anticapitalisme

Entre la poire et l’œuf

 

 

Entre la poire et l’œuf

 

 

 

 

 

Sur la nature « ontologique »

ou épistémologique

du matérialisme dialectique

 

Un ouvrage récent, assez pompeusement titré « L’Évangile de la philosophie et de la Révolution », n’avait guère attiré notre attention, jusqu’à ce qu’un camarade nous en demande une lecture critique… Beaucoup plus de maladresse et de confusion que de réelle « hérésie », dans ce nouvel « évangile », mais ce fut néanmoins l’occasion d’une réflexion sur la problématique généralement liée à ce genre d’ouvrage à prétention didactique : quelle nouvelle vision de la réalité veut-on apporter au lecteur ? Veut-on réellement l’aider à décrypter le réel voilé par les médias du système, ou bien veut-on lui suggérer une réalité « alternative » qui n’existe que dans la tête de l’auteur ?

Autrement dit, et pour aller au fond du problème, le matérialisme dialectique est-il une approche épistémologique pour comprendre la réalité du monde et la transformer, ou bien prétend-t-il nous révéler une science « alternative » décrivant une réalité « ontologique » totalement ignorée par la culture bourgeoise ?

Mao Zedong, qui voulait voir une telle « essence » des phénomènes dans leur « contradiction interne », nous parlait d’un œuf pour illustrer son propos… L’auteur du nouvel « Évangile révolutionnaire » nous parle d’une poire…

 

En réponse à un camarade nous proposant

la lecture de l’ouvrage récent

du camarade Jimmy Dalleedoo

 

 

 

 

Bonjour, camarade

Ce livre se présente directement comme un nouvel enseignement de la philosophie révolutionnaire, du matérialisme dialectique et historique, et il tente donc de les redéfinir.

Je l’ai donc abordé sous cet angle, et à partir de ses premiers propos sur le sujet, j’ai cherché comprendre de quelle façon il considère la méthode dialectique.

Malheureusement, et même si l’on fait la part d’une confusion extrême, la dominante qui en ressort est celle d’un idéalisme métaphysique tout à fait comparable à celui de Mao Zedong, même si formulé de manière encore largement plus maladroite.

Cette maladresse, à la rigueur, plaide pour la bonne foi, assez évidente, de l’auteur, mais n’excuse pas pour autant les approximations très grossières auxquelles il se livre, et qui auraient du être évitées, avec une étude plus sérieuse, à la base.

Ces approximations faussent, de toute manière, et de façon rédhibitoire, la réalité de son propos.

Pour te l’expliquer, je reprends, dans un premier temps, l’explication plus ancienne qui vaut pour la pseudo-»dialectique » de Mao Zedong, telle qu’exposée dans son « De la contradiction » et notamment à propos de son célèbre et pathétique « exemple de l’œuf »…

La « contradiction interne » de l’œuf n’est, à l’évidence et contrairement aux affirmations de Mao, qu’un moment possible de la suite de ses états possibles et des contradictions entre eux.

(>>>Contradictions de formes et d’états entre l’œuf et le poussin, entre l’œuf et la poule, entre le poussin et la poule.)

(A ce sujet,voir l’excellent exposé de Georges Politzer>>> Principes élémentaires de philosophie >>> Négation de la négation

https://www.marxists.org/francais/politzer/works/principes/principes_15.htm )

Cette contradiction est en partie, mais en partie seulement, déterminée par les caractéristiques intrinsèques de l’œuf, mais elle ne se développe que sous l’action des facteurs extérieurs, qui sont les conditions de la couvée.

Hors de ces conditions, l’œuf cesse, sous le rapport de la « contradiction interne » d’être un objet dialectique à proprement parler, et soit il se conserve tel quel, au froid, soit il pourrit et se dessèche, au chaud, mais dans les deux cas, encore en fonction des conditions extérieures.

Quant à ses caractéristiques internes, qu’elles soient conservées ou non, elles sont d’abord déterminées par l’histoire de l’évolution génétique de la race des poules, préalable extérieur indispensable à l’existence de tel ou tel œuf en particulier.

Et dans chaque cas, par les conditions matérielles de l’élevage des poules, environnement, nourriture, climat, etc…

La « contradiction interne » de l’œuf, qu’elle se développe ou qu’elle reste à l’état d’évènement potentiel, n’a d’existence ni de sens que par des facteurs en réalité entièrement extérieurs à l’œuf lui-même.

Elle n’est donc en rien une définition ontologique de l’œuf, qui nous parlerait de son « être », en quelque sorte.(…de son « essence », selon Mao Zedong)

L’existence de l’œuf tient au domaine spécifique des lois de la biologie, et la connaissance que nous en avons dérive de la science biologique.

La biologie de l’œuf est une réalité objective, indépendante du fait que nous la considérions d’un point de vue dialectique ou non.

Le fait d’utiliser la méthode dialectique dans l’approche scientifique du phénomène « œuf » peut être un plus appréciable mais n’en change pas pour autant la nature intrinsèque.

Voici ce qu’en pensent deux grands scientifiques modernes, adeptes du matérialisme dialectique :

« Le matérialisme dialectique n’est pas, et n’a jamais été, une méthode systématique pour la solution de problèmes physiques particuliers. L’analyse dialectique nous donne plutôt une vue d’ensemble et une série de signaux qui nous avertissent contre des formes particulières de dogmatisme et d’étroitesse de la pensée. Il nous dit :

(1) « rappelez-vous que l’histoire peut laisser une marque importante » ;

(2) « rappelez-vous que l’être et le devenir sont des aspects duaux de la nature » ;

(3) « rappelez-vous que les conditions changent et que les conditions nécessaires à l’enclenchement de certains processus peuvent être détruites par le processus lui-même » ;

(4) « rappelez-vous de prêter attention aux objets réels dans l’espace et le temps et de ne pas les perdre complètement dans des abstractions idéalisées » ;

(5) « rappelez-vous que des effets de contexte qualitatifs et l’interaction peuvent être perdus quand on isole les phénomènes » ;

et par-dessus tout,

(6)« rappelez-vous que toutes les autres mises en garde ne sont que des rappels et des signaux d’avertissement dont l’application aux différentes situations du monde réel est contingente ». (Richard Levins & Richard C. Lewontin, 1985, The Dialectical Biologist, Harvard University Press, Harvard)

Une approche dialectique de l’évolutionnisme amène, par exemple, à considérer que si la pression sélective exercée par l’environnement est le facteur principal, l’évolution des espèces modifie également cet environnement, et influe donc, en retour, sur les conditions de la pression sélective.

Le matérialisme dialectique ne se substitue en rien aux lois scientifiques spécifiques qui régissent les différents domaines d’investigations scientifiques, lois qui découlent de l’étude et de la recherche spécifique à chacun de ces domaines.

Le matérialisme dialectique est d’abord une méthodologie dans l’étude des sciences, une approche épistémologique, et en fin de compte, à la fois une philosophie des sciences et une philosophie dérivée de l’étude des sciences.

Il s’oppose donc tout à fait à la méthode dogmatique qui réduit la dialectique à la contradiction interne (Mao Zedong), et prétend y voir l’essence de tout phénomène, son « être » propre, en fin de compte, ce qui nous ramènerait à une conception ontologique et en fait, entièrement idéaliste et métaphysique de la dialectique.

Les lois de la dialectique sont celles que nous établissons pour notre méthodologie dans l’étude des sciences, mais elle ne se substituent en rien aux lois scientifiques spécifiques à chaque domaine.

En tant qu’élément de la philosophie matérialiste dialectique elles ressortent donc des sciences humaines, comme l’économie et la sociologie, et aucunement des sciences exactes, comme la physique et la chimie.

Elles n’en reposent pas moins sur les données scientifiques qu’elles intègrent, tout comme l’économie et la sociologie.

Pour en revenir aux confusions qui sont entretenues, même si involontairement, dans l’ouvrage de Jimmy Dalleedoo, elles se trouvent donc au départ du livre dans son ambition à exposer la doctrine philosophique du matérialisme. Elles résident principalement dans la façon dont il tente de distinguer matérialisme dialectique et matérialisme historique, et même, sans qu’il ne tente de l’expliquer, dialectique et matérialisme dialectique. L’auteur reconnaît pratiquement n’avoir pas été suffisamment clair sur ces questions, mais n’en poursuit pas moins son propos sur ces bases confuses. Sa conception idéaliste des lois de la dialectique, pratiquement similaire à celle de Mao Zedong, ressort néanmoins très nettement dans son passage sur ce qu’il nous présente comme « la 3ème loi : L’auto dynamisme »

A l’œuf de Mao il substitue une poire et tente d’en définir le cycle dialectique, mais de manière encore plus pathétique, si possible, ce qui est une gageure, et assez réussie, malheureusement !

«  Une poire tombe du poirier et finit à terre. Au bout d’un certain temps, cette poire subira des changements, car elle pourrira et des insectes apparaîtront du fait qu’elle pourrisse. A l’intérieur de cette poire, il existe des forces en opposition qui, se rencontrant dans une contradiction naturelle, feront subir à cette poire différents changements. C’est cette contradiction qui va créer une évolution, un changement à l’intérieur de la poire et engendrera son pourrissement. L’auto dynamisme est donc un phénomène naturel qui régit le mouvement. »

L’auteur observe le pourrissement de la poire comme un phénomène « interne », alors qu’à l’évidence il n’est du qu’à des facteurs externes, cryptogamiques ( moisissures, champignons), bactériens, etc…

« …des insectes apparaîtront », précise-t-il même, comme s’il s’agissait d’une sorte de « génération spontanée », issue de la poire elle-même !

Alors que si le cycle dialectique de la poire est comparable à celui de l’œuf, c’est précisément dans le cycle de la reproduction, via le pépin et l’arbre, et qu’il tient pareillement en priorité aux facteurs externes, à savoir l’évolution génétique de la race des poiriers, et aux conditions particulières de la plantation du sujet considéré, c’est à dire le terroir, incluant nature du sol, climat, méthode de culture, etc…

Le fait que le matérialisme dialectique soit d’abord et avant tout une méthodologie d’approche épistémologique et non un substitut des sciences est attesté par les classiques du ML, en outre, et il n’appartient qu’à nous, ML du XXIème siècle, de lui redonner son sens réel, débarrassé du formalisme dogmatique et révisionniste qui a contribué à son effacement de la culture populaire depuis plusieurs décennies déjà.

 

************

Lénine

Sur la question de la dialectique

« Ainsi, dans toute proposition on peut (et on doit), comme dans une « maille », une « cellule », mettre en évidence les embryons de tous les éléments de la dialectique, montrant ainsi que la dialectique est inhérente à toute la connaissance humaine en général. Quant aux sciences de la nature, elles nous montrent (et, encore une fois c’est ce qu’il faut montrer sur tout exemple le plus simple) la nature objective avec ses mêmes qualités, le changement du particulier en général, du contingent en nécessaire, les passages, les modulations, la liaison mutuelle des contraires. C’est la dialectique qui est la théorie de la connaissance (de Hegel et) du marxisme : voilà à quel « aspect » de l’affaire (ce n’est pas un « aspect », mais le fond de l’affaire) Plékhanov, pour ne rien dire d’autres marxistes, n’a pas prêté attention.  »

https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1915/00/surlaquestion.htm

 

Staline

Le matérialisme dialectique et le matérialisme historique

« Le matérialisme dialectique est la théorie générale du Parti marxiste-léniniste. Le matérialisme dialectique est ainsi nommé parce que sa façon de considérer les phénomènes de la nature, sa méthode d’investigation et de connaissance est dialectique, et son interprétation, sa conception des phénomènes de la nature, sa théorie est matérialiste.

