gauche française a une « paternité » réelle sur le « modèle social ». Sans sa complicité pour reconstruire l’impérialisme français au lendemain de la deuxième guerre mondiale, y incluant son empire africain, il n’existait pas de base économique pour un tel modèle, fondé sur un prétendu «dialogue social », sur la « concertation », etc… C’est à dire, en réalité, sur la kollaboration de classe avec l’impérialisme.

 Sans cette complicité pour la réalisation du Plan Marshall, y incluant celle du PCF, la seule issue des luttes sociales de l’après-guerre était, inévitablement, le passage au socialisme, tant en France qu’en Italie, et un bouleversement de l’équilibre géostratégique mondial en faveur du socialisme.

C’est clairement la complicité durable de la gauche à travers ce « modèle social » qui a constamment barré la route de l’accession au socialisme véritable, en réalité.

Aujourd’hui, le constat, amer pour elle, est que ce modèle social s’écroule un peu plus chaque jour, ou presque…

Et cet écroulement s’est évidemment encore accéléré depuis la crise de 2008… Et cette fois, il devient impossible de masquer les causes réelles de la crise derrière le rideau de fumée d’un prétendu « choc des civilisations » ! La cause du krach du capitalisme financier vient bien nettement de sa propre nature. C’est la crise du système impérialiste arrivé à un degré de décomposition sans retour en arrière possible et sans issue « régénératrice » autre que la guerre et la destruction. La violence et les guerres ne viennent pas de l’ « Orient », mais sont au contraire un réflexe de survie de l’impérialisme en crise.

Le « modèle social » concocté au lendemain de la guerre, en « concertation » entre les ailes gauche et droite de la bourgeoisie, avec la complicité du PCF, n’a déjà depuis longtemps plus de base économique sur laquelle reposer.

Avec la crise de 2008 et ses conséquences encore actuelles, le constat est encore plus flagrant : la bourgeoisie n’a tout simplement plus la possibilité, concurrence oblige, de « financer » les illusions sociales réformistes, nées au lendemain de la libération et encouragées par l’opportunisme thorezien…

L’évolution répressive du système est donc profonde et durable, sinon carrément irréversible ! La démocratie et le progrès social ne reviendront plus dans le cadre de ce système. Il est donc vain d’en appeler au « droit républicain » qui n’a tout simplement plus les moyens d’exister et sera inévitablement et inéluctablement réduit au maximum pour permettre au système de survivre.

Ce que Marx et Lénine nous enseignent à travers le matérialisme historique et le matérialisme dialectique, c’est précisément le contraire de principes figés, fussent-ils « républicains » ou autres…

Ce qui meurt, avec la crise systémique du capitalisme, et qui est donc amené à disparaître irréversiblement, c’est le droit « républicain » bourgeois. Ce qui doit naître dans la lutte, c’est le droit du prolétariat et du peuple, basé sur une correspondance entre le développement des forces productives et la satisfaction des besoins sociaux les plus urgents, ce que le capitalisme est effectivement incapable de réaliser.

Se battre pour défendre ce qui est irrémédiablement en train de mourir, c’est entretenir les illusions sur la pérennité du système, et donc, voler à son secours, en réalité. Défendre des « acquis » condamnés n’a aucun sens sans proposer une alternative réelle au système en train de s’effondrer.

C’est pourquoi la « gauche » française continue de reculer, pas à pas, au quotidien, ou à vitesse grand V, comme lors des luttes sociales de ces derniers mois et de ces dernières années.

Proposer une alternative crédible, cela implique de reconnaître que le « modèle social » actuellement en voie de désagrégation ne pourra plus être reconstruit, qu’il est effectivement voué à disparaître inexorablement avec la crise et que la seule issue permettant de retrouver un peu de justice sociale est le passage au socialisme réel, fondé sur la correspondance entre forces productives et besoins sociaux réels.

Au lieu de cela, la gauche française s’accroche désespérément aux illusions qu’elle a semé depuis des lustres dans la classe ouvrière et prétend toujours « défendre les acquis sociaux », sur lesquels elle recule inexorablement, lutte après lutte, continuant de perdre toute crédibilité, en fait.

Le PCF, principal tenant de ce modèle social, et premier parti politique de France, après guerre, est passé de 28,2%, aux législatives de 1946, à 2,7% à celles de 2017… !

Récemment, un correspondants, s’exprimant au nom du PRCF, a tenu à se fendre de quelques lignes, trouvant « désolants les commentaires sur le « révisionnisme » du PCF au moment du CNR et consternants les guillemets à Libération. »

Il s’agissait d’un bref article de promotion d’un film évoquant la lutte de libération algérienne (1). Alors que c’était aussi pour nous une occasion de rappeler les massacres colonialistes commis sous l’égide du gouvernement CNR, dès le 8 Mai 1945. Le fait que le CNR était l’accord de kollaboration de classe qui a permis la reconstruction de l’impérialisme français, avec son cortège de crimes et de massacres, c’est là la réalité historique que non seulement il défend, mais dont il fait encore la promotion actuelle, sous la forme d’un « nouveau CNR » comme perspective politique!

Est-il « désolé » des crimes et des massacres faits par l’impérialisme français ? On n’en sait rien, d’après sa réaction, mais de toutes façons, s’affirmer « désolé » en la circonstance et tout juste trois quarts de siècle après les accords du CNR, cela serait vraiment se moquer du monde et des victimes de l’impérialisme en premier, et cyniquement, en réalité, vu qu’il s’agit en fin de compte de faire ouvertement et à nouveau la promotion des causes de cette violence, la politique de kollaboration de classe du CNR !!!

Ces derniers jours les pitreries politiciennes du social-chauvinisme se sont également largement déployées autour de la personne de Jean-Luc Mélenchon, autre grand défenseur du « modèle social à la française » actuellement en déroute, tout comme notre correspondant du PRCF, du reste, qui se compte parmi ses alliés.

Cette comédie médiatique amène à deux constats :

__1_ Effectivement, la « justice » du système en place permet à la bourgeoisie de régler ses comptes, internes ou non, sans trop s’embarrasser du respect de la personne humaine.

__2_ La personne Jean-Luc Mélenchon, pour sacrée qu’elle se considère elle-même, n’a pas réussi à mobiliser les foules autour d’elle, au delà d’une vaguelette de protestations formelles… Pour JLM la « marée » continue de baisser, en réalité, et le temps politico-médiatique de sa «France Insoumise » semble bel et bien passé… 

Si la « restructuration » du pouvoir en place continue de s’effectuer « par défaut », et grâce au vide de toute opposition crédible, la comète Mélenchon est elle-même déjà en train de se désagréger dans ce vide…

Au mieux peut-il espérer un petit regain d’intérêt de la part des spectateurs-électeurs, si Macron veut bien lui faire la grâce de prolonger le spectacle de son « martyr » jusqu’aux prochaines élections, avec, en fait, l’espoir de regonfler une « participation » électorale anticipée comme gravement défaillante.

Quoi qu’il en soit de son avenir de politicien comme roue de secours « de gauche » du système, il peut, à court terme, compter sur le soutien indéfectible d’une bonne partie des autres factions du social-chauvinisme, dont le PRCF et d’autres pseudos « marxistes-léninistes », autour du thème de la défense d’un « droit républicain » tout aussi moribond que son « modèle social à la française ». Et tout cela en agitant l’épouvantail de la « fascisation » du système, tentant de ramener aussi par là le thème de la kollaboration de classe à la mode CNR, avec une hypothétique « bourgeoisie démocratique » qui s’opposerait encore au fascisme…

Alors que la lutte contre le fascisme, ou même contre la « fascisation », dans la mesure où elle est une évolution incontournable du capitalisme en crise, implique, et même exige, l’organisation de la résistance prolétarienne et non la collaboration avec telle ou telle fraction de la bourgeoisie.

Dans la France impérialiste de notre début de 21ème siècle il n’existe plus aucune fraction réellement significative de bourgeoisie « nationale » susceptible d’être un allié contre l’impérialisme et le fascisme.

Ce n’est plus le cas, et même s’il se trouvait telle ou telle catégorie sociale « moyenne » mais « progressiste », cela ne changerait pas la priorité concernant la nécessité d’organiser une résistance autonome prolétarienne.