(…)

Contrairement à la métaphysique, la dialectique regarde la nature, non comme une accumulation accidentelle d’objets, de phénomènes détachés les uns des autres, isolés et indépendants les uns des autres, mais comme un tout uni, cohérent, où les objets les phénomènes sont liés organiquement entre eux, dépendent les uns des autres et se conditionnent réciproquement. C’est pourquoi la méthode dialectique considère qu’aucun phénomène de la nature ne peut être compris si on l’envisage isolément, en dehors des phénomènes environnants ; car n’importe quel phénomène dans n’importe quel domaine de la nature peut être converti en un  non-sens si on le considère en dehors des conditions environnantes, si on le détache des ces conditions ; au contraire, n’importe quel phénomène peut être compris et justifié, si on le considère sous l’angle de sa liaison indissoluble avec les phénomènes environnants, si on le considère tel qu’il est conditionné par les phénomènes qui l’environnent. »

http://www.communisme-bolchevisme.net/materialisme_philosophique.htm

 

Le reste de l’ouvrage de Jimmy Dalleedoo peut contenir quelques points intéressants, naturellement, mais sur cette base plus que confuse, il faut donc absolument éviter d’en faire un ouvrage de référence.

De plus, ses conceptions idéalistes le poussent nettement à reconsidérer l’action militante ouvrière sous une nouvelle forme de « syndicalisme révolutionnaire », certes pleine de bonnes intentions, mais qui ne sont guère différentes, en fin de compte, de celles de l’anarcho-syndicalisme traditionnel qui handicape déjà fortement ce qui reste du mouvement ouvrier en France.

En espérant que ce camarade évolue encore, dans le sens réel du matérialisme dialectique ! 

Amicalement,

Luniterre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publicités

Centenaire d’Octobre: …vers un sursaut unitaire ??

 

Nouveau  sur   TML

 

 

 

 

Centenaire d’Octobre:

 

 …vers un sursaut unitaire

 

du Mouvement ML en France?

 

 

 En préambule d’un de nos articles sur le centenaire d’Octobre et l’histoire de l’URSS, nous écrivions :

« Un siècle après Octobre, et à la veille de son centenaire, il semble impossible, même pour les communistes marxistes-léninistes, de le célébrer avec un minimum de consensus, sinon d’unité, sur sa signification et surtout, sur ses conséquences…

Le fait qu’Octobre ait ouvert une période de transformations sociales radicales en Russie et dans les pays qui allaient devenir l’Union Soviétique, c’est le seul point qui permette à tous ceux qui se réclament du communisme de pouvoir, à la rigueur, être d’accord avec la première phrase d’un texte sur le sujet, et encore, à condition de ne pas s’éloigner de considérations très générales…  »

 

Or il se trouve que les camarades d’un autre blog ML lyonnais, « Unité Communiste-Lyon », ont entrepris précisément une initiative qui semble répondre exactement à cette considération…

 

Proposer un communiqué unitaire s’en tenant à des considérations d’ordre le plus général possible sur le sujet « Centenaire d’Octobre » et avec lesquelles il est par conséquent à peu près impossible d’être en désaccord, à moins d’être sectaire au dernier degré dans l’échelle de la bêtise… !

 

Un autre blog, «Éditions Prolétariennes », en quelque sorte héritier et dépositaire des traces les plus anciennes du mouvement ML français depuis la fin des années 60, a également décidé d’apporter son soutien à cette initiative.

 

Pour qui connait aussi bien l’histoire du mouvement ML lyonnais ces dernières années, que l’histoire, plus ancienne, du courant principal dont les « Éditions Prolétariennes » sont en quelque sorte la succession, il n’est pas difficile de comprendre l’abime qui sépare nos analyses, aussi bien d’un côté que de l’autre…

 

Néanmoins, sur TML, nous apportons également notre soutien à cette initiative, dont les auteurs admettent eux-même qu’elle peut avoir un aspect presque naïf, à l’évidence, dans le contexte actuel.

 

Elle a plutôt, à notre sens, un aspect carrément idéaliste, dans tous les sens du terme, y compris d’un point de vue critique marxiste, mais il se trouve qu’elle correspond malgré tout à ce que le mouvement ML français est actuellement capable de produire de meilleur, le reste étant essentiellement l’expression du sectarisme, du dogmatisme, et encore plus souvent, de l’opportunisme social-chauvin, sinon une combinaison plus ou moins alambiquée de ces diverses tares… !

 

VOICI DONC , EN L’ÉTAT ACTUEL, republié sur TML, LE PROJET DE COMMUNIQUÉ PROPOSÉ PAR CES CAMARADES…

(A la suite les liens vers les sites parties prenantes, ainsi qu’un récapitulatif des principaux articles parus sur TML, concernant le centenaire d’Octobre et l’histoire de l’URSS.)

Centenaire d’Octobre:

…vers un sursaut unitaire ??

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/10/16/centenaire-doctobre-vers-un-sursaut-unitaire/

https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2017/08/train-sovietique-affiche.jpg?w=534&h=254

****************************************

***********

Catalogne – Espagne : jaune et rouge ou bien Rouge ou Jaune ???

 

 

 

 

 

 

Un article initialement publié sur…

 

 

Solydairinfo

 

https://solydairinfo.wordpress.com/2017/10/11/catalogne-espagne-jaune-et-rouge-ou-bien-rouge-ou-jaune/

 

Drapeau de l'Espagne

.

2 COULEURS…

.

Mais 1 seule est la bonne…!

 

 

.

.

.

.

 

Contrairement à une idée répandue

dans l' »extrême-gauche » française,

le mouvement ouvrier catalan n’est ni inféodé

ni à la remorque de la bourgeoisie nationaliste…

 

« Le refus du gouvernement central de négocier la possibilité d’un référendum et l’application disproportionnée et autoritaire de la loi a poussé de nombreux citoyens, qui étaient relativement indifférents, à réclamer maintenant ce référendum à cor et à cri. Indépendamment de leurs positons pour ou contre a l’indépendance. Les adhérents de la CGT sont le reflet de la société catalane. En ce sens, nous respectons l’opinion de chacun d’entre eux.

Mais nous ne soutenons pas le gouvernement catalan contre celui de Madrid. En tant qu’organisation syndicale, nos objectifs et préoccupations sont la défense des intérêts et des droits des travailleurs et des citoyens. »

Thomas Lanssens (Syndicaliste CGT)

 

Depuis plusieurs semaines, l’utilisation de la force par le gouvernement de Mariano Rajoy contre la tenue du référendum sur l’indépendance de la Catalogne a plongé l’Espagne dans la crise. La tension était maximale Dimanche 1er octobre, jour du vote. La CGT avait, le jour même, lancé un appel à la grève générale pour le 3 octobre dans toute la Catalogne. Interview avec Thomas Lanssens, représentant de la centrale anarcho-syndicaliste, au Comité d’entreprise d’AtoS Spain à Barcelone.

 

LE CONTEXTE: Le gouvernement régional catalan, dominé par une alliance de trois partis indépendantistes, a lancé l’organisation d’un référendum d’autodétermination pour le dimanche 1er octobre. Jugé illégal par la Cour constitutionnelle espagnole, ce référendum est l’objet d’une crise majeure entre le gouvernement central et la Catalogne.

Depuis mi-septembre, Madrid a choisi d’intervenir par la force pour empêcher sa tenue. Arrestation par la Guardia civil de 14 membres de l’exécutif catalan, saisie de millions de bulletins de vote, mise sous tutelle de la région font partie des mesures de rétorsion prise par l’État. Avec pour résultat de déclencher des manifestations massives, l’occupation de l’université et de multiples actes de désobéissance dans toute la région. Parmi ces derniers, le refus des dockers de Barcelone et de Tarragone de décharger le matériel destiné aux forces de répression venues de Madrid.

C’est dans ce contexte que la CGT — troisième force syndicale en Espagne — a appelé à une grève générale le mardi 3 octobre en Catalogne. Thomas Lanssens, représentant syndical CGT au Comité d’entreprise d’AtoS Spain à Barcelone, a répondu aux questions de Rapports de force.

 

La rédaction : Pourquoi la CGT appelle-t-elle à une grève générale le 3 octobre ?

Thomas Lanssens (CGT) : Ces dernières années, les travailleurs en Catalogne ont subi une détérioration significative de leurs conditions de vie. Nous avons connu une baisse générale des salaires. Nous avons vu comment les réformes du Code du travail des années 2010 et 2012 ont réduit nos possibilités d’actions face aux employeurs. Cela a entraîné une précarité accrue et une aggravation générale de nos conditions de travail.

Parallèlement, nous avons assisté à une augmentation de la répression, contre les grévistes et les militants sociaux avec des condamnations et des amendes dans le cadre de la « Llei Mordassa » (la loi bâillon).

Enfin, au cours des derniers jours et semaines, nous avons également observé comment cette répression s’est étendue à de nombreux autres secteurs de notre société. Cela ressemble à un processus général de suspension des droits civils par l’État.

La rédaction : Est-ce aussi une réponse à la réaction du gouvernement espagnol face au référendum en Catalogne ?

Thomas Lanssens (CGT) : Nous refusons la présence policière et militaire (la Guardia civil est un corps militaire correspondant à la gendarmerie) que nous avons dû subir ces dernières semaines dans de nombreux lieux de travail. Nous voulons mettre fin à la suspension des droits civils survenue ces derniers jours en Catalogne : perquisitions, fermeture de pages web, violation des correspondances, interdiction d’actes collectifs. Cette grève générale s’inscrit aussi dans l’appel général, de notre organisation et d’autres mouvements et groupes sociaux, à défendre les libertés publiques. En ce sens, il vise à stimuler et à protéger une large mobilisation sociale.

La rédaction : Comment va se passer la grève du 3 octobre ?

Thomas Lanssens (CGT) : La grève générale est convoquée uniquement pour le 3 octobre. Mais devant l’impossibilité de prévoir le déroulement des événements après le 1er octobre (jour du référendum pour l’indépendance) et en tenant compte de la législation sur le droit de grève, la CGT a déposé un préavis jusqu’au 9 octobre. Trois autres organisations appellent à la grève générale en Catalogne : l’intersyndical CSC, l’Intersyndical alternativa de Catalunya (IAC) et la Coordinadora obrera syndical (COS), proche du parti indépendantiste et anticapitaliste la CUP.

C’est une occasion pour les travailleurs de montrer que s’ils sont prêts à manifester pour pouvoir voter un référendum ou pour réclamer l’indépendance, ils sont là aussi pour défendre leurs droits civils et un travail digne.

La rédaction : Quel regard la CGT porte-t-elle sur le référendum et l’indépendance ?

Thomas Lanssens (CGT) : Les décisions au sein de la CGT se prennent par votation depuis la base jusqu’au plus haut niveau. Ainsi, nous sommes pour l’autodétermination des peuples, même s’il est vrai que ce référendum n’offre pas toutes les garanties nécessaires. La CGT n’a pas de position définie vis à vis de l’indépendance parce que son objectif, comme syndicat, est la défense des droits de tous les travailleurs.

Par contre, notre organisation juge intolérable la réponse autoritaire donnée par le gouvernement central et les administrations de l’État. Le refus du gouvernement central de négocier la possibilité d’un référendum et l’application disproportionnée et autoritaire de la loi a poussé de nombreux citoyens, qui étaient relativement indifférents, à réclamer maintenant ce référendum à cor et à cri. Indépendamment de leurs positons pour ou contre a l’indépendance. Les adhérents de la CGT sont le reflet de la société catalane. En ce sens, nous respectons l’opinion de chacun d’entre eux.

Mais nous ne soutenons pas le gouvernement catalan contre celui de Madrid. En tant qu’organisation syndicale, nos objectifs et préoccupations sont la défense des intérêts et des droits des travailleurs et des citoyens.

La rédaction : Comment imaginez-vous la suite des événements ?

Thomas Lanssens (CGT) : L’impossibilité des politiques à résoudre un conflit politique, social et économique a conduit une partie chaque fois plus prononcée des Catalans à chercher d’autres voies pour les résoudre. L’indépendantisme leur promet une solution. S’il y a une progression du nationalisme en Catalogne, à la différence d’autres pays, il n’est pas accompagné de discours xénophobes.

La situation est assez complexe et change chaque jour. Il est donc très difficile de prévoir comment cela va évoluer. Personnellement, je pense que cela va finir en de nouvelles élections principalement centrées sur le thème de l’indépendance.

https://rapportsdeforce.fr/linternationale/linternationalereferendum-et-repression-en-catalogne-la-cgt-appelle-a-la-greve-generale-1001904-1001904

 

 

A la suite, une autre approche, assez similaire, de cette situation, par un groupe anarcho-syndicaliste français, mais qui semble avoir une bonne connaissance du terrain…

Catalogne : la stratégie de la matraque

Publié le 3 octobre 2017

(par le groupe anarcho-syndicaliste Salvador-Seguí )

« Il n’y a pas eu de référendum d’autodétermination en Catalogne. » Par cette déclaration, Mariano Rajoy fait un peu plus étalage de sa stupidité politique. Les images qui défilent en boucle sur tous les écrans TV et réseaux sociaux le contredisent : il s’est bien passé « quelque chose » ce dimanche 1er octobre, en Catalogne. Plus de 2 millions de personnes se sont exprimées sur l’autodétermination, malgré la brutalité, pour ne pas dire la sauvagerie, de la Garde civile, qui a tout fait pour les empêcher d’accéder aux bureaux de vote. On a pu voir aussi des anti-indépendantistes manifester (y compris à Barcelone), brandissant le drapeau national et entonnant Cara al Sol, chant cher à Franco. La coupure est nette et souligne, si besoin était, la « différence » catalane (langue, culture, traditions…). Le spectacle des violences policières a finalement renforcé les indépendantistes et affaibli l’autorité d’un Rajoy qui, en guise d’arguments, a surtout la matraque.

Et, maintenant, vers quoi va-t-on ? Un État catalan indépendant ? Mais pour quoi faire ? Une république catalane en lieu et place d’une monarchie espagnole ? Oui, mais quelle république ? Traditionnelle, comme ici en France ? Avec des exploiteurs et des exploités, des riches et des pauvres ? Bref, une démocratie bourgeoise avec ses possédants et ses possédés (dans tous les sens du terme) ? État catalan ou État espagnol ? Nous défendons évidemment le droit des peuples à l’autodétermination, les frontières étant plutôt tracées par les vainqueurs de l’Histoire que par les peuples. Demain, le gouvernement de la Generalitat sera-t-il plus aux mains du peuple, ou sera-t-il toujours sous la coupe d’une oligarchie semblable à celle de Madrid ? Pour reprendre la main, les organisations de classe doivent impérativement rappeler quels sont les intérêts des travailleurs.

C’est le sens de l’appel à la grève générale en Catalogne lancé par la CGT catalane, la CSC (Confédération syndicale catalane), l’IAC (Intersyndicale alternative de Catalogne), la COS (Coordination ouvrière syndicale) et la CNT (Confédération nationale du travail). Ces organisations ne se prononcent pas quant à l’indépendance ou non de la Catalogne, tout en rappelant que leurs adhérents sont libres de leur choix. Toutefois, elles dénoncent unanimement les violences policières de ces derniers jours et les attaques contre les droits civiques. Le comité confédéral de la CGT de Catalogne rappelle, lui, que ces attaques et violences existent depuis déjà longtemps. La grève générale en Catalogne déclenchée ce mardi 3 octobre a pour objet d’exiger l’abrogation des « réformes » du travail de 2010 et 2012, de dénoncer la précarité grandissante, la baisse générale des salaires, la dégradation des conditions de travail, la répression exercée contre les grévistes et les militants syndicaux, les amendes administrées au nom de la loi Baillon (Ley Mordaza).

Il s’agit d’un seul jour de grève. Au cas où, la CGT à déposé son préavis jusqu’au 9 octobre. À suivre, donc.

Ramón Pino
Groupe anarchiste Salvador-Seguí

_https://salvador-segui.org/2017/10/03/catalogne-referendum-repression-violences/

Catalogne : du respect des aspirations démocratiques

à… l’autonomie ouvrière

( Publié le 1 octobre 2017 par le groupe anarcho-syndicaliste Salvador-Seguí )

Panique en Ibérie : le gouvernement central de Madrid n’est pas disposé à laisser s’échapper la riche région de Catalogne. La Generalitat (gouvernement catalan) rêve de délimiter officiellement son territoire par de véritables frontières (un mur, peut-être ?)

Bref, ces dernières semaines ont été plus qu’agitées et celles qui viennent ne le seront pas moins. Il faut dire que, plus bête que Mariano Rajoy, ça doit être dur à trouver, lui qui est un digne relais de la pensée du généralissime Franco qui voulait une « Espagne une » (et ne parlant que le castillan). Les diverses opérations policières menées contre les institutions catalanes n’ont fait que renforcer la cause des indépendantistes.

Mais de quoi parle-t-on exactement ? Qui dirige et qui contrôle ? Sûrement pas le prolétariat. Car on assiste quand même à de bizarres prises de positions dans les milieux radicaux (ou prétendus tels). S’opposer à l’autoritarisme de l’État central et sa brutalité, oui, bien sûr, mais il ne s’agit pas de tomber dans le  dilemme simpliste « pour un bon État catalan, contre un méchant État espagnol ». Les deux gouvernements ont autant de casseroles au c…, autant d’impliqués dans les scandales de corruption, autant de méthodes musclées pour réprimer les mouvements sociaux de leurs régions respectives. La brutalité des mossos d’escuadra (policiers catalans) n’a rien à envier à celle des gardes civils. Les uns et les autres ont la même mission : défendre les pouvoirs en place et pas les travailleurs. Et on assiste pourtant à ce spectacle étonnant de militants radicalisés prompts à défendre l’autonomie des flics de la Generalitat menacés de passer sous le contrôle du gouvernement de Madrid. Eux aussi vont-ils « embrasser un flic » ?

Où sont passés tous ces « indignés » qui, il y a six ans, voulaient prendre d’assaut le Parlement et qui scandaient : « Ils ne nous représentent pas » ? Se sentent-ils représentés aujourd’hui ? Les coupes budgétaires, les mesures antisociales, les 22 % de chômeurs, les expulsions de celles et ceux qui ne peuvent payer leur hypothèque, tout cela serait-il devenu acceptable si ça émanait du gouvernement d’une Catalogne indépendante ? Sommes-nous devant une sainte alliance du genre des Bonnets rouges en France : exploiteurs et exploités catalans tous unis ? Et lutte des classes aux oubliettes ?

On se souvient que, bien avant 1936, les catalanistes, dans le but d’obtenir l’indépendance, ne cessaient (sans résultat) de solliciter l’aide des militants de la CNT anarcho-syndicaliste alors toute-puissante en Catalogne. On se souvient aussi du traitement qu’ils leur réservèrent pendant la contre-révolution de mai 1937…

Il s’agit aujourd’hui de ne pas se tromper de combat. La lutte indépendantiste n’est pas la lutte des classes. Le patronat catalan n’est pas plus tendre que le patronat espagnol, et, comme le disait en son temps Salvador Seguí, leadeur de la CNT (et accessoirement catalan) : « Le seul ennemi qu’il y a en Catalogne est le même qu’il y a à Madrid : le capitalisme. »

La leçon a été retenue par nos camarades ibères : mieux qu’un référendum le 1er octobre, la CNT et la CGT espagnoles appellent à une grève générale le 3 octobre contre les interventions policières dans de nombreuses entreprises et imprimeries, sans oublier la fermeture de sites Web, la confiscation d’urnes, la fermeture d’écoles, etc. Car, au-delà de la seule question indépendantiste et du résultat du référendum, c’est celle, plus large, du respect des aspirations démocratiques d’une population qui se pose, dans l’urgence.

Pas de paix entre les classes.

_https://salvador-segui.org/2017/10/01/catalogne-autonomie-ouvriere/

Ramón Pino
Groupe anarchiste Salvador-Seguí

.

.

.

Un rappel historique de la situation, depuis ses origines au début du XXème siècle, assez long mais assez utilement détaillé a été publié sur « Révolution », blog d’une des tendances trotskystes qui font de l' »entrisme » au sein de la pseudo « gauche » du PCF. En voici une édition PDF:

HISTO CATALOGNE TMI-PCF

 

 

Dans le même ordre d’idée, parmi les « tendances de gauche » du PCF, (mais « non trotskyste », celle là…) a été récemment publié cet autre témoignage encore relativement assez avisé, par sa connaissance du terrain:

 

Sur la situation en Catalogne par Andres B. Alonso, ancien militant des JC d’Aragon et secrétaire des Jeunesses communistes de Saint-Martin-d’Hères, 3 octobre 2017

Ce dimanche 1er octobre, le gouvernement régional de la Catalogne (région de plus de 8 millions d’habitants – la plus riche d’Espagne) a appelé les Catalans à voter pour l’indépendance. L’Etat central espagnol avait décrété ce referendum illégal.  Depuis des semaines, le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, avait affirmé que ce vote n’allait pas se tenir. Sa promesse s’est matérialisée le matin même par l’intervention de l’ensemble des forces de police (police nationale et « Guardia Civil » – équivalent espagnol de la gendarmerie), qui ont délogé avec une grande violence les occupants des bureaux de vote.

L’intransigeance d’un disciple du franquisme.

Des jeunes, des parents d’élève, des travailleurs et des retraités avaient occupé dès vendredi soir les écoles où était censé avoir lieu le référendum. Les policiers les ont sortis de force à coups de matraque. En faisant cela, Mariano Rajoy continue à s’ériger en bon disciple de Franco, réglant les différends nationaux en faisant charger la police. Rajoy est bien mal placé pour donner des leçons de démocratie partout dans le monde, spécialement quand il se réfère au Venezuela.

En effet, si la situation en est venue à ce point, c’est premièrement le fait de l’intransigeance de Mariano Rajoy et de la droite du PP (Parti populaire) sur la question catalane.

L’expression nationaliste des intérêts de la bourgeoisie catalane.

Le mouvement indépendantiste catalan, s’appuyant sur une langue et une culture catalanes voisines mais différentes de celles de la Castille, existe depuis plusieurs siècles. Le mouvement indépendantiste et nationaliste moderne  a pris ses formes au XIXème siècle, lorsque la Catalogne est devenue un des trois pôles industriels majeurs de l’Espagne.

Les intérêts de la bourgeoisie industrielle catalane se sont développés dans un autre sens que les intérêts de la bourgeoisie rentière de Madrid. C’est cette divergence qui a donné naissance au mouvement nationaliste qui a perduré au long du XXème siècle. La répression primaire de Franco contre la langue et la culture catalanes l’ont alimenté.

Après la mort de Franco, ce mouvement politique a pris une autre forme. L’avènement de la démocratie espagnole a amené une décentralisation de l’Etat. A l’image des nationalistes du Pays Basque, la bourgeoisie catalane s’est dit qu’elle pouvait obtenir plus de privilèges, vis-à-vis des autres régions du pays, en s’organisant en force politique nationaliste. Sur une justification culturelle, deux organisations  nationalistes majeures se sont ainsi constituées dans les années 70 : la CDC (Convergence Démocratique de Catalogne, devenue PDeCAT en 2016), de droite, et l’ERC (« Esquerra Replublicana de Cataluña », gauche républicaine de Catalogne).

Ces relais politiques sont un levier pour la bourgeoisie catalane pour faire pression sur le gouvernement espagnol. Ils se montrés efficaces lors de la négociation des financements régionaux. Ils ont aussi permis de faire céder au gouvernement socialiste de Zapatero, en 2006, un statut d’autonomie encore plus important, reconnaissant entre autres, la Catalogne comme une nation, statut qui sera invalidé en 2010. En 2011, l’arrivée au pouvoir de la droite de Mariano Rajoy a marqué la fin de toute négociation en vue de plus d’autonomie à la Catalogne. Les parties sont rentrées dans une impasse.

Le contexte du show de Puigdemont et Junqueras (dirigeants nationalistes catalans).