C’est le rapport de force ainsi créé qui peut éventuellement faire basculer telle ou telle catégorie dans le camp de la résistance, et non la mise en remorque du prolétariat après telle ou telle faction bourgeoise, fut-elle formellement « de gauche »!

Quand les conditions de la lutte changent, ses méthodes doivent changer aussi.

En 1940, certains « grands dirigeants » du PCF ont essayé de négocier la parution de l’Humanité avec l’occupant…

Ils étaient sur le point d’y arriver, s’il n’y avait eu l’intervention des kollabos de droite, outrés par cette « concession » allemande !

Au même moment, d’autres communistes, vraiment marxistes-léninistes, ceux là, avaient compris l’enjeu et commençaient à organiser la résistance…

La vraie résistance, c’est toujours repartir à zéro, à la base, avec un journal réellement indépendant, et donc autonome, à tous points de vue.

C’est une question de choix, une question de volonté politique réelle.

« Là où il y a une volonté, il y a un chemin ! » V. I. Lénine

Si un journal a un rôle historique dans ce genre de circonstances, c’est au contraire là qu’il commence réellement, et c’est précisément à propos d’un journal de combat utile pour ce type de lutte que Lénine nous parle, dès 1901…

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/10/17/par-ou-commencer-lenine-sur-le-role-du-journal-nouvelle-traduction/

C’est aussi ce qu’en pensait la grande Résistante Mounette Dutilleul, en temps réel, de 1939 à 1945…

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/02/11/mounette-dutilleul-ou-la-memoire-effacee-comment-appeler-les-choses-par-leur-nom/

C’est ce qu’elle nous explique dans ses mémoires, et toutes les sources historiques montrent précisément que sa mémoire n’était pas du genre « qui flanche », contrairement à celle de la chanson de Jeanne Moreau… !

Il n’y a donc pas vraiment de débat utile, à ce sujet, entre « Alexandre Courban Historien », longuement cité en réponse par la FI (2), et le blogueur autodidacte « Luniterre », mais éventuellement entre les mémoires de Mounette Dutilleul et « Alexandre Courban Historien »… !

Et là, ça va être difficile…

De là où elle est, elle n’y changera pas une ligne, de toutes façons, et c’est aux modestes combattants d’aujourd’hui de défendre sa mémoire et celle de tous ceux qui se sont battus en ces époques terribles, et dont elle parle avec tant de justesse et d’humanité, précisément !

En espérant y contribuer, modestement.

Le combat continue !

Luniterre

( __1    https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/10/18/algerie-un-siecle-de-resistance-republication-avec-une-polemique-engagee-par-le-prcf/

( __2     https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/10/18/perquisition-chez-melenchon-debat-a-la-fi/

Voir aussi, sur le même thème, cet échange avec le RCC :

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/10/18/solidarite-avec-melenchon-contre-la-repression-politique-quelle-signification/

 

 

2008-2018 Situation internationale : 10 ans de crise, Quel remède ?

 

Un article repris du blog

 

TML

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/10/07/2008-2018-situation-internationale-10-ans-de-crise-quel-remede/

 

 

 

2008-2018

 

Situation internationale :

 

10 ans de crise,

 

 

Quel remède ?

 

 

Article disponible en format PDF:

https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2018/10/2008-2018-situation-internationale-10-ans-de-crise-quel-remede.pdf

 

 

Dix ans après le krach de 2008 et le sauvetage in extremis du système bancaire à grand renfort de liquidités surnuméraires déversées par les banques centrales, l’économie réellement productive ne représente toujours, et même avec une disproportion décuplée, que quelques poignées de grains de maïs noyées dans la marmite d’huile bouillonnante de la finance mondialisée…

https://www.upr.fr/wp-content/uploads/2017/08/Screen-Shot-08-02-17-at-10.54-PM.jpg

https://blogs.mediapart.fr/jaschaeffel/blog/030817/quand-va-donc-eclater-la-plus-grosse-bulle-financiere-de-l-histoire

Ce raz de marée sans précédent de liquidités injectées sur les marchés depuis 2008 a pris à nouveau essentiellement le chemin des actifs financiers, même si cela a permis, au passage de renflouer les banques naufragées…( 1 )

Cette manne financière était censée, en outre, non seulement enrayer le risque de récession, mais aussi et surtout, relancer l’investissement dans l’économie réellement productive et donc engendrer une « inflation maîtrisée » en lien avec une très hypothétique reprise de la croissance économique…

Or, en dépit de l’énormité des moyens financiers mis en œuvre, et qui ont donc essentiellement contribué à regonfler une nouvelle bulle financière, la « reprise », dix ans après la crise de 2008, reste des plus symboliques et, à peine ébauchée, elle retombe déjà comme un soufflé vite refroidi, et l’inflation suit la même courbe molle, et, de plus, essentiellement portée par la hausse de l’énergie, la hausse des taxes, et non pas par la consommation populaire, affaiblie par une avalanche de reculs sociaux rendus également incontournables pour la survie du capital. ( 2 )

En Europe, l’échéance de la fin des politiques monétaires de « sortie de crise » est annoncée pour Décembre 2018, tandis qu’aux USA, après un arrêt du flot de liquidités dès Octobre 2014, un plan de liquidation progressive des obligations et actifs toxiques ainsi emmagasinés par la FED s’est mis en place depuis Octobre 17… ( 3 )

Les conséquences réelles de ces politiques monétaires de « Quantitative Easing » sont donc encore à venir, en réalité, et elles risquent de barrer encore longtemps la route de la sortie de crise, sinon d’être elles-mêmes la cause d’une nouvelle crise majeure, qui verrait l’éclatement de la nouvelle bulle financière regonflée depuis dix ans, et sans possibilité, cette fois ci, de réemployer ce même « remède de cheval », sauf à tuer, à coup sûr, le malade…

A court terme, le risque d’un retour de la récession reste le plus grand (4), mais tant que l’excédent de liquidité n’est pas résorbé, et il ne peut l’être que très lentement, le risque de dérapage inflationniste n’est pas à exclure non plus, avec aussi peu de solutions possibles, sauf à risque, là encore, d’achever le malade.

C’est dans ce contexte fondamentalement instable, financièrement et économiquement, qu’éclate, et pour cause, la guerre économique entre les USA et la Chine.

Si la domination du capital financier US reste écrasante, ( 5 ) elle se heurte néanmoins à la difficulté de pouvoir continuer à se développer et à se valoriser dans le cycle productif.

Une poignée de grains de maïs « productifs », jetés dans une marmite financière trop grande éclateront et se dilueront sans conserver le gonflement « bénéfique » du pop-corn financier souhaité au départ… ( 6 ) L’éclatement cyclique de la bulle financière étant inévitable, l’impérialisme US tente néanmoins de sauver sa propre poignée de grains « productifs » dans l’espoir de regonfler sa part de pop-corn à l’issue de la crise, et même de manger celle des autres, si possible, et tant qu’à faire…

Sans le grain de maïs de l’économie productive, pas de pop-corn financier possible…

Si, avec le développement de l’industrie moderne, et encore plus, des nouvelles technologies, le capital financier est devenu le mode de domination indispensable à la survie du capitalisme, il n’en repose pas moins sur l’accumulation de plus-value effectuée dans le secteur productif. Conserver le contrôle d’une part essentielle du secteur productif reste donc la base de la domination de telle ou telle fraction du capital financier. Le pop-corn financier n’est jamais qu’une forme distendue et fictive de la valeur créée au départ dans le secteur productif.

Dans sa forme fictive et démesurément distendue le capital financier n’en conserve pas moins le pouvoir d’acquérir et de contrôler, à travers ses cartels et monopoles, des parts toujours plus importantes du secteur productif. C’est faute de le faire que l’aspect fictif de sa forme reprend le dessus et que la bulle éclate, que le pop-corn achève de se diluer dans l’huile refroidie de la débâcle financière et perd tout pouvoir de survie pour le capitaliste.

C’est ce que le capitaliste US a bien compris, après avoir investi plusieurs décennies durant dans le développement de l’ « atelier du monde », dans lequel il avait réussi à exploiter le prolétariat chinois avec la complicité de la bourgeoisie bureaucratique maoïste finissante, et surtout, de sa fraction comprador groupée autour de Deng Xiaoping. ( 7 )

En allumant ce contre feu face à la bourgeoisie nationale bureaucratique d’URSS, le capital financier US, provisoirement pris à la gorge par les luttes de libération nationales du tiers monde, au tournant des années 70, a pu se reconstituer et reprendre sa position dominante.

Néanmoins, la bourgeoisie bureaucratique chinoise, irriguée financièrement par ce flux US, en a profité pour accumuler patiemment son propre capital financier, en parasite comprador de l’exploitation US du prolétariat chinois et de la classe moyenne formée en marge de cette exploitation.

Depuis, elle n’a de cesse de s’émanciper en tant que nouveau pôle financier « indépendant », c’est à dire impérialiste à son tour.

Après avoir contribué à démanteler, avec la complicité financière des USA, les derniers restes stratégiques de l’industrie européenne, elle est désormais sur le point d’y arriver et se pose en challenger numéro 1, dans tous les domaines, de l’impérialisme US.

En total cumulé, incluant désormais officiellement Hong Kong, la Chine est, loin devant les autres, la seconde puissance financière mondiale derrière les USA, et sur le plan économique, également, voire même la première, selon différents critères statistiques, sur ce plan.

C’est ainsi que la stratégie manipulatrice de l’impérialisme US se retourne maintenant inévitablement contre lui, suivant simplement en cela les lois intrinsèques de l’économie capitaliste, auxquelles il ne saurait échapper, d’une manière ou d’une autre.

Mais cette guerre économique à laquelle il se trouve contraint pour conserver sa domination se déroule également sur le fond des guerres bien réelles, au sens basique et militaire du terme, qui se sont développées ces dernières décennies, et dont il est presque systématiquement à l’origine, directement ou non, en fonction de ses « alliances » avec diverses bourgeoisies vassales et comprador locales.

Sur ce plan, toutefois, il se heurte violemment à la résistance des peuples et des bourgeoisies nationales qui refusent d’être asservis à ses intérêts financiers et tentent de survivre indépendamment. ( 8 ) Ces mouvements de résistance, jadis plus ou moins soutenus et fédérés par la bourgeoisie nationale bureaucratique d’URSS ont néanmoins survécu à son effondrement et l’impérialisme US et ses vassaux occidentaux ont tenté de les réduire, non sans un relatif succès, comme en Libye, mais sans parvenir complètement à leur fins, sans parvenir à établir des régimes comprador suffisamment stables pour y préserver pleinement leurs intérêts.

L’URSS elles-même, entrée dans une phase comprador avec l’ère Gorbatchev-Eltsine, s’est effondrée en tant que structure fédérant diverses nations, mais la Russie comprador d’Eltsine n’a, pas plus que d’autres régimes fantoches « sponsorisés » par les USA, réussi à trouver une stabilité dans cette soumission, ouvrant finalement le passage à un retour de la bourgeoisie nationale russe, avec Poutine comme figure de proue.

Ruinée, économiquement, la bourgeoisie nationale russe s’appuie à nouveau sur l’exploitation de ses ressources naturelles en matières premières, comme elle le faisait déjà sous l’ère Brejnev, ( 9 ) et reconstitue son industrie militaire, héritée de la même époque, mais largement démantelée sous l’ère comprador Eltsine. Faute de pouvoir encore développer son industrie plus classique et sa finance elle tente de résister par une stratégie d’alliances avec les autre bourgeoisies nationales qui tentent elles aussi de résister à la domination US.

Le développement d’une industrie moderne et « compétitive » exige l’investissement de capitaux financiers très importants, tels qu’ils n’ont jamais pu être accumulés en Russie, depuis l’ère de la contre-révolution khrouchtchevienne (10), et pas non plus sous les ères bureaucratiques Brejnev et Gorbatchev, parasitées par le développement du capitalisme mafieux, issu des goulags « libérés », en marge de la bureaucratie, et, le plus souvent, en symbiose effective avec elle (11). C’est la grande différence de type de « développement » entre le capitalisme bureaucratique russe et le capitalisme bureaucratique chinois, irrigué, quant à lui, par les flux financiers US, dès 1972 et la célèbre entrevue Nixon-Mao.

L’importance du flux financier US, plus deux décennies d’expérience supplémentaires dans l’intégration aux flux de la finance mondialisée, ont irrémédiablement creusé l’écart entre ces deux géants, par ailleurs comparables, sur le plan géostratégique, par leur importance d’ordre planétaire.

Avec même un avantage à la Russie concernant les ressources naturelles et l’étendue de son territoire, qui en fait le plus grand pays du monde, en superficie, et l’un des mieux situé sur la planète, par rapport aux principales zones de développement économique.

A défaut d’en faire un concurrent réel en termes de capitalisme financier et industriel, cela en fait une cible évidemment extrêmement convoitée par les puissances impérialistes, aussi bien anciennes, US et européennes, que par la Chine.

Pour ne pas passer sous la domination de l’un ou de l’autre elle n’a que deux armes, dont l’une, l’exportation de matières premières, est par définition à double tranchant, du fait de la dépendance aux cours et à la concurrence en grande partie contrôlée par les USA. L’autre, c’est évidemment la force armée, coûteuse, et qui doit être rationalisée au maximum, en fonction des moyens.

La Russie, remarquée sur la scène internationale par le succès de son intervention de soutien à la bourgeoisie nationale syrienne, n’en opère pas moins à partir d’un budget extrêmement limité et en réalité inférieur à celui de la France, par exemple, qui intervient sur le même terrain en tant qu’alliée de l’impérialisme US, et dans l’espoir, à la fois, d’abattre la bourgeoisie nationale syrienne et de réduire l’influence de la Russie et de ses alliés en résistance contre l’impérialisme US.

Sur le plan financier il est également utile de rappeler que le total du capital financier russe avoisine difficilement celui de l’Espagne et reste déficitaire en termes d’échanges internationaux, entre exportation et importation de capitaux, et au total, à un niveau encore plus réduit.

Il est donc ridicule, à tous points de vue, de parler d’ « impérialisme russe », comme le font ceux qui rêvent simplement de dépecer la Russie, y incluant leurs complices de « gauche » et d’ « extrême-gauche », trotskystes, maoïstes, anarchistes, etc… (et parfois même, pseudo- « marxistes-léninistes »!)

Encerclée par les forces et les puissances OTANesques, sur les trois quarts de sa périphérie, et par la Chine, pour le reste, elle n’a d’autre choix que la résistance ou la soumission, comme semi-colonie, aux occidentaux ou à la Chine. C’est pourquoi il est vital, pour elle, de trouver des alliances en dehors de cette tenaille et c’est donc pourquoi elle se trouve obligée d’intervenir militairement partout ou une bourgeoisie nationale locale tente de survivre et sollicite de l’aide de sa part, comme cela se produisait du temps de l’URSS, du reste.

S’il est clair que le retour de la Russie sur le devant de la scène internationale est effectivement frappant, et à plus d’un titre, il faut donc bien comprendre que le rôle de l’agresseur, dans tous les conflits où elle se trouve mêlée, n’est généralement pas le sien, mais systématiquement, même si parfois indirectement, celui de l’impérialisme US et de ses alliés et complices. En réalité, ils n’ont de cesse, directement ou indirectement, de réduire son influence, et cela en dépit de leurs engagements pris au moment du démantèlement de l’URSS, sans parler de ceux d’avant.

Faute d’oser s’en prendre encore directement à la Russie, l’impérialisme US a donc tenté de renforcer son emprise partout où il le pouvait et notamment dans les autres régions d’importance géostratégique, géo-économiques, et donc d’importance géopolitique, de par le fait. Au premier rang desquelles, le Proche-Orient, évidemment.

Le Proche-Orient combine à la fois la chance, ou la malchance, trop souvent, d’être à la fois un carrefour géostratégique et une région riche en ressources naturelles essentielles stratégiquement, question pétrole et gaz.

Il est donc d’abord et avant tout le carrefour des convoitises impérialistes de toutes sortes et le lieu d’élection du fortin colonialiste sioniste, en voie d’expansion permanente, par tous les moyens criminels qu’on lui connaît. Mais ce fortin, Israël, avant-poste de contrôle au service des convoitises yankee, ne suffit plus, désormais, face à la révolte des autochtones palestiniens et des peuples environnants, à garantir la sécurité des ressources locales au profit de l’Occident. Un « remodelage » de toute la région a donc été entrepris, outre celui entamé par les sionistes, en vue de reconstituer une infrastructure néocoloniale à l’échelle régionale.