Le nationalisme catalan a toujours été « sage » en Espagne. Du moins en comparaison avec le nationalisme basque, plus médiatisé, plus polarisé, et violent avec l’ETA, durant le dernier quart du XXème. Les nationalistes catalans, eux, sont restés en bons termes avec les partis espagnols. Ils ont notamment permis en 1996, avec les voix de leurs députés au Parlement, de faire élire le chef de file de la droite du PP de l’époque, José Maria Aznar, président du gouvernement. Tout ceci, dans la logique évoquée précédemment.

Mais la situation se précipite lorsque, en 2010-2011, la droite nationaliste catalane (la CDC) enchaîne les succès électoraux, profitant de l’écroulement des socialistes du PSOE. Elle s’empare du gouvernement régional et de plusieurs municipalités dont Barcelone. Tout cela dans un contexte de profonde crise économique au niveau du pays. Dès 2011-2012, la région et les municipalités doivent appliquer des coupes budgétaires énormes. Elles coupent notamment dans l’éducation et la santé, gérées, en Espagne, entièrement par les régions. Des mouvements de contestation très larges émergent pour tenter de faire barrage à ces politiques qui provoquent la colère de tous les travailleurs d’Espagne.

Dans ce contexte, où les nationalistes de droite doivent ouvertement mener une politique rejetée par l’ensemble des travailleurs, s’ajoutent plusieurs scandales de corruption, remontant à loin. Le cas du « 3% » est le plus emblématique. Il touche directement des membres de CDC, qui s’étaient enrichis en prenant des commissions (de 3% – mais, en fait, c’était même plus) lors de l’attribution de marchés publics.

Pour sauver sa situation politique, la droite nationaliste s’est mise à agiter plus fort que jamais le drapeau de l’indépendance : une diversion en direction des travailleurs de la Catalogne qu’elle a si durement frappés avec ses politiques antipopulaires. Une consultation sur l’avenir politique de la Catalogne s’en est suivie en 2014, à l’initiative du président nationaliste CDC, Artur Mas, demandant si la Catalogne devait être indépendante. Elle déclenchera l’invalidation politique de Mas par Madrid. Mais le mouvement indépendantiste est lancé. Aux élections régionales de 2015, la droite nationaliste réussit à gagner l’appui de la gauche nationaliste sous le drapeau du « oui » à l’indépendance. Elles remportent les élections, et la droite et la gauche nationalistes forment ensemble un gouvernement grâce au soutien de l’extrême-gauche indépendantiste de la CUP. Cette victoire électorale est à l’origine du référendum du 1er octobre 2017, ressuscitant le spectre politique de l’indépendance de la Catalogne.

Contrer la division des travailleurs.

Communistes, nous condamnons les violences policières de ce dimanche 1er octobre. Elles en sont un signe du caractère autoritaire du gouvernement de Madrid. Pour autant, nous ne suivons pas les bourgeoisies catalane et espagnole sur l’opération de diversion que représente la question de l’indépendance.

Ainsi, l’actualité politique de l’Espagne des dernier mois a été polarisée sur le référendum en Catalogne. Elle a permis d’évacuer des questions fondamentales et graves de la vie politique espagnole, comme la baisse des salaires, la précarisation de l’emploi, la montée du chômage après la saison d’été, les problèmes issus du tourisme de masse (sociaux, environnementaux…), l’avenir bouché pour la jeunesse, etc.

De plus, cette diversion sert à monter les travailleurs les uns contre les autres, à raviver l’extrême-droite qui voit clairement la devise franquiste (« Una, grande y libre », une [Espagne] grande et libre) menacée. 

Communistes, nous pensons qu’au moment où nos acquis sociaux sont remis en cause en Europe et dans le monde, 25 ans après la chute de l’URSS, ce n’est pas le moment de se laisser diviser par la classe dominante et par le venin du nationalisme qu’elle diffuse.

Unité de tous les travailleurs face à leur adversaire de classe !

http://vivelepcf.fr/6383/sur-la-situation-en-catalogne-nationalisme-bourgeois-resurgences-franquistes-quelques-rappels-unite-des-travailleurs/

 

 

Enfin, ce qui aurait pu être en quelque sorte « le meilleur pour la fin », cette prise de posi­tion à prétention « marxiste-léniniste » exprimée par le PCPE en Juin dernier et seulement traduite récemment par ses « amis » français du « PCRF » (les parties soulignées en rouge le sont par nous, et on verra rapidement pourquoi ensuite, en guise de conclusion…)

 

Le Président de la Generalitat (Gouvernement auto­nome cata­lan, ) a concré­tisé la date et la ques­tion du réfé­ren­dum sur l’indé­pen­dance de la Catalogne.
Face à ceci, nous expri­mons nos réser­ves 
 :

1. La classe ouvrière ne tire aucun profit du débat sur le type de ges­tion capi­ta­liste ni sur les cadres dans les­quels celle-ci est struc­tu­rée. Ce sont les dif­fé­ren­tes cou­ches de la bour­geoi­sie qui, dans leur lutte per­ma­nente pour la répar­ti­tion des fruits de notre tra­vail, ont un inté­rêt dans cette bataille. Malheureusement, le manque de cons­cience et d’orga­ni­sa­tion de notre classe amène celle-ci à adop­ter des posi­tions étrangères à leurs inté­rêts, qu’elles soient indé­pen­dan­tis­tes ou anti-indé­pen­dan­tis­tes. Aucune de ces deux options ne repré­sente un futur sou­hai­ta­ble pour notre classe. Notre chemin est celui de l’indé­pen­dance de la classe ouvrière.

2. Ce réfé­ren­dum, avec des garan­ties et la pos­si­bi­lité d’appli­quer le résul­tat, ne se pro­duira pas. La recher­che de recoins légaux pour réa­li­ser le réfé­ren­dum est basée sur une illu­sion, celle qu’on vit dans un État démo­cra­ti­que où opère la sépa­ra­tion de pou­voirs. En réa­lité, nous vivons dans un État qui est l’outil de domi­na­tion d’un bloc oli­gar­chi­que-bour­geois et qui main­tient le mono­pole de la vio­lence pour s’assu­rer ses inté­rêts. Les inté­rêts de cette oli­gar­chie para­si­taire ne pas­sent pas par le sup­port du pro­ces­sus indé­pen­dan­tiste, donc le pro­ces­sus est voué à l’échec, si cette classe n’est pas déga­gée du pou­voir.

3. La recher­che d’alliés inter­na­tio­naux pour attein­dre l’objec­tif indé­pen­dan­tiste va contre la réa­lité. L’Espagne est un fidèle sou­tien des États au sommet de la chaîne impé­ria­liste, contri­buant à sta­bi­li­ser des allian­ces inter-étatiques comme l’UE ou l’OTAN. Aucun de ces États n’est inté­ressé par l’affai­blis­se­ment et la rup­ture de l’Espagne. Il n’existe donc aucune base maté­rielle du sup­port des prin­ci­paux pays occi­den­taux au pro­ces­sus indé­pen­dan­tiste.

4. Les prin­ci­pa­les forces gou­ver­ne­men­ta­les (Parti Populaire au gou­ver­ne­ment cen­tral et Junts pel Sí – Ensemble pour le oui en cata­lan, NDT – en Catalogne) ont un grand inté­rêt à main­te­nir vive la confron­ta­tion en termes natio­naux, faci­li­tant ainsi sa ges­tion et la paix sociale. Il est ainsi empê­ché que la classe ouvrière s’orga­nise et lutte pour ses prin­ci­pa­les préoc­cu­pa­tions comme le chô­mage, la pré­ca­rité, la dis­pa­ri­tion des négo­cia­tions col­lec­ti­ves, les bais­ses des budget des ser­vi­ces sociaux, etc.

5. Nous sommes alors dans un pro­ces­sus qui n’a aucune pos­si­bi­lité de triom­pher, mais qui est vivant grâce à son uti­lité. Communistes Catalans – PCPE appelle la classe ouvrière à ne pas lutter sous un dra­peau étranger à elle, ni pour la cause indé­pen­dan­tiste ni, encore moins, contre elle. La seule voie que l’oli­gar­chie nous montre pour appli­quer le droit à l’auto­dé­ter­mi­na­tion du peuple de Catalogne passe par l’unité de notre classe avec celle du reste de l’État pour abat­tre le pou­voir établi.

Notre chemin est celui de l’indé­pen­dance de la classe ouvrière !

Comunistas Catalanes – PCPE

http://www.pcrf-ic.fr/Referendum-en-Catalogne-la-position-du-PCPE

 

Publiée le 25 Septembre en France, par le « PCRF », cette déclaration a suscité l’approbation de diverses tendances, dont le blog « Les-7-du-Québec », de l’inénarrable Robert Bibeau…

http://www.les7duquebec.com/7-de-garde-2/independance-de-la-catalogne-ou-independance-de-classe/

Manque de chance pour cet emballement de sympathie « de gauche », le retour de flamme du social-chauvinisme n’était pas loin, et il s’est produit dès le « succès » très relatif du referendum, suivi de contre-manifestations réactionnaires tout aussi massives que celle des « indépendantistes »…

Le prétexte de ce retournement de veste est la violence de la répression, qui aboutirait, un fine et malgré l’impasse qu’il représente toujours, à « légitimer » le processus enclenché par la bourgeoisie nationaliste réactionnaire…

Difficile de faire plus confus et contradictoire… Extraits :

« La répres­sion exer­cée par le Gouvernement espa­gnol contre les ins­ti­tu­tions cata­la­nes est une agres­sion sans pré­cé­dent dans l’Histoire récente, qui va à l’encontre du dis­cours offi­ciel sur l’inva­li­dité et l’inu­ti­lité du réfé­ren­dum du 1er octo­bre 2017. »

(…)« Nous avons été inca­pa­bles de pro­po­ser une alter­na­tive indé­pen­dante qui mette l’accent sur les ques­tions qui nous ras­sem­blent en tant que classe, et non pas sur celles qui nous sépa­rent par rap­port à la cons­cience natio­nale. C’est pour cela que la classe ouvrière est pri­son­nière de l’idéo­lo­gie domi­nante, c’est pour cela que la défense des aspi­ra­tions natio­na­les du peuple cata­lan est diri­gée par des forces bour­geoi­ses et que la classe ouvrière espa­gnole se laisse entraî­ner par un Gouvernement bour­geois qui ne com­prend que le lan­gage de la vio­lence et la répres­sion. Pour toutes ces rai­sons, il est d’autant plus néces­saire que les com­mu­nis­tes cla­ri­fient publi­que­ment leurs posi­tions. »

Clarifier ?? Ici, c’est carrément « l’hôpital qui se moque de la charité », car ce qui était « le chemin de l’indépendance de la classe ouvrière » est devenu :

« Nous appe­lons à par­ti­ci­per aux mobi­li­sa­tions contre la répres­sion, et à incor­po­rer plei­ne­ment la lutte de clas­ses, les reven­di­ca­tions de notre classe, à la lutte démo­cra­ti­que. Elles doi­vent néces­sai­re­ment être unies pour donner tout son sens à la mobi­li­sa­tion ouvrière et popu­laire. »

Une « lutte démocratique » qui est donc désormais tout à fait à la remorque de la bourgeoisie nationaliste réactionnaire, dont le processus « indépendantiste » vient juste encore, dans ce même texte, d’être décrit comme une impasse…

A noter que si le « PCRF » a pu republier, à quelques jours d’intervalle et sans sourciller, ces deux aspects d’un revirement « gauche-droite », son compère en social-chauvinisme, le « PRCF  (P-R-CF><P-C-RF, pour ceux qui ont du mal à s’y retrouver…), le « PRCF », donc, plus prudent, et surtout, plus cohérent, apparemment, dans son social-chauvinisme, s’était, semble-t-il, habilement abstenu de publier le premier communiqué, ce qui lui permet, en outre, de « revendiquer » actuellement, quasiment et implicitement, « l’amitié » du PCPE :

« Les communistes d’Espagne (PCPE), expliquent les tenants et aboutissants de la situation dans un communiqué qu’ils ont adressé à la commission internationale du PRCF »

Pour nous, le véritable honneur, c’est celui qui consiste à ne pas être de ces « amis » là…

Pour mémoire, d’un point de vue réellement ML, une lutte démocratique suppose une majorité populaire réelle et implique que que le parti prolétarien puisse y intervenir de façon réellement autonome, c’est à dire, précisément, sans brader sa propre indépendance, comme c’est le cas actuellement pour tous ces pseudos « partis »…

Luniterre

 

 

Sur le même sujet, à voir également,

Sur Tribune Marxiste-Léniniste:

Un plaidoyer pour l’indépendance catalane, par le camarade Do, sur son site VLR – Mai 68, et notre réponse…

Un échange qui fait suite à la publication de notre « revue de presse » sur le sujet, et au débat qu’y s’en est également suivi…

https://solydairinfo.wordpress.com/2017/10/11/catalogne-espagne-jaune-et-rouge-ou-bien-rouge-ou-jaune/#comments

Le plaidoyer du camarade Do, extrait:

« L’indépendance de la Catalogne profitera au prolétariat en général et catalan en particulier

« …l’indépendance de la Catalogne ne se fera pas sans une très grande mobilisation du prolétariat catalan. Celui-ci en profitera pour avancer ses pions et obtenir divers avantages, comme l’avait fait le prolétariat Français grâce à la résistance lors de la deuxième guerre mondiale (acquis du CNR – Conseil National de la Résistance). »

 

  ****************

Dans notre réponse…

 

« …En effet, tu parles également d’« impérialisme espagnol », qui exploiterait la nation catalane… Un peu dans le rapport Allemagne nazie/France « gaulliste » résistante…

 

Mais précisément, ta comparaison avec le CNR ne tient pas… »

 

« …Il est clair (en 1945) que, outre la capitulation des maquis, cette reconstitution (de l’Empire colonial français), avec son cortège de misères et d’assassinats, était le prix à payer pour les « avantages sociaux » concédés par la bourgeoisie française à la bureaucratie collabo-révisionniste montante du PCF (Thorez-Duclos-Frachon et Cie…).

 

Non seulement ils en étaient le prix, mais ils en étaient d’abord la base économique sans laquelle ces « concessions » eussent été impossibles… »

****************

Le plaidoyer pro « indépendance » du camarade et notre réponse, ainsi que deux articles republiés concernant les ravages du social-chauvinisme en France, c’est sur TML:

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/10/14/sur-la-catalogne-un-nouvel-echange-avec-le-camarade-do-du-site-vlr-mai-68/

***************************

 

 

 

Commentaires déjà parus sur SOLYDAIRINFO… !

https://solydairinfo.wordpress.com/2017/10/11/catalogne-espagne-jaune-et-rouge-ou-bien-rouge-ou-jaune/#comments

 

 

*************************

Viriato

12 octobre 2017 à 7 h 13 min 

Pour compléter le tableau,voici la déclaration de Socialist Fight, groupe orthodoxe trotskiste. Bien sur elle ne sera pas publié en « grand » mais elle est largement plus correcte, trotskisme à part, que les autres.
Ils ne tombent dans aucun des travers pointés par la rédaction même s’ils tendent à farcir les excellents analyses de polémiques britannico-britanniques entre leurs tendances plus ou moins trotskistes. Je suis d’accord avec le fond idéologique de l’article et même avec beaucoup des choses des PCRF.
Le morcellement de l’Europe n’aide pas la lutte des travailleurs européens.

Ma « traduction ».

« Le référendum de la Catalogne et l’État espagnol.
Les droits des nations à l’autodétermination.
06/10/2017 par Socialist Fight

 

Quelle est la position marxiste sur le référendum catalan le 1er octobre 2017 ?

La violence policière en Catalogne le 1er octobre et l’impasse politique entre Madrid et Barcelone ouvrent une situation très dangereuse en Espagne. Le taux de OUI de 90% déclaré avec une participation de 43% de la population malgré une intervention massive de la Guardia Civil signifie que la crise va maintenant s’accroître. La vue de la police entraînant les femmes par les cheveux, les 800 blessés, 2 dans un état sérieux, enflammeront les émotions séparatistes. Nous condamnons tout à fait cette brutale violence d’état, qui peut conduire à une guerre civile si la crise s’aggrave. Les positions intransigeantes du premier ministre espagnol Mariano Rajoy et du roi Felipe IV et du président catalan Carles Puigdemont, qui a déclaré qu’il est sur le point de faire une déclaration unilatérale d’indépendance, ont une logique mortelle.

La Catalogne, Madrid, le Pays Basque et les Baléares sont les régions les plus prospères d’Espagne. La Catalogne ne représente que 6% du territoire du pays et 16% de sa population, mais elle représente un cinquième de la production économique, un quart des exportations et plus de la moitié des nouveaux investissements en 2016. Mesuré en PIB par habitant, la Catalogne se compare favorablement aux régions les plus prospères d’Europe continentale, comme Rhône-Alpes en France, la Lombardie en Italie et le Bade-Wurtemberg dans le sud-ouest de l’Allemagne.

Il serait économiquement et politiquement désastreux pour la classe ouvrière espagnole si la Catalogne et / ou la totalité ou l’une des autres régions se séparaient totalement. Comme anecdote, l’histoire de la confrontation entre une femme catalane et une andalouse qui travaillent pour la British First Great Western Train résume la situation. La catalane a déclaré son droit de se séparer du reste d’Espagne. L’autre femme espagnole a déclaré : « vous voulez retirer les ordinateurs de l’école de mes enfants ». Il n’y a aucune preuve d’un soutien du reste de l’Espagne pour la séparation de la Catalogne, en dehors des petits mouvements séparatistes ailleurs.

Produit Interne Brut Régional
Les autonomies espagnoles par produit régional brut (nominal) en dollars de 2010. [5]

# Communauté autonome Int $ (MM, 2010) Pays comparable
1 Catalogne 262,388 Afrique du Sud
2 Communauté de Madrid 252 407 Grèce
3 Andalousie 189 978 République tchèque
4 Communauté valencienne 135 310 Ukraine
5 Pays Basque 88 692 Slovaquie
6 Castille et León 75 937 Syrie
7 Galice 73,752 Syrie
8 Îles Canaries 54,737 Biélorussie
9 Castille-La Manche 47 611 Bulgarie
10 Aragon 43 294 Tunisie
11 Région de Murcie 36 225 Lituanie
2 Îles Baleares 35 304 Costa Rica
13 Asturias 30,645 Ghana
14 Navarre 24 654 Lettonie
15 Estrémadure 24 130 Lettonie
16 Cantabrie 18 000 Paraguay
17 La Rioja 10 432 Brunei
18 Ceuta 2,194 Lesotho
19 Melilla 2,037 Sierra Leone
Total: Espagne 1 408 711 Canada

Conséquences économiques

En tant que république indépendante, la Catalogne serait confrontée à de grands problèmes.

En 1931, Trotski posa la question de cette façon:

« Qu’est-ce que signifie le programme de séparatisme (pour la Catalogne) ? – le démembrement économique et politique de l’Espagne, ou en d’autres termes, la transformation de la péninsule ibérique en une sorte de péninsule balkanique, avec des états indépendants divisés par des barrières douanières et des armées indépendantes menant des guerres hispaniques indépendantes « . [1]
Le 25 septembre, El País, qui représente les perspectives politiques de la social-démocratie, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), a analysé le pari catalan pour l’indépendance. Parmi les nombreuses choses qu’ils proclament comme es mythes, il y a « l’Espagne nous dépouille », ou « nous serons plus riches par nous-mêmes », et «nous ne quitterons pas l’UE».

« En réalité, il y a un certain consensus selon lequel la Catalogne contribue en fonction de sa propre capacité et de sa richesse … Les budgets officiels du gouvernement pour 2014 ont indiqué que la Catalogne n’était pas le principal contributeur net (déficit budgétaire de 9,892 milliards d’euros, 5,02% du PIB), mais le second, après Madrid (19,205 milliards d’euros, soit 9,8% de son PIB). Bien que ces déséquilibres n’éloignent pas la croissance des territoires les plus prospères, leur plus grande contribution nette découle du principe de l’imposition progressive (plus de richesse, taxes plus élevées), comme c’est le cas pour les individus.
De plus, le déficit budgétaire compense son excédent commercial (l’occupation industrielle des régions moins développées): c’est le cas dans l’UE entre le nord et le sud. Lorsque les « contributeurs nets [européens] se sont rebellés et ont exigé de payer moins dans le budget commun, les autorités catalanes ne se sont pas alignées avec eux. C’est la même chose !
En tant que tel, les publicistes du sécessionnisme font valoir que, une fois indépendante, la Catalogne serait beaucoup plus riche qu’elle ne l’est aujourd’hui. Il verrait son PIB augmenter et ses niveaux d’emploi augmenteraient, ce qui améliorerait ses niveaux d’endettement, ses retraites et ses services sociaux. Mais un scénario sombre émerge de cette position. Le ministère de l’économie garantit que la sécession réduirait le PIB de 25% à 30%, ce qui peut coûter jusqu’à 63 milliards d’euros. Une étude distincte du ministère des Affaires étrangères met l’impacte négatif sur la Catalogne à près de 37 milliards d’euros, soit près de 19% de son PIB (Conséquences d’une indépendance hypothétique pour la Catalogne, 17/2/2014).

Le précédent de la partition de la Tchécoslovaquie (1993) interdit de minimiser le ralentissement commercial des ruptures (même si elles sont d’un mutuel accord, comme c’était le cas). Depuis lors à 2011, les exportations tchèques vers la Slovaquie sont passées de 22% à 9%, et les importations de 42% à 15% (La fábrica de España, EL PAÍS, 22/11/2012). Et la séparation de la Slovénie a vu ses exportations totales diminuer de 23,5% en 1992 soit 5,5% de son PIB, selon une étude de la Chambre de commerce de Barcelone (El sector empresarial a Catalunya i Espanya, 5/6/2014). [2]

La nouvelle république espère rejoindre l’UE et la zone euro dès le premier jour, ou au moins prétend qu’elle peut et le sera, même sachant que ce sera bien différent. Les banques et les principaux politiciens de l’UE ont clairement souligné que cela n’arrivera pas, notamment parce qu’ils n’ont pas l’intention d’alimenter les mouvements séparatistes dans leur propre pays. Sans parler de la perte intellectuelle et politique, qu’amène l’idéologie isolationniste, cela va alimenter la montée inévitable de la droite et de l’extrême droite dans ces circonstances.

Les conséquences politiques de la séparation

Il y a clairement des forces réactionnaires dans la politique montante en Catalogne en ce moment même. Les principales forces pro-séparation en Catalogne sont la coalition néolibérale de droite Junts pel Sí (Ensemble pour le ‘Oui »), dont les composantes principales sont le Partit Demòcrata Europeu Català (Parti démocratique européen catalan, PDeCAT) et Esquerra Republicana de Catalunya ( Gauche républicaine de Catalogne, ERC) qui a eu 62 sièges du parlement des 135 places aux élections de 2015. Ils ont formé une coalition avec la candidature faussement de gauche de l’Unité Populaire ( en catalan: Candidatura d’Unitat Popular, CUP), qui a gagné 10 sièges. Les négociations ont abouti au remplacement du président Artur Mas partisan de l’austérité avec Carles Puigdemont, un presque inconnu…qui a ensuite imposé deux autres budgets d’austérité en 2016 et 2017 avec le soutien de la CUP de gauche. Il fut reconnaissant pour cette défense de son flanc gauche par la CUP et ils ont tous deux cherché à couvrir les attaques contre la classe ouvrière et les pauvres en proclamant que « aucun politicien ou tribunal à Madrid ne pouvait arrêter le référendum » prévu pour le 1er octobre 2017.