Après de multiples et sanglantes guerres locales fomentées par l’impérialisme et ses supplétifs terroristes locaux et « internationaux », ce plan est sur le point d’être mis totalement en échec, du à la résistance locale, soutenue par l’Iran et efficacement secondée par l’intervention russe, sollicitée par la bourgeoisie nationale syrienne.

L’Iran est clairement la poche de résistance locale qui a donné le plus de fil à retordre à toutes les tentatives impérialistes dans la région, (12) avec ses alliés libanais et syriens. Il est clairement, désormais, la cible centrale de la stratégie de déstabilisation et d’étranglement économique pratiqué par l’impérialisme, et par les USA, en premier lieu, avant une intervention militaire qui serait certainement, par contre, encore plus ardue, pour les impérialistes, que les précédentes…

Dans le même esprit kollaborationniste qui anime une grande partie de nos « démocrates » occidentaux et autres « gauchistes » prétendument « humanistes », l’Iran serait aussi un de ces « impérialismes » locaux à vocation expansionniste et prédatrice de son voisinage… Une sorte de version locale du prétendu « impérialisme russe ». Là encore, le ridicule n’arrête pas ces propagandistes zélés du véritable impérialisme, généralement le leur, en dépit d’un rapport de proportion encore plus dérisoire, si possible : le capital financier de l’Iran est de l’ordre du 1/5ème de celui de la Russie, sa capacité d’ « exportation » de capitaux quasiment indétectable, et quant à ses possibilités d’accueillir quelques investissements étrangers, on a rapidement vu ce qu’il en était dès que l’Oncle Sam-Trump a levé la main pour dire « stop ! »…

De Moscou à Téhéran, et dans toute les régions où ces deux pays ont des alliés, s’est donc ouverte une ligne de fracture solidarisant entre elles, par nécessité, les bourgeoisies nationales récalcitrantes et résistantes face à la rapacité de l’impérialisme, et de l’impérialisme US, en premier lieu.

C’est, actuellement, à l’échelle planétaire, le seul front sur lequel l’impérialisme a subit quelques revers significatifs, ces derniers mois, et cela après une suite d’agressions diverses, en Afghanistan, Irak, Lybie, etc… où tous ses objectifs sont loin d’avoir été atteints, cependant. Au Yémen, encore actuellement, le sort du combat est loin d’être décidé et la résistance continue, avec, là aussi, le soutien de l’Iran.

D’une manière générale, il n’y a pas, pour autant, d’illusions à se faire sur la nature sociale des bourgeoisies nationales, même en phase de résistance anti-impérialiste. Elles restent les tenantes d’un régime capitaliste, et ne font que les concessions sociales qui leur sont nécessaires pour obtenir une certaine cohésion populaire de soutien à leur régime, ou bien que le prolétariat les contraint à céder par ses luttes. Le cas de la réforme réactionnaire des retraites en Russie est exemplaire à ce sujet. (13) Les reculs sociaux leurs sont aussi en partie dictés par les restrictions financières et les sanctions économiques imposées par l’impérialisme. Elles se trouvent donc constamment à la fois dans la tentation de capituler pour espérer un relâchement de ce côté et dans celle de recréer une cohésion nationale au détriment de leur propre intérêt immédiat. Leur statut n’est donc jamais durablement fixé mais pour autant leur capitulation vis à vis de l’impérialisme n’a jamais apporté que des reculs sociaux encore pire pour le prolétariat, et une dégradation générale de ses conditions de vie et de lutte.

Pour les prolétaires de ces pays, la situation est particulièrement difficile et complexe, car il ne doivent en aucun cas renoncer à l’autonomie de leur classe et de leur organisation de classe, et la créer de façon tout à fait indépendante, le cas échéant, et continuer de la renforcer, quoi qu’il en soit. Néanmoins il doivent également absolument éviter de se faire le jouet des manipulations impérialistes visant à instrumentaliser leurs luttes au service des factions comprador de la bourgeoisie locale.

En occident, et, d’une manière générale, dans les métropoles impérialistes, il n’y existe évidemment plus du tout de restes significatifs de la bourgeoisie nationale, quoi que prétendent certains opportunistes, (14) et la situation est donc plus simple : il n’y a pas de transition possible qui ne soit directement une rupture avec le capitalisme et l’économie de marché, qui en est la base actuelle. C’est la réorganisation de la production et des services, en fonction des besoins sociaux les plus urgents, définis démocratiquement par le plan-programme, qui est le seul objectif politique pouvant unifier le prolétariat et les autres couches populaires dans une perspective d’avenir meilleur (15). La survivance de très petites entreprises, essentiellement individuelles, ou « autogérées » est peut être possible, dans un premier temps, jusqu’à leur intégration à un système coopératif en lien avec le plan, mais pour tout ce qui est vital et stratégiquement essentiel, c’est la détermination des besoins collectifs qui donne la direction à suivre, et non les aléas du marché.

Pour autant, même si les reculs sociaux se sont accélérés et accumulés depuis 2008, en Occident, les luttes sociales y sont encore loin d’avoir remis en cause le capitalisme et l’impérialisme. Tout au plus, elle n’ont fait que tenter, sans aucune chance de succès, d’en revenir au statu quo ante, tel qu’à l’époque d’avant la crise, sans percevoir le changement de paradigme impliqué par la mondialisation et l’émergence de l’empire industriel chinois et d’autres pays sur la scène internationale.

Même la gauche syndicale et politique s’est contentée, et se contente encore, en France notamment, de rabâcher son ronron réformiste, en usant, formellement, au plus fort des luttes, et pour ne pas perdre sa base, d’un langage un peu plus « radical » dans la formulation de ses revendications réformistes. Fondamentalement, elle reste dans le soutien de son propre impérialisme et de l’impérialisme US qui le chapeaute, et cela au nom de la « démocratie » et de l’ « humanisme » ! Accessoirement, une autre aile « gauche de la gauche » verse dans le soutien, plus ou moins clairement stipendié, à l’impérialisme chinois, feignant d’ignorer le fait que derrière ce prétendu « socialisme à la chinoise » se dissimule le même système d’exploitation capitaliste/impérialiste. (16)

Ce que les guerres du Proche-Orient ont mis en lumière, même si ce n’est pas encore perçu de tous, c’est la capacité de l’impérialisme, à travers la manipulation du terrorisme, à inverser les rôles et à se présenter comme défenseur des libertés, tout en agressant les peuples et les nations qui veulent simplement conserver leur indépendance et se développer économiquement en dehors de sa domination.

De la même façon, et encore plus efficacement, il parvient à inverser les responsabilités concernant les flots de réfugiés et de migrants engendrés par ses guerres d’agression. Il parvient, en manipulant les mouvements réellement humanistes à solidariser les population des métropoles avec les victimes de ses guerres, mais en en dissimulant les causes économiques et financières réelles et tente, de cette manière, de les légitimer.

Alors que ces flots de migrations, comme les précédents, iront simplement grossir la masse des prolétaires exploitables dans les métropoles, et, avec la crise, principalement accroître la masse des chômeurs, faire pression sur les salaires, creuser les inégalités et accentuer les conflits racistes inter-communautaires, pour le plus grand profit du capital.

Alors que le moyen évident, mais ainsi dissimulé par le capital, pour éviter ces guerres et ces flots de misère et de mort, c’est tout simplement la fin du système capitaliste et impérialiste.

Les prolétaires et l’ensemble des travailleurs des métropoles n’ont pas d’autres intérêts immédiats, quant au fond, que ceux des millions de victimes des guerres impérialistes du Proche-Orient et d’ailleurs.

C’est la crise intrinsèque du système capitaliste mondialisé qui engendre et exacerbe son agressivité destructrice. La finance impérialiste doit s’étendre partout où c’est encore possible pour trouver de nouvelles opportunités de profits, et cela passe par la destruction de tout ce qui lui résiste, destruction par elle-même « profitable » au sens capitaliste du terme, en engendrant de nouvelles inégalités sociales à l’échelle internationale et de nouveaux marchés de « reconstruction ».

Mais la finance mondialisée n’a jamais pour but de répondre réellement aux besoins des populations. La crise de 2007-2008, dite des « subprimes », a commencé avec les crédits litigieux accordés aux familles des classes populaires incapables de trouver un logement autrement. Le but de l’opération n’était évidemment pas de loger les pauvres, mais bien une vaste escroquerie financière, et « légale », qui plus est, au regard du système capitaliste.

Aujourd’hui le système tente encore de légitimer toutes les ruines et les guerres qui s’en sont suivies…

Alors qu’il n’a évidemment aucune motivation de répondre aux besoins réels des populations, mais seulement de continuer à entasser des profits.

Et pour y arriver il a désormais autant besoin, dans sa phase de crise systémique, des guerres réelles qu’il développe à tous propos que de la guerre économique, prélude potentiel à une confrontation généralisée, une troisième guerre mondiale, qui mènerait l’humanité encore plus près de sa fin que ne le fait l’exploitation actuelle des ressources humaines et naturelles.

La situation tragique du Proche-Orient est actuellement l’illustration sanglante de ce qu’est la nature réelle du capitalisme/impérialisme, mais les mêmes causes et les mêmes effets se retrouvent aux quatre coins de la planète.

Les prolétaires victimes des guerres, les prolétaires réfugiés, et tous les prolétaires des métropoles impérialistes elles-même n’ont pas d’intérêts différents, quant au fond.

Leur intérêt commun est d’assurer la défaite de l’impérialisme partout où les peuples résistent et préparer, par leur lutte et leur organisation de classe, l’avènement d’un monde gérant les ressources de la planète, la production et les services, en fonction des besoins sociaux réels des populations, et non en vue d’accumuler du capital !

La lutte anticapitaliste dans les métropoles n’a de sens que si elle intègre la solidarité avec les peuples déjà en lutte contre l’impérialisme, dans un mouvement de résistance globale, anticapitaliste et anti-impérialiste !

Dans le rapport de forces actuel, la compréhension de cette solidarité, nécessaire à la fois pour dépasser les clivages intra-communautaires et le stade de la kollaboration de classe pseudo- « humaniste », c’est un premier pas vers l’émergence d’une conscience de classe nouvelle, reflétant la réalité de la situation du prolétariat en ce début de 21ème siècle.

Luniterre

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NOTES :

 

( 1 __ https://blogs.mediapart.fr/jaschaeffel/blog/030817/quand-va-donc-eclater-la-plus-grosse-bulle-financiere-de-l-histoire

https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2018/10/situation-eco-2018-gallois.pdf   )

( 2 __ https://www.tradingsat.com/actualites/marches-financiers/marche-zone-euro-l-inflation-estimee-a-12-sur-un-an-en-septembre-827321.html

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2018/10/04/20002-20181004ARTFIG00342-l-insee-revoit-sa-prevision-de-croissance-a-la-baisse-pour-2018.php

Alors qu’en janvier 2018, le ton, déjà prudent, était :

https://www.huffingtonpost.fr/jean-luc-ginder/pourquoi-il-ne-faut-pas-se-rejouir-trop-vite-de-la-reprise-economique-tant-attendue_a_23323826/ )

( 3 __ « Fed set to press the button to unwind quantitative easing (20/09/2017)»

https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2018/10/usa-fed-unwind-qe-09-2017.pdf

Voir également :

https://www.worldfinance.com/banking/the-qe-reversal

https://wolfstreet.com/2018/10/04/feds-balance-sheet-normalization-reaches-285-billion/

https://wolfstreet.com/2018/08/03/fed-accelerates-qe-unwind-balance-sheet-normalization/   )

( 4 __ https://www.cnbc.com/2018/09/29/global-monetary-policy-is-getting-tighter-and-veteran-investor-boockvar-sees-a-red-flag.html )

( 5 __ https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2018/10/usa-chine-guerre-eco-doc-iris-03-10-2018.pdf

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/02/20/limperialisme-nest-pas-un-complot-cest-un-systeme-economique-a-la-base-du-capitalisme-mondialise/ )

( 6 __ https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/03/10/aux-racines-de-la-crise-le-statut-des-actions-dans-le-capital-fictif/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/03/15/aux-racines-de-la-crise-le-statut-des-actions-dans-le-capital-fictif-suite/ )

( 7 __ https://tribunemlreypa.wordpress.com/2015/09/01/de-la-structuration-maoiste-de-la-bulle-chinoise/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2014/07/29/1385_chine_yuan_dollar_/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2014/03/08/en_relisant_lenine_qui_parlait_deja_de_chine/ )

( 8 __ https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/03/03/capitalisme-et-imperialisme-sont-les-deux-faces-dune-meme-piece/ )

( 8 __ https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/08/05/prix-du-petrole-effondrement-des-cours-et-effondrement-dune-theorie-pseudo-marxiste-leniniste/ )

( 10 __ https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/08/06/de-la-nature-de-classe-de-la-contre-revolution-khrouchtchevienne-nouveau-debat-avec-locf/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2015/11/20/lettre-ouverte-au-rocml-a-propos-des-sept-questions-sans-reponses/ )

( 11 __ https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2017/10/lenfer-des-gangs-de-la-fin-de-lurss-a-la-russie-actuelle.pdf

Cité in :

https://tribunemlreypa.wordpress.com/octobre-1917-2017-centenaire-de-la-russie-sovietique-pour-les-proletaires-lhistoire-comme-drapeau/ )

( 12 __ https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/01/15/solidarite-avec-la-resistance-anti-imperialiste-en-iran/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/09/10/appel-des-travailleurs-iraniens-de-la-metallurgie-aux-syndicalistes-et-aux-pacifistes-du-monde-entier/ )

( 13 __ https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/07/19/ne-khotim-umirat-na-rabote-pour-ne-pas-mourir-au-travail-finalement-le-vent-se-leve-a-lest/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/07/29/russie-contre-la-reforme-des-retraites-le-combat-continue/ )

( 14 __ https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/04/03/le-mythe-du-nouveau-cnr-vieux-serpent-de-mer-du-social-chauvinisme/ )

( 15 __ https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/01/12/democratie-proletarienne-et-planification-socialiste-le-role-de-linformatique-et-de-linteractivite/ )

( 16 __ https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2018/10/l_imperialisme-chinois-a-l_assaut-de-l_afrique.pdf )

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Affaire Méric : Rixe entre milices supplétives du Kapital, 1 mort, 11 et 7ans de prison…

https://www.paris-normandie.fr/binrepository/900x1363/0c137/900d506/none/10904/WWVY/image_content_24115610_20180902212927.jpg

Affaire Méric :

Rixe entre milices

supplétives du Kapital,

1 mort, 11 et 7ans de prison…

 

 

Ce qui n’était pas encore suffisamment évident, en 2013, c’est la Kollaboration de la prétendue « gauche antifa » aussi bien avec son vrai mentor, l’impérialisme français dans sa fraction « démocrate » et « social-démocrate », qu’avec le suzerain de cette faction, l’impérialisme US. C’est notamment avec le conflit syrien que cette mouvance « antifa » s’est révélée être l’un des réservoirs de supplétifs pour les tentatives de dépeçage des nations indépendantes et de repartage du monde, où l’impérialisme français espère toujours ramasser quelques miettes laissées par son suzerain US sur les décombres de ses massacres et bombardements.

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/02/23/les-lecons-dafrin-pour-en-finir-avec-le-mcdo-marxisme/

 

Face à cette alliance de rapaces se dessine désormais plus nettement, également, la convergence du social-chauvinisme « de gauche » et du nationalisme d’extrême-droite, plus « traditionnel », vers une alliance avec le social-impérialisme chinois…

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/09/03/du-socialisme-a-la-chinoise-au-socialisme-a-la-soral/

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/09/08/social-chauvinisme-et-gauchisme-2-voies-actuelles-de-kollaboration-de-classe-avec-limperialisme/

 

Mais chaque clan a besoin de justification « morale », sinon même « idéologique », pour se vendre publiquement en toute « bonne conscience ».

Le procès de cette affaire Méric est donc d’abord une occasion de redorer le blason terni de l’ « aile gauche » du Kapital et de restaurer, pour un bref instant, sa facade « démocratique » en réalité complètement vermoulue quant à ses infrastructures.

Pas de fausse note, donc, de la part du clan social-fasciste et social-chauvin, en attendant le prochain round en appel…

A l’époque des faits, cependant, quelques voix discordantes ont néanmoins tenté de décaper la nature de classe de cet « entre soi » des sectes « nationalistes » et « antifa », sans aller, pour autant, jusqu’à mettre au jour leur rôles respectifs de milices supplétives des différentes factions du Kapital et de l’impérialisme.