Trotsky pose la question ainsi en 1931:

« Les travailleurs et les paysans des différents parts d’Espagne sont-ils intéressés par le démembrement économique de l’Espagne? Pas du tout. C’est pourquoi identifier la lutte décisive pour le droit à l’autodétermination avec la propagande pour le séparatisme signifie accomplir une tâche mortelle (se tirer une balle dans le pieds). Notre programme s’adresse à une fédération hispanique avec le maintien indispensable de son unité économique. Nous n’avons aucune intention d’imposer ce programme aux nationalités opprimées d’Espagne avec l’aide des armes de la bourgeoisie. Dans ce sens, nous sommes sincèrement pour le droit à l’autodétermination. Si la Catalogne se sépare, la minorité communiste de Catalogne, ainsi que d’Espagne, devront lutter pour la fédération « [3].
Esquerra Revolucionària, la section espagnole du Comité pour une Internationale des Travailleurs (CWI), a soutenu fermement l’indépendance de la Catalogne, défendant ainsi le flanc gauche de la CUP. Il se plaint vivement que les partis organisés en Espagne s’opposent à la séparation. De manière correcte, ils se plaignent de l’imposition bureaucratique de Madrid et des arrestations et manifestations de force par lesquelles le parti populaire du gouvernement (Partido Popular, PP) dirigé par Mariano Rajoy traite la situation.

Mais il note que le PSOE et Podemos s’opposent également à la séparation. En outre, ils soulignent que les affiliés régionaux de ces partis soutiennent la séparation ou au moins beaucoup plus d’autonomie que leurs partis nationaux ; « Parler d’imposition, de coup à la démocratie et des choses comme ça, suffit à montrer jusqu’à quel point vous pouvez aller lorsque vous abandonnez une perspective anticapitaliste axée sur les classes dans la question nationale », disent-ils. Le fait que «la gauche» ne mène pas ce mouvement de masse est la raison pour laquelle il n’est pas devenu «une rébellion sociale pour vaincre l’État, le PP et ses politiques capitalistes»:

« La seule chose qui a empêché (jusqu’à présent) d’énormes troubles sociaux qui existent en Catalogne faisant partie d’une rébellion sociale pour vaincre l’Etat, le PP et ses politiques capitalistes, c’est que la gauche a refusé de se mettre à la tête de ce grand mouvement de masse avec un programme qui unit la lutte pour l’autodétermination avec les exigences économiques et sociales nécessaires à la majorité de la classe ouvrière, de la jeunesse et des couches intermédiaires. Le fait que le leadership formel de cette lutte contre l’État et le gouvernement du PP a été remis à PDeCAT a permis à ces politiciens bourgeois réactionnaires d’apparaître comme des martyrs de la « démocratie » et cela leur a permis de maintenir des divisions parmi la classe ouvrière.
La direction du « processus » de la PDECAT, telle que défendue par les dirigeants de CUP et ERC, n’assiste pas à la lutte mais la retient. Même du point de vue de la défense des droits nationaux, les dirigeants du PDECAT ont recherché toutes les excuses possibles pour reporter le référendum ou non pour le convoquer. En fin de compte, c’était la pression du mouvement et la perspective qu’ils perdaient massivement les élections qui les amenèrent à fixer une date pour le référendum (avec de nombreuses divisions internes). »[4]

Ainsi, les forces de droite manqueraient à leur devoir de diriger la lutte pour la libération nationale, que seule la classe ouvrière peut faire cela et dont l’objectif est «une république socialiste catalane qui arrête les mesures d’austérité». Et qu’en est-il du reste de l’Espagne ?

« Une république socialiste catalane produirait un soutien accablant parmi les travailleurs du reste de l’Etat espagnol (qui ont le même ennemi, la bourgeoisie et subissent les mêmes attaques et coupures) et dans tous les autres pays d’Europe, ouvrant un chemin puissant pour la transformation sociale et la libération de tous les peuples opprimés « .
Nulle part ne nous est dit que la Catalogne est la province la plus riche d’Espagne, que derrière cette mobilisation de masse se trouve la notion très arriérée ; « Pourquoi devrions-nous subventionner le reste de l’Espagne pauvre comme l’Extremadura et La Mancha ? »

Mais la répression pourrait faire l’affaire : « Mais même cela pourrait changer si le PP opte pour la répression massive : la quantité peut être transformée en qualité et provoquer une rébellion sociale qui va au-delà du cadre de la question nationale ». Nous suggérons fortement qu’un leadership politique est nécessaire dans cette crise constitutionnelle pour s’opposer politiquement aux illusions des masses sur les bénéfices de la séparation et les transformer en solidarité consciente de classe avec les régions les plus pauvres et les plus opprimées d’Espagne, d’Europe et du monde. La proximité politique de la CWI au PCB / Morning Star en Grande-Bretagne au sujet de la crise du Brexit, leur adoption d’une version gauche du « British Road to Socialism », écrite par Staline lui-même en 1951, les conduit à proposer une république catalane indépendante, « Cela doit se faire autour d’un programme qui relie inséparablement, comme les deux côtés d’une même pièce, la lutte pour l’autodétermination et la lutte contre le capitalisme. Il est impossible de réaliser une véritable libération sociale et nationale de la Catalogne aux mains de la bourgeoisie catalane. Même si l’indépendance était atteinte, une république capitaliste catalane signifierait que les coupures et les attaques contre la classe ouvrière se poursuivraient « .

Voilà ! le socialisme serait possible dans une seule province. Pas d’internationalisme ou de socialisme pour le reste de l’Espagne ou le monde, seulement en Catalogne toute seule !

Cela ne résout pas la question de savoir comment gérer la situation actuelle. Bien sûr, aucun soutien à l’oppression de Madrid et à la répression physique du scrutin. Ils sont une nation avec droit à l’autodétermination. Nous devrions prendre l’idée de Trotski de lutter pour une fédération socialiste espagnole ou ibérique. Mais l’approche de la CWI seulement renforcera la prise en main de la classe capitaliste à Madrid et à Barcelone au cours de ce mouvement.

Et regardez comment ils se posent en super révolutionnaires, ils préconisent même une version d’un programme de révolution permanente trotskyste pour la seule Catalogne en associant la question sociale à la question nationale, en ignorant que c’est un mouvement de masse pour des privilèges. Mais quand il s’agit de défier les nations capitalistes impérialistes dominantes en Irlande, en Palestine, dans les Malvinas, en Libye, en Syrie, en Ukraine, etc., c’est-à-dire lorsque les nations opprimées ou semi-coloniales les affrontent, les CWI utilisent toutes sortes d’arguments faussement ouvriéristes pour refuser aux opprimés le soutien inconditionnel mais essentiel que le marxisme exige dans ces circonstances.

( J’ai coupé une longue tirade trotskiste qui a peu de rapport avec la question et qui développe des arguments historiques classiques du trotskisme. Pour ceux qui voudraient les lire, voici le lien https://socialistfight.com/2017/10/06/the-rights-of-nations-to-self-determination-catalonias-referendum-and-the-spanish-state/ )

La classe ouvrière espagnole aujourd’hui

Josep María Antentas accumule confusion sur confusion dans son analyse. Il cherche à prouver que, juste parce que la classe ouvrière en Catalogne ne fait pas partie de ce mouvement d’indépendance (nous supposons qu’il veut dire comme force organisée), il ne comprend pas où résident les vrais intérêts de la classe et simplement parce que la droite nationaliste catalane, Convergència Democràtica de Catalunya (CDC), qui en 2016 est devenue la Partit Demòcrata Europeu Català (PDECAT), est pour l’indépendance, elle ne représente pas ses propres intérêts de classe parce que le «grand capital» et la «haute bourgeoisie» (nous présumons en Catalogne) s’opposent à l’indépendance. Quelques extraits de ces méandres confus démontreront où il essaie d’aller avec cet argument :

« Le mouvement de l’indépendance traverse les lignes de classe et de génération, mais les classes moyennes et les jeunes dominent. La haute bourgeoisie s’est opposée au processus d’indépendance dès le début et tentait constamment à le dérailler depuis les coulisses. La classe ouvrière traditionnelle – historiquement, les immigrants qui sont venus à Catalogne du sud de l’Espagne dans les années soixante-années – ont été moins impliqués. »
Donc, même si une grande partie de cette classe ouvrière est venue en Catalogne dans les années 60, nous pouvons logiquement supposer qu’ils ont des familles en Andalousie et en Estrémadure, etc. et ne peuvent donc pas être attirés par des demandes que la riche province catalane arrête de subventionner leurs familles et leurs proches restés à la maison. Mais Antentas a une autre explication qui n’admet pas au contenu de droite des demandes d’indépendance d’exiger de garder leur richesse pour eux-mêmes et dit qu’ils « ne considèrent pas un état indépendant comme un horizon futur », vraisemblablement parce qu’ils ne sont pas aussi éclairés que lui-même :

« Nous pouvons expliquer l’absence de la classe ouvrière traditionnelle par deux phénomènes différents mais apparentés : le manque d’identification de cette classe avec la question nationale catalane et la décomposition du mouvement ouvrier. Les travailleurs en Catalogne restent divisés sur l’indépendance et une partie importante d’entre eux ne considèrent pas un état indépendant comme une perspective à futur. »

Et maintenant, nous venons à peu près aux représentants politiques de la « haute bourgeoisie » agissant contre les intérêts de la « haute bourgeoisie » dans un passage comique:

« Un paradoxe du mouvement d’indépendance est que la force politique dominante depuis son départ a été la droite nationaliste catalane, Convergència Democràtica de Catalunya (CDC), historiquement le parti qui représente le grand capital malgré leur opposition à l’indépendance »
Il n’a pas besoin de prouver l’opposition de la « haute bourgeoisie » à la séparation car, vraisemblablement, tout le monde en Espagne le donne pour un fait. Mais les choses étaient meilleures dans les années 60 et 70, il nous dit, parce qu’ils ont tous combattu Franco en reliant les revendications nationales catalanes aux droits du travail sous le Parti communiste unifié socialiste de Catalogne (PSUC), qui semblait même être « convaincu avec succès les travailleurs d’origine espagnol d’accepter les exigences nationales (catalanes ?). Ou peut-être qu’ils voulaient se débarrasser du fascisme et personne ne suggérait que la Catalogne cesserait de subventionner les régions les plus pauvres si le fascisme partait et elle devenait indépendante.

Ainsi, le scénario « réactionnaire réticent » est fixé : « Lorsque le mouvement de l’indépendance a éclaté, le président Artur Mas n’a eu d’autre choix que de le diriger », dit-il. Bien loin des gauchistes suggérer que Mas utilisait les revendications d’indépendance d’apparence radicales pour imposer l’austérité à la classe ouvrière et détourner leur colère. Et dommage pour notre bon professeur, cette tactique ne fonctionne pas vraiment et les travailleurs ne se sont pas trompés, mais il fait de son mieux pour nous du côté progressiste des nationalistes de droite parce qu’ils n’attaquent que la classe ouvrière et les pauvres « car ils n’ont aucune autre option « .