A la suite, après la version « gauche » et « droite » des faits, assez concordantes, pour l’essentiel, une republication d’une intéressante tentative d’analyse sociologique de cette rixe et de ce crime.

Luniterre

 

 

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Reconstitution, vue du « côté gauche » du Kapital, de la rixe ayant mené au décès de Méric

Mardi, 26 Mai, 2015, dans l’Humanité

« Près de deux ans après le drame, les protagonistes de la rixe entre « skinheads » et « antifascistes » qui avait causé la mort du jeune Clément Méric se sont retrouvés ce mardi dès l’aube pour une reconstitution sur les lieux de l’affrontement.

Cette reconstitution a été ordonnée par les juges d’instruction chargés du dossier, en présence d’enquêteurs de la Brigade criminelle, pour mieux cerner le déroulement de cette bagarre mortelle, décrite comme violente et très brève. Une démarche qui arrive en fin de l’instruction.
Les personnes convoquées sont arrivées dans ce quartier commerçant entre les grands magasins et la gare Saint-Lazare avant le lever du jour et l’ouverture des boutiques, vers 05H00, accompagnées de leurs avocats. Le principal suspect, Esteban Morillo, mis en examen pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, y était convoqué. Samuel Dufour, un apprenti boulanger également mis en examen pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, était aussi présent. Des barrières, gardées par des CRS, avaient été installées de chaque côte de la rue pour tenir à distance les curieux. 

Esteban Morillo a reconnu dès le départ avoir porté un premier coup de poing, à main nue, au visage de Clément Méric, parce qu’il se sentait menacé. Une fois la bagarre engagée, son second coup de poing a fait chuter l’étudiant de Sciences-Po, alors en rémission d’une leucémie.  Samuel Dufour conteste lui les coups sur Clément Méric. Morillo et Dufour ont été remis en liberté après plus d’un an de détention provisoire. Tous les protagonistes étaient convoqués à la reconstitution, dont les quatre mis en examen et trois militants « antifascistes », dont l’un est témoin assisté depuis avril.

Plusieurs interrogations demeurent

L’enquête avait rapidement permis de retracer le scenario du drame. Le 5 juin 2013, dans l’après-midi, Clément Méric et Esteban Morillo ne sont pas encore là quand les deux groupes se croisent par hasard dans une vente privée de vêtements prisés par les deux mouvances. Selon plusieurs témoins, les invectives partent des militants d’ « extrême gauche », qui disent avoir vu les skins ranger des poings américains. De leur côté, les skins appellent des renforts, dont Esteban Morillo.  L’un des vigiles de la vente demande aux « antifascistes » de partir, mais ces derniers, rejoints par Clément Méric, restent dans la rue. Le vigile demande alors aux skinheads de sortir par la droite, pour éviter de rencontrer leurs ennemis. Mais ils choisissent de partir à gauche. Sont-ils allés directement à la rencontre de l’autre groupe, ont-ils été alpagués? Chaque camp s’accuse d’avoir provoqué la bagarre. 

Autre interrogation, Morillo et Dufour sont soupçonnés d’avoir utilisé un poing américain, une arme prohibée, ce qu’ils contestent, malgré des témoignages. Des SMS de Samuel Dufour au soir des faits, révélés par une expertise, allaient dans ce sens. « J’ai frappé avec ton poing américain », disait l’un d’eux. « On les a défoncés », disait un autre. 

La mort de Clément Méric, 18 ans, devenu un symbole pour les antifascistes, avait causé un vif émoi. Alors ministre de l’Intérieur, Manuel Valls avait évoqué un « assassinat » et le Premier ministre Jean-Marc Ayrault avait promis de « tailler en pièces » les groupuscules d’extrême droite. Dans la foulée, le gouvernement avait dissout Troisième Voie, dont étaient issus les skinheads, et son service d’ordre, les « Jeunesses nationalistes révolutionnaires » (JNR), dirigés par Serge Ayoub, un vétéran de la mouvance.

https://www.humanite.fr/reconstitution-du-drame-ayant-mene-au-deces-de-meric-574919

 

 

 

La reconstitution vue par le « côté droit » du Kapital :

Sur la base des témoignages et d’éléments de l’enquête, Le Figaro reconstitue l’enchaînement des faits qui ont conduit à la mort du jeune militant antifascite les 5 et 6 juin 2013. Mardi 4 septembre, le procès de ses agresseurs présumés, trois skinheads, s’ouvre à Paris.

Le 5 juin 2013, deux groupes antagonistes, l’un d’extrême droite, l’autre d’extrême gauche, se croisent dans une vente privée de vêtements Fred Perry. Cette marque britannique est prisée aussi bien par le mouvement skinhead que par les antifascistes.

En quelques dizaines de minutes, la rencontre fortuite va se terminer en une bagarre mortelle. Clément Méric, jeune militant «antifa» de 18 ans, ne se relèvera pas de la confrontation avec ses opposants. Il perd la vie au terme d’une rixe de quelques secondes. Nous revenons sur les 24 heures qui seront au cœur des audiences du procès qui doit s’ouvrir mardi 4 septembre devant la cour d’assises de Paris. Trois «skins» seront jugés. Ils encourent jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle.

La salle des ventes

Vers 17h30. Trois jeunes âgés d’une vingtaine d’années, Matthias Bouchenot, Aurélien Boudon et Steve Domas, proches de la mouvance antifasciste, arrivent dans un appartement situé au 2e étage du 60 rue de Caumartin dans le IXe arrondissement de Paris. C’est ici que se déroule la vente privée de la marque Fred Perry.

17h54. Steve Domas règle ses achats à la caisse. Matthias Bouchenot et Aurélien Boudon l’attendent sur le palier. C’est là qu’ils croisent Alexandre Eyraud, Samuel Dufour et Lydia D. Ces derniers, skinheads d’extrême droite, appartiennent à un groupe politique rival des antifas. Ces derniers affirment les voir ranger un poing américain dans un sac, que les skinsheads doivent laisser aux vigiles à l’entrée de la vente privée.

Les jeunes d’extrême gauche invectivent les nouveaux venus: «Les nazis viennent faire leurs courses», ou encore, «n’achetez pas trop, on est dix en bas et il va falloir courir, on vous attend.» Les autres répondent qu’ils sont simplement là pour faire des achats. Le lieu de la vente n’est pas équipé de caméras de surveillance, si bien qu’il n’existe pas d’images de la scène.

Deux policiers sont alors présents dans la salle, effectuant des achats. Les antifas demandent à un vigile de les prévenir de la présence des skinheads. Le vigile ne le fait pas, les policiers repartent avec leurs achats sans intervenir.

L’attente

18h03. Les antifas ressortent du bâtiment et se postent devant l’église Saint-Louis d’Antin, située à quelques mètres à peine du 60 rue de Caumartin. Ils appellent du renfort. Depuis la salle de la vente, les skinheads les regardent par la fenêtre. Selon certains témoins, ils semblent nerveux. Eux aussi appellent du renfort. Samuel Dufour joint Esteban Morillo. Ce dernier contacte ensuite sa petite amie, qui souhaitait le rejoindre.

18h09. Clément Méric retrouve les antifas dans la rue de Caumartin.

18h13. Esteban Morillo arrive sur les lieux et rejoint ses camarades skinheads dans la vente privée.

18h22. Un agent de sécurité va voir les antifas pour leur demander de partir. Selon lui, ils refusent et dénoncent la présence du groupe rival, pointe des agressions racistes commises par les skinheads. Clément Méric dit: «Ce sont des gens qui ne devraient même pas être vivants».

18h25. Katia V., petite amie d’Esteban Morillo, arrive dans le quartier. Elle ne monte pas dans le magasin mais attend au niveau du magasin Citadium, situé en face de l’église où sont postés les antifas.

18h27. Clément Méric monte dans la boutique. Le vigile qui était sorti tente de le dissuader, en vain.

18h28. Il envoie son dernier SMS: «Ils descendent.»

18h35. Clément Méric retrouve les antifas près de l’église.

18h38. Stéphane C., un ami nationaliste prévenu par Katia V., la rejoint.

18h40. Esteban Morillo et Serge Ayoub (leader du mouvement politique dont les skinheads sont sympathisants, Troisième voie) se parlent au téléphone pendant une minute. «Je leur dis: “Cassez-vous, ça va être la merde, ils vont être de plus en plus nombreux dehors à vous attendre”», nous explique Serge Ayoub.

La bagarre

18h42. Les skinheads sortent du bâtiment. Ils se dirigent immédiatement sur la gauche, là où se trouvent les antifas, et non sur la droite, comme un vigile le leur avait demandé.

18 heures 43 et 25 secondes. La bagarre éclate. Les deux groupes rejettent l’un sur l’autre la responsabilité de l’avoir déclenchée.

18 heures 43 et 31 secondes. Clément Méric tombe sous les coups. Matthias Bouchenot et Steve Domas sont blessés: le premier s’en tire avec une ITT de 7 jours et le second 3 jours. En face, 2 jours d’ITT seront délivrés pour Samuel Dufour et un seul pour Esteban Morillo.

Les skinheads s’enfuient par la rue située en face de l’église Saint-Louis d’Antin, la rue Joubert. Ils bifurquent ensuite dans la rue de la Victoire.

18h44. Deux passants, dont une qui voulait porter secours à Clément Meric, appellent les pompiers.

18h47. Les pompiers arrivent sur les lieux et pratiquent un massage cardiaque sur Clément Méric.

18h49. Serge Ayoub reçoit un nouveau coup de fil des nationalistes. La conversation dure une minute.

19h06. Le service mobile d’urgence et de Réanimation (Smur) arrive sur les lieux.

La soirée et la nuit

Vers 19h30. Les skinheads arrivent dans le XVe arrondissement de Paris. Ils prennent la direction du Local, le bar de Serge Ayoub, qui sert de QG au mouvement politique Troisième voie.

19h36. Clément Méric arrive à l’hôpital au service d’anesthésie et de réanimation.

19h44. Samuel Dufour, un des skins impliqués, reçoit un texto de Stéphane C., un des renforts: «Au moins maintenant, tu sais que tu cognes.»

Dans le bar, selon Serge Ayoub, ils évoquent peu la bagarre: «On s’en est bien sortis, on a réussi à se dégager», résument-ils, selon lui.

20h13. Samuel Dufour envoie par texto au contact «Yann CFA»: «Salut j’ai frappé avec ton poing américain».

20h38. Réponse (nous reproduisons les messages tels qu’ils ont été écrits, NDLR): «Srx [sérieux] ques ce que ta fait encore?»

– «Ba il est parti à l’hôpital… Mdr»

– «Mdr te grave»

– «5 contre 3 et on les a défoncé»

21h30. Une partie des skinheads quitte le bar. Esteban Morillo, lui, reste au Local.

23h. C’est à ce moment que Serge Ayoub dit prendre conscience de ce que l’on reproche aux skinheads. Il explique qu’il occupe alors son temps à comprendre ce qui a pu se passer.

23h15. Samuel Dufour envoie un SMS à Esteban Morillo: «Demande à Serge si je dois nettoyer le bombeur [manteau] il est plein de sang mais c’est le mien.»

Minuit. Esteban Morillo part du local.

Minuit 43. Il arrive à Saint-Ouen en Seine-Saint-Denis, ville où il réside.

Vers 1 heure. Un ami rejoint le couple Esteban Morillo-Katia V. Il dit trouver Estaban Morillo «très mal».

Vers 1h30. Samuel Dufour appelle un ami et demande à passer chez lui car il veut lui parler, mais pas au téléphone.

Pendant la nuit. Les skinheads impliqués dans la rixe se parlent énormément pendant la nuit. Ils échangent beaucoup avec Serge Ayoub.

Le lendemain

8 heures. Au petit matin, Serge Ayoub explique que les personnes recherchées vont «se rendre dans la journée», le temps pour eux de «trouver un avocat».

Vers 13 heures. Esteban Morillo, Katia V. et Stéphane C. sont interpellés par la police près d’une station de métro alors qu’ils étaient en chemin pour se rendre.

15h30. Décès de Clément Méric.

Vers 17 heures. Samel Dufour, Alexandre Eyraud et Lydia D. se rendent aux policiers.

Ce mardi 4 septembre 2018, Esteban Morillo, Samel Dufour et Alexandre Eyraud ont été jugés par la Cour d’assises de Paris.

[NDTML : Morillo-11ans, Dufour-7ans, Eyraud-acquittement, les deux condamnés font appel.]

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2018/09/03/01016-20180903ARTFIG00092-il-est-18h43-clement-meric-s-effondre-recit-minute-par-minute-d-une-rixe-meurtriere.php

[  NDTML: voir également, concernant la chronologie des faits:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Cl%C3%A9ment_M%C3%A9ric  ]

 

 

 

L’affaire Clément Méric

Par Pierre Carles, juillet 2013

La mort d’un jeune homme de 18 ans a fait la une des journaux début juin. Son nom : Clément Méric. Celui de son meurtrier : Esteban Morillo. À en croire la presse, c’est un affrontement politique entre skinheads et militants antifascistes qui aurait dégénéré et provoqué la mort de Méric. Si les journalistes qui ont couvert le meurtre de cet étudiant de SciencesPo avaient disposé des outils de la sociologie critique de Karl Marx ou de Pierre Bourdieu pour appréhender le monde social, ils ne s’en seraient peut-être pas tenu uniquement à ce que l’on a pu lire ou entendre ici ou là. Certes, on peut voir Méric comme un militant d’extrême gauche « antiraciste/antifasciste » et ses adversaires comme appartenant à la nébuleuse de l’« ultra-droite » proclamant la suprématie de la race blanche, mais les divergences idéologiques n’expliquent pas tout. En présentant la mort de Méric comme le résultat d’un combat extrême droite/extrême gauche, on occulte une dimension fondamentale de ce drame : la lutte de classes. Méric/Morillo, c’est aussi une rencontre sociale qui s’est très mal terminée.

Complexe de supériorité

Émettons cette hypothèse : si Clément Méric et son meurtrier Esteban Morillo n’avaient pas été séparés par un si profond fossé social, s’il n’y avait pas eu entre eux de telles inégalités de « capital culturel », pour reprendre l’expression de Pierre Bourdieu, leur affrontement verbal ne se serait pas conclu par mort d’homme. Méric et ses amis n’ont-ils pas été victimes d’un certain complexe de supériorité sociale ? Ne faut-il pas voir dans ce drame l’incapacité de certains membres de la petite bourgeoisie intellectuelle à percevoir et à mesurer à quel point un fils d’immigré espagnol – Esteban Morillo – n’ayant pas dépassé le stade du collège, peu qualifié professionnellement, chômeur ou exerçant occasionnellement le métier de vigile, peut se sentir profondément humilié par des jeunes perçus comme des nantis, surtout quand l’un d’entre eux – Clément Méric – est élève à SciencesPo, fils de professeurs d’université, doté d’un fort capital linguistique et culturel ? On peut avancer, sans trop courir le risque d’être démenti, que personne n’a appris à Esteban Morillo le maniement du verbe ou la prise de parole de type « SciencesPo », qu’il ne lui pas été proposé d’autre choix de vie que la relégation sociale ou, dans le meilleur des cas, le statu quo. Comme seul capital, il ne disposait que de sa force physique, celle qu’il monnayait à une société de sécurité.Peu importe, en définitive, de savoir qui a commencé, qui a insulté en premier. N’est-ce pas ce sentiment d’humiliation des « petits Blancs », dont l’équipe de Bourdieu a rendu compte il y a vingt ans dans La Misère du monde, qui expliquerait en partie le drame survenu rue de Caumartin à Paris ? Si le système scolaire ne discriminait pas les enfants des classes populaires, s’il donnait la possibilité aux Esteban Morillo d’être mieux dotés de capital scolaire, intellectuel, culturel, ce dernier n’aurait peut-être pas fait parler la force brute.