Alors « Depuis lors, les pouvoirs financiers et commerciaux se sont politiquement largement éloignés (par eux-mêmes ?) des CDC, qui cependant continue de représenter leurs intérêts de classe ». S’ils se sont éloignés politiquement de leur propre parti politique, ils doivent trouver un autre, on pourrait penser. Oui, cela s’est produit : « Au cours des cinq années où ils ont été au gouvernement, les nationalistes de droite ont connu un déclin sérieux en faveur du centre pro-indépendance laissé autour d’Esquerra Republicana de Catalunya (ERC). Cela les oblige à relancer CDC en tant que nouveau parti en 2016 sous le nom de Partit Demòcrata Europeu Català (PDECAT) « . Ainsi, l’austérité provoque que les partis politiques deviennent impopulaires et ils doivent alors trouver la couverture de la gauche. Et c’est un long processus avec chaque flanc gauche successif protégé par d’autres partis de gauche, apparemment plus radicaux. C’est ce qui s’est passé en Catalogne en 1936, chaque flanc gauche étant protégé par des gauchistes plus radicaux jusqu’à ce que nous arrivions aux « révolutionnaires » du POUM et de la FAI dans le gouvernement du Front populaire de 1936.
Mais il y a encore des mouvements anti-austérités dans toute l’Espagne, le Mouvement 15-M (Movimiento 15-M), le Mouvement Indignados et Prenez les Places qui a débuté avec les manifestations du 15 mai 2011. Alors, comment ces mouvements de la classe moyenne et pourtant militants se rapportent-ils au mouvement d’indépendance en Catalogne, qui est si évidemment pro-austérité? Bien, notre bon professeur nous dit que :

« En Catalogne, l’inconfort (sic) avec les politiques d’austérité et la collusion entre les élites financières et politiques a été exprimé en premier dans le mouvement des 15M. Mais, bien qu’il ne soit pas dirigé contre l’austérité, le mouvement d’indépendance a également pu bénéficier de ce mécontentement de la situation économique et a proposé une proposition concrète – indépendance de l’Espagne – comme moyen de sortir de la situation actuelle « .

CQFD; nous pouvons contrecarrer par, «une proposition concrète – indépendance de l’Espagne» en tant qu’une «issue de la situation actuelle», c’est-à-dire continuer avec une austérité sans fin et vous pouvez vous en sortir parce que vous faites quelque chose de «concret» est certainement mieux que l’abstraction et la futilité d’exiger que l’Etat cesse d’imposer l’austérité. Encore une fois, aucun indice n’indique que les nationalistes de droite pourraient faire avancer le « concret » pour détourner la colère du capitalisme lui-même.

Mais en ce qui concerne les conclusions, nous voyons que Antentas a une perspective très réformiste et inutile pour l’avenir :

« Les courants de gauche fédéralistes espagnols (et catalans) et les mouvements d’indépendance en Catalogne, Pays Basque et Galice doivent articuler une stratégie commune qui résiste au régime de 1978 et aux puissances économiques. Cela nécessite une dialectique centrale et périphérique complexe qui ne considère pas les questions de l’arène politique espagnole ni se verrouille dans une perspective de combattre uniquement de la périphérie. Cette question stratégique cruciale ne semble pas intéresser soit Podemos (en dehors de son courant de gauche Anticapitalista) et IU, soit le CUP et le mouvement indépendant principal « .
Donc, il y a simplement un problème avec la façon dont le « régime de 1978 » a été fondé et les « puissances économiques – qui-existent » (le système capitaliste peut-être ?) qui peut être résolu en raison de la bonne volonté de tous les côtés par un « centre-dialectique de la périphérie qui ne voit pas les questions seulement depuis l’arène politique espagnole ni se verrouille dans une perspective de se battre uniquement par la périphérie.  » Bonne chance avec ça. Qu’un courant politique pourrait réellement chercher à mettre en avant un programme de renversement du capitalisme en 2017, une perspective qui a été réalisée dans une partie de la Catalogne en 1936, c’est apparemment impensable. [6] Que cette opportunité politique de répéter la grande révolution de 1917 en Russie a été perdue par l’opportunisme politique des dirigeants du POUM et de la FAI et écrasée par l’alliance entre le bourgeois catalane et le stalinisme contre-révolutionnaire n’entre jamais dans la tête de notre bon professeur.

Mais il finit par un florilège :

« La majeure partie de l’opposition ne reconnaît pas la légitimité du référendum et appelle à un boycott. Podem (la section catalane de Podemos, qui est beaucoup plus douce sur le séparatisme que son corps parent) est la principale exception : son secrétaire général défend le vote mais fait campagne contre l’indépendance (correctement, disons-nous) « .
Mais le bon professeur doit avoir son front populaire avec ses aspirations vagues pour « un meilleur cadre politique et social » qui exclut la révolution socialiste :

« Cependant, défendre un » oui « est le meilleur choix stratégique, même pour ceux qui veulent une coexistence fédérale volontaire entre les peuples catalans et espagnol. Ceux qui sont en faveur de cet horizon fédéral devraient reconnaître qu’il ne peut être construit que sur la base de la souveraineté catalane. Le résultat est loin d’être garanti, mais ce « oui » stratégique pourrait porter un coup majeur au régime de 1978 et libérer le potentiel démocratique de la Catalogne pour créer un meilleur cadre politique et social. C’est précisément le défi stratégique pour l’avenir.  »
Le professeur a commencé son article d’un ton très radical :

« Les partisans de gauche ont complété cette focalisation sur la nation et l’état avec une perspective par étapes qui appelle l’indépendance d’abord et à réformer les politiques économiques et sociales plus tard. Mais cette approche ignore le fait que quiconque contrôle le processus de transition détermine ce qui se passe plus tard. Les concessions et les démobilisations d’aujourd’hui ne peuvent être récupérées demain « .
Cela nous a amené à penser qu’il était sur le point de livrer un excellent document révolutionnaire et son analyse de la constitution simulée de 1978 qui a mis fin à la dictature franquiste l’amènerait à demander le renversement du capitalisme. Mais tout ce qu’il veut, c’est un meilleur cadre (un mot qu’il utilise six fois) pour administrer le capitalisme.

Reconnaître le droit à l’autodétermination mais s’opposer politiquement à son exercice

Reconnaitre le droit à l’autodétermination et que ce sont des pays historiques ne nous oblige pas à plaider en faveur d’une séparation complète. Nous devrions défendre la Fédération Hispano-Socialiste (y compris le Portugal). La séparation totale laisserait ces nations en tant que pions d’autres puissances impérialistes (les nationalistes de droite du Pays Basque et de la Catalogne s’en moquent) et tendraient à affaiblir la solidarité de classe avec les travailleurs en Castille, en Andalousie, en Galice, etc. d’autre part, ne pas reconnaître le droit à l’autodétermination, apparaitrait aux travailleurs comme un soutien de l’appareil central répressif de l’État central réactionnaire de Madrid contre eux.

Le pays basque du nord de l’Espagne et le sud de la France ont une revendication plus forte de séparatisme, ou au moins beaucoup plus d’autonomie, compte tenu de l’histoire de la répression sévère sous la dictature de Franco et des luttes persistantes de son mouvement de libération, de l’ETA et du nombre de prisonniers politiques tenus en Espagne et en France.

Dans ce sens, c’est plus comme l’Irlande que l’Écosse ou la Catalogne. Mais ce n’est pas une nation économiquement opprimée comme l’Irlande et maintenant il est évident avec le début de la récession et l’austérité, de payer les dettes des banquiers étrangers et autochtones. Les deux demandes de séparation ont donc le ton d’une rébellion contre le subventionnement des régions plus pauvres et les plus opprimées d’Espagne et le maintien de leur richesse pour eux-mêmes. Il s’agit d’un jeu conjoint, en réalité, les classes dirigeantes en Catalogne et dans le Pays Basque souhaitent s’allier avec les États-Unis et d’autres impérialistes européens pour mieux exploiter leur propre classe ouvrière et leurs pauvres. Et des motifs de profit similaires régissent le désir d’indépendance de la bourgeoisie écossaise et galloise, quelles que soient les illusions que les pauvres et les travailleurs ont dans ces mouvements.

Histoire d’une crise constitutionnelle

La crise constitutionnelle qui s’est développée maintenant lors du référendum catalan du 1er octobre a une longue histoire. Outre l’histoire ancienne, à partir du Statut de 1919, la seconde République espagnole de 1931 a abouti au Statut de 1932 que Franco a renversé après la défaite de la République en 1939. Avec la mort de Franco en 1976, une nouvelle constitution espagnole a été proclamée en 1978 où la Catalogne, le Pays Basque et la Galice sont devenues des nationalités autonomes. L’autonomie catalane a été reconnue dans le Statut d’Autonomie de Catalogne en 1979.

Dans le Statut d’Autonomie en 2006, la Catalogne a obtenu de plus grandes puissances régionales, mais la Haute Cour de Justice espagnole a statué que certains des articles étaient inconstitutionnels. En signe de protestation, quelque 550 référendums locaux symboliques exigeant une indépendance totale se sont déroulés entre 2009 et 2011, ce qui a donné de gros « oui » lors de votes mais avec peu de participation : près de 30%. Rapport de Wikipédia : « Le mouvement populaire nourrit les politiciens ; une deuxième manifestation de masse le 11 septembre 2012 (la fête nationale de Catalogne) a explicitement demandé au gouvernement catalan de commencer le processus vers l’indépendance. Le président catalan Artur Mas a appelé une élection générale, qui a abouti à la majorité pour l’indépendance pour la première fois dans l’histoire de la région. Le nouveau parlement a adopté la Déclaration de Souveraineté de Catalogne début 2013, affirmant que le peuple catalan avait le droit de décider de son avenir politique « [7].

Le référendum de 2014 avait deux questions : « voulez-vous que la Catalogne devienne un État ?» Et (si oui) « Voulez-vous que cet État soit indépendant ? » La Cour constitutionnelle espagnole a déclaré le référendum inconstitutionnel, mais il a été réalisé en tant que « consultation » ; obtenant un vote de 81% pour « oui-oui », mais à un taux de participation de seulement 35%.
Artur Mas, président de la Generalitat (parlement catalan), a ensuite appelé une élection pour septembre 2015, qui, selon lui, serait un plébiscite sur l’indépendance. Les partis indépendantistes sont restés à la limite de la majorité des voix lors des élections de septembre, bien qu’ils aient gagné la majorité des sièges. Le nouveau parlement a adopté une résolution déclarant le début du processus d’indépendance en novembre 2015 et l’année suivante, le nouveau président Carles Puigdemont a annoncé un référendum contraignant sur l’indépendance, qui se tiendra le 1er octobre 2017.

La crise prend son essor

Le gouvernement espagnol continue de s’opposer à tout mouvement vers l’indépendance catalane. Mais peut-être que leur police pourrait arrêter le mouvement. En mars 2017, Madrid a imposé une amende à Artur Mas et l’a empêché d’occuper son poste pendant deux ans après qu’un tribunal l’a jugé coupable d’avoir organisé le référendum de l’indépendance de 2014 et a intensifié la répression depuis.

La force de police nationale ; la Guardia Civil, a confisqué des millions de bulletins de vote et d’autres documents électoraux et a arrêté de nombreux fonctionnaires par mandat d’un juge à la mi-septembre. Et des navires contenant des renforts de police furent amarrés dans les ports catalans. Le Premier ministre Mariano Rajoy a menacé d’utiliser l’article 155 de la Constitution ; ce qui permet à Madrid de suspendre la Constitution dans les communautés autonomes. Madrid dit qu’elle, « peut adopter les mesures nécessaires pour obliger [ les régions] à se conformer à ses devoirs par la force ou à protéger l’intérêt général susmentionné ».

Gagnant ou perdant, les séparatistes pourraient encore prendre la rue, a averti Francesc de Carreras, un avocat constitutionnel qui a aidé à lancer Ciudadanos, un parti fermement opposé à l’indépendance. « Nous devrions au moins être prêts pour une version catalane de Maidan », at-il dit, se référant à la place de Kiev qui est devenu le centre de la révolution ukrainienne en février 2014. « Cela pourrait créer une situation encore plus imprévisible et tendue,  » a-t-il dit. « Mais le droit de protester doit également être respecté dans une démocratie » [8].

Et là, vous avez l’essence droitière du mouvement, comme dans Maidan, où quelques gauchistes stupides ont été balayés par ce mouvement en février 2014, comme quand ils étaient pour la « révolution » contre Morsi en Egypte un an plus tôt. Lorsque tous ces mouvements de masse de droite ont si horriblement révélé leur essence et les résultats qu’ils ont produit, nos « marxistes » étaient totalement incapables de l’expliquer et refusaient d’examiner leurs propres erreurs.