Dessin-De-Berth

Le meurtrier était un enfant d’immigrés et, comme les fils d’immigrés relégués dans les quartiers ouvriers en déclin ou les régions industrielles sinistrées, il avait plus de chances d’avoir affaire à la justice qu’un fils à papa d’extrême-droite, étudiant à la faculté de droit d’Assas. Lorsqu’un militant d’extrême droite doté d’un certain capital culturel commet un délit, fait usage de la violence, cela ne l’empêche pas de devenir ministre de l’Économie(1), vice-président de l’UMP(2) ou… directeur de France Culture(3). Les enfants des classes populaires, eux, toutes couleurs de peau confondues, ont bien plus de probabilité de faire un passage par la case prison que les étudiants d’Assas ou les élèves des grandes écoles. Si la presse a fait un tel battage autour du meurtre de Clément Méric, ce n’est pas en raison de l’empathie qu’elle éprouvait pour un militant d’extrême gauche, mais parce que la plupart des responsables de l’information ont intuitivement perçu cette agression comme étant dirigée contre eux, du moins dans un premier temps. Indépendamment de toute coloration politique, c’est un des leurs qui a été tué début juin. Méric avait en effet intégré une des principales écoles de formation des élites journalistiques et politiques françaises(4).

Les soutiens de Morillo ne manqueront pas de mettre en avant sa trajectoire sociale pour lui trouver des circonstances atténuantes et lui éviter une trop lourde condamnation. Ils n’iront pas jusqu’à employer le terme d’« excuses sociologiques » – ce n’est pas leur vocabulaire – mais  pourront difficilement, cette fois-ci, convoquer leur grille d’analyse nationaliste – « la France aux Français » – car, si l’on se place de leur point de vue, le Breton Clément Méric est bien plus « gaulois » que le fils d’immigré espagnol Esteban Morillo. Ils devront donc se rallier à un point de vue marxiste, forcément internationaliste. Dans une société divisée en classes sociales, où des pans de la population en exploitent d’autres, il leur faudra défendre l’idée que tous les pauvres doivent bénéficier d’excuses sociologiques ou bien avoir les moyens de surmonter leur handicap de départ.

Rien à attendre des urnes

Dissoudre les milices d’extrême droite, comme le propose le gouvernement, ne résoudra rien. Cela n’empêchera pas d’autres drames comme celui dont a été victime Clément Méric. S’il y avait quelque chose à abolir dans cette histoire, c’est… la société divisée en classes sociales. Et ne comptons pas sur Manuel Valls, François Hollande, Arnaud Montebourg, le PS, les Verts, les centristes, l’UMP ou le FN pour s’y atteler. N’attendons rien non plus des urnes. Le système électoral est trop verrouillé pour permettre l’élection d’un candidat anticapitaliste(5).

___________________
(1) Comme Alain Madelin.
(2) Comme Alain Longuet.
(3) Comme Patrice Gélinet.
(4) En revanche, Yassine Aïbeche, un autre jeune de 19 ans tué par un policier en début d’année, n’a pas trouvé grand monde dans la presse pour  s’offusquer de son funeste destin. Aïbeche était un jeune de la cité Félix-Pyat, un des quartiers les plus pauvres de Marseille, n’ayant aucune chance d’appartenir un jour à la classe dirigeante de notre pays.
(5) Voir le reportage Hollande, DSK, etc. de J. Brygo, P. Carles, N. Faure et A. Van Opstal.

https://www.sinemensuel.com/societe/laffaire-clement-meric/

 

 

1923-1945 Véritable histoire

d’une résistante antifasciste

(ailleurs que dans une boutique de fringues pour midinettes)

Le destin tragique et héroïque de la sous-lieutenante Eugénie-Malika Djendi

Publié le lundi 10 septembre 2018 à 12h04

par Albert Algoud

La sous-lieutenante Eugénie-Malika Djendi fut opératrice radio pendant la Seconde Guerre mondiale, cette « Merlinette » et ses camarades se sont battues contre les Nazis et elle paya de sa vie cette lutte pour la liberté. Albert Algoud nous parle de cette femme exceptionnelle.

Ces femmes étaient membres des Forces Françaises Libres, comme Eugénie-Malika Djendi. Ici à Londres en 1944 en pleine Seconde Guerre Mondiale. © Getty / Keystone France

Au hasard d’une promenade dans le parc André Citroën dans le XVe arrondissement de Paris, j’ai récemment avisé une plaque ainsi libellée :

Jardin Sous-Lieutenante Eugénie-Malika Djendi (1923-1945) « Merlinette », Opératrice radio du corps féminin des transmissions d’Afrique du nord. Parachutée par les services spéciaux d’Alger, résistante, déportée et exécutée à Ravensbrück.

Ému par le jeune âge de cette femme assassinée par les nazis à 22 ans et intrigué par le terme « Merlinette », je me suis alors reporté au remarquable ouvrage de l’historienne Malka Marcovitch, que nous avions reçu dans Vous les femmes, intitulé Parisiennes aux éditions Balland, et qui raconte le destin d’un peu plus de 300 femmes dont le nom a été attribué à des rues ou à des places parisiennes.

Eugénie-Malika Djendi naquit le 8 avril 1923 à Bône, actuelle Annaba, en Algérie, dans une famille mixte. Son père était musulman et sa mère pied-noir d’origine italienne. Fin 1942, Eugénie-Malika devient une « Merlinette« . On connaît bien les Claudettes. Les ultimes fans d’Alain Juppé se souviennent des Juppettes. Mais qui furent les « Merlinettes » dont l’histoire est peu connue ?

Après le débarquement allié en Afrique du nord, le colonel Merlin prend le commandement des transmissions des forces de Terre, Mer et Air. À Alger, il crée l' »Arme des Transmissions ». Pour compenser le manque drastique d’hommes dans les forces libres, il forme le « Corps Féminin des Transmissions », qui regroupera jusqu’à 2000 jeunes filles, toutes engagées volontaires. Très rapidement appelées « Merlinettes », elles participent aux côtés des Forces Françaises Libres aux campagnes d’Italie, de France et d’Allemagne. Certaines sont également volontaires pour être parachutées en France occupée. 

C’est le cas d’Eugénie-Malika Djendi, une des premières engagées qui reçoit à Alger une formation très complète digne de James Bond : apprentissage du renseignement, topographie, repérage des objectifs  à bombarder, close combat, séances de tir, maniement des explosifs, conduite de moto et d’auto, parachutisme… 

Puis, à Londres, elle devient opératrice-radio, ou « pianiste », un surnom donné aux opérateurs-radio clandestins grâce au toucher de leur index très rapide. Peu spectaculaire, l’action des opérateurs et des opératrices radio, rappelons-le, fut pourtant l’une des plus efficaces de la Résistance, mais aussi une des plus dangereuses. Émettre de France plus de trois minutes, plus de trois fois de suite au même endroit sans changer de longueur d’onde était quasi suicidaire

Eugénie-Malika Djendi, incorporée dans la mission « Berlin » et « Libellule », doit opérer dans la région parisienne. Parachutée le 7 avril 1944 près de Sully-sur-Loire, elle réussit à établir la liaison avec Alger et Londres. Mais repérée par l’Abwher, elle est arrêtée, porteuse de son arme et tout son matériel radio. Elle est enfermée dans les locaux de la Gestapo où avec une autre « Merlinette », Pierrette Louin, elle aide une camarade d’une cellule voisine à s’enfuir, en attirant l’attention de ses geôliers par des cris et  des chants. 

Elles sont déportées au camp de concentration de Ravensbrück où, le 18 janvier 1945, elles sont pendues avec deux autres « Merlinettes » dont Marie-Louise Cloarec et Suzanne Mertzizen, qui furent arrêtées en Haute Vienne à Saint-Léger-Magnazeix où une stèle, depuis peu, leur rend hommage. À ces noms, joignons celui d’Elisabeth Torlet, fusillée le 6 septembre 1944 près de l’Isle-sur-Doubs.

J’ai tenu à citer ces jeunes femmes héroïques parce que leur engagement courageux, et celui de toutes leurs camarades que je ne peux hélas pas toutes nommer, est trop rarement évoqué voire passé sous silence alors que leur combat pour vaincre le nazisme fut très important. 

Si vous passez par le parc André Citroën, faîtes un détour par le square Eugénie-Malika Djendi et ayez une pensée pour les jeunes « Merlinettes » car c’est à elles aussi que nous devons notre liberté chérie. 

La biographie complète de Eugènie-Malika Djendi est disponible sur le site du AASSDN.

https://www.franceinter.fr/histoire/le-destin-tragique-et-heroique-de-la-sous-lieutenante-eugenie-malika-djendi#xtor=CS1-901