Remarques
[1] Leon Trotsky, (juillet 1931), la question nationale en Catalogne,

https://www.marxists.org/archive/trotsky/1931/07/spain01.htm

[2] El País, Mythes et mensonges du mouvement d’indépendance catalan, https://elpais.com/elpais/2017/09/25/inenglish/1506339116_980655.html

[3] Leon Trotsky, (juillet 1931), la Question nationale en Catalogne.

[4] Parti socialiste écossais, 18 septembre 2017, Catalogne: la répression de l’État espagnol à l’approche de l’indépendance référendaire, Déclaration de Esquerra Revolucionària (révolutionnaire de gauche), http://socialistpartyscotland.org.uk/2017/09/18/catalonia-spanish- l’état-répression-augmente-indépendance-référendum /

[5] Josep María Antentas, The Jacobin Magazine, 2 octobre 2017, Décision de Catalogne, https://jacobinmag.com/2017/09/catalonia-independence-referendum-spain-podemos

[6] Voir Wikipedia, Catalogne révolutionnaire pour un compte de ces événements, https://en.wikipedia.org/wiki/Revolutionary_Catalonia. L’hommage de George Orwell à la Catalogne raconte l’histoire du point de vue d’un libéral anglais et de la révolution et de la révolution en Espagne par Felix Morrow donne le compte trotskyste, https://www.marxists.org/archive/morrow-felix/1938/revolution- Espagne/

[7] Wikipedia, indépendance catalane, https://en.wikipedia.org/wiki/Catalan_independence

[8] Raphael Minder, 8 septembre 2017, New York Times, la demande d’indépendance de Catalogne pousse l’Espagne vers la crise »

J’aime

Réponse

tribunemlreypa

12 octobre 2017 à 10 h 19 min 

Bonjour, camarade !

Je me suis permis de corriger le résultat qui indiquait 90% de participation, alors qu’il s’agit du taux (supposé…) des OUI… !

Pour le reste, Trotsky faisait donc, pour une fois, une analyse correcte des données de départ du problème catalan….

L ‘article original, sur Socialist Fight mélange donc des considérations fondamentalement judicieuses avec celles d’une « relecture » trotskyste assez classique, par ailleurs, de la tragique Guerre d’Espagne.

Voici le lien vers l’original :

https://socialistfight.com/2017/10/06/the-rights-of-nations-to-self-determination-catalonias-referendum-and-the-spanish-state/

Par ailleurs, « les PCRF », comme tu dis, ne font que suivre les méandres du PCPE, dans cette affaire… Ils n’ont pas vraiment d’analyse qui leur soit propre, vu qu’ils n’en perçoivent déjà pas les contradictions !

Ils cherchent seulement à se justifier de leur « amitié » avec ce PCPE, réelle ou supposée (PRCF >> <<PCRF), pour rajouter une plume au chapeau de leur social-chauvinisme…

Une plume qui, en fait, se balade au gré des courants d’air catalans…

Je ne vois pas vraiment l’intérêt…

En fait, en France, si ce n’était le battage médiatique, le sujet ne semble pas du tout intéresser le public, même à l’ »extrême-gauche »…

C’est dire l’état du niveau de conscience dans lequel il nous faut tenter d’avancer, ou à tout le moins, de ne pas sombrer complètement.

Merci pour ton post,

Luniterre

Aimé par 1 personne

Réponse

Karl Martel

13 octobre 2017 à 14 h 12 min

A reblogué ceci sur Reconstruction communiste Québecet a ajouté:
TML présente une série de textes de différentes organisations de « gauche » portant sur la crise espagnole et le processus d’accession à l’indépendance de la Catalogne.

Aimé par 1 personne

Réponse

M.L.

13 octobre 2017 à 14 h 53 min

Vous trouverez ci-après un lien hypertexte qui mène à une anlayse qui rejoint un peu la tienne sur la question nationale en Catalogne. https://reconstructioncommuniste.wordpress.com/2017/10/13/sur-la-situation-en-catalogne/

Extrait: « Que se passe-t-il en Catalogne ? Cette nation présente sur plusieurs territoires de culture catalane (Valence, Baléares, Andorre,…), située principalement dans l’Etat espagnol, et en partie dans l’Etat français, a une situation politique qui évolue rapidement : une crise politique sans précédent s’est déclarée. Le gouvernement de la Generalitat (l’organisation politique détenant les pouvoirs exécutifs et législatifs régionaux de cette « communauté autonome », intégré il y a plusieurs siècles dans l’Etat espagnol) a promis depuis 2015 d’avancer vers la voie de l’indépendance. Pour cela, la Generalitat a convoqué un référendum pour le 1er octobre 2017.

Le gouvernement espagnol conservateur de Mariano Rajoy (dirigeant du Partido Popular, représentant la droite issue du franquisme) semble prêt à utiliser tous les moyens à sa disposition pour empêcher la tenue du référendum, que la Cour constitutionnelle a jugé illégal. Il faut rappeler que la police a quand même mené des perquisitions au siège du gouvernement régional catalan et a saisi les 19 et 20 septembre près de 10 millions de bulletins de vote, que 14 hauts responsables du gouvernement régional ont été arrêtés et le 21 septembre, que la justice a cité à comparaître plus de 700 maires catalans, que des entreprises privées ayant contribué à la propagande indépendantiste ont été perquisitionnées, que la Cour constitutionnelle a annoncé infliger des amendes de 6000 à 12 000€ tous les jours à 24 organisateurs du référendum jusqu’à ce qu’ils se plient aux résolutions de la « Justice ». 60 sites faisant la promotion du référendum ont été fermés, la campagne électorale est illégale et donc le collage d’affiches pour l’indépendance se fait dans l’illégalité, et Madrid a mis sous tutelle les finances de la région pour empêcher les financement illégaux.

(…)

NDLR: ICI, NOUS NOUS PERMETTONS DE COUPER LA CITATION, DE TOUTE FAÇON INCOMPLÈTE, POUR LA REMPLACER PAR LA CONCLUSION DE L’ARTICLE CITÉ, AVEC LE LIEN VERS L’ARTICLE D’ORIGINE, CE QUI NOUS PERMET D’Y RÉPONDRE PLUS FRANCHEMENT…:

« Le nationalisme bourgeois de toute nation opprimée possède un contenu démocratique qui est dirigé contre l’oppression, c’est celui-là que nous soutenons. En revanche nous ne soutenons pas le contenu qui vise à renforcer le nationalisme et les privilèges de la bourgeoisie nationale et qui casse la conscience de classe du prolétariat en effaçant les distinctions de classes entre bourgeois, petits-bourgeois et prolétaires.

« Sous prétexte que ses demandes sont « pratiques », la bourgeoisie des nations opprimées va appeler le prolétariat à soutenir ses aspirations sans condition… Le prolétariat est opposé à une telle pratique. Tout en reconnaissant l’égalité des droits à un Etat national, il valorise surtout et avant tout l’alliance des prolétaires de tous les pays, et évalue toute demande nationale, toute séparation nationale, sous l’angle de la lutte de classe des travailleurs. Pour les travailleurs, la chose importante est de distinguer les principes des deux tendances. Dans la mesure où la bourgeoisie de la nation opprimée combat l’oppresseur, nous sommes toujours, dans tous les cas, et plus fortement que quiconque en sa faveur, car nous sommes les ennemis les plus constants et les plus fervents de l’oppression. Mais dans la mesure où la bourgeoisie de la nation opprimée est favorable à son propre nationalisme bourgeois nous somme contre. » (Lénine, cité par Ibrahim Kaypakkaya dans La Question Nationale en Turquie, 1971)

Nous soutenons donc le droit à l’autodétermination de la nation catalane. Et nous soutenons l’unité du prolétariat catalan et espagnol contre les intérêts de la bourgeoisie et des propriétaires. »

Source: http://www.pcmaoiste.org/communique/sur-la-situation-en-catalogne/

J’aime

Réponse

tribunemlreypa

13 octobre 2017 à 16 h 13 min 

En tenant compte de la citation de Lénine, d’une part, et des passages soulignés en gras par nous dans cette conclusion, ne vois tu pas la contradiction, camarade ?

C’est à dire la pirouette pseudo « théorique » pour pouvoir adhérer au consensus vaguement « de gauche », et en réalité, tout à fait social-chauvin que certains «ML », maoïstes,trotskystes (NPA), et autres supposés « gauchistes » s’empressent de tisser autour de ce mouvement tout à fait réac, sous le juste prétexte, par contre, de protester contre la répression ?

Protester contre la répression est une chose, être solidaire de cette pseudo « lutte de libération », une autre… ! En effet, où sont les critères qui définiraient une « oppression » de la nation catalane ? Nulle part ! Où sont les critères qui définissent l’oppression du prolétariat catalan et espagnol œuvrant pour la bourgeoisie « nationaliste » catalane ? Ils sont précisément d’abord dans la politique de cette bourgeoisie « nationale » catalane et de son embryon d’État, sa « Generalitat », et nulle part ailleurs !

C’est ce qui ressort de toutes les études économiques sur le sujet, et c’est pourquoi je n’ai pas jugé utile d’y revenir dans cette revue de presse, tant le fait paraît déjà évident, à travers les témoignages cités.

Il n’y a rien d’une « lutte de libération », là dedans, et contrairement également à ce que tente d’accréditer le groupuscule d’activistes catalans tout à fait « bobocratique » de la « CUP », en réalité une officine de collaboration de classe avec le nationalisme, entièrement pilotée par la petite bourgeoisie, tout comme notre « FI » ou notre « NPA » et autres « verts-rouges », en France !

Luniterre

J’aime

Réponse

tribunemlreypa

13 octobre 2017 à 19 h 30 min 

REÇU DE LA PART DU CAMARADE VIRIATO, CE MAIL EN RÉPONSE:

Ils sont rigolos les « M.L. », ils « déplacent » la Catalogne partout…ils auraient pu mettre la Sicile aussi et autre endroits de la Méditerranée, le Roussillon inclus.
Les Vêpres Siciliennes ont eu beaucoup de « catalanes », non?
Cette habitude des « gauchistes  » (qui passent à droite avec une facilité déconcertante) « d’appuyer » n’importe quel soulèvement réactionnaire ça fait un moment qu’elle ne fait plus rire.
En Yougoslavie ils étaient aussi pour la partition, suivant de près les plans impérialistes avec les citations de Lénine sur les nationalités et leur auto détermination à la bouche…En Libye pareil, en Ukraine de même, en Syrie kif-kif, partout soutenant-volens-nolens- les plans …de l’impérialisme US.
En Catalogne ils « avancent », ils soutiennent l’égoïsme forcené de la droite catalane qui ne veut pas donner un sou pour les autres espagnols tout en exploitant allègrement les travailleurs Andalous tout comme les capitalistes du Nord de l’Italie (la dite « Padana ») exploitent les prolétaires du Mezzogiorno. Et il faudrait appuyer « ça »?

Quand la Belgique sera partagée, l’Italie (la Padana doit être encore une « lutte d’indépendance nationale » …de droite, mussoliniene), l’Ukraine, et on peut continuer en direction du Moyen Âge, les imbéciles gauchistes vont tout confondre, tout mélanger, semer bêtise et confusion dans leurs « rangs » et finir comme toujours par se taire (car ils n’ont même pas le courage de reconnaitre leurs conneries) et la prochaine fois…se placer encore derrière l’impérialisme et les réactionnaires. Seule la lutte internationale des travailleurs sera entravée, dévié vers des « combats » nationalistes, chauvins, rétrogrades. Mais les tarés gauchistes continueront à débiter leurs âneries; les attends pour la République Démocratique de Corée, l’Iran.
Vaut-il la peine de polémiquer avec ces personnes?
Seulement pour exposer ce qui devrait être connu depuis des décennies.
V.

Réponse

Aujourd’hui, 15/10/2017, 10 commentaires de plus à lire sur…

https://solydairinfo.wordpress.com/2017/10/11/catalogne-espagne-jaune-et-rouge-ou-bien-rouge-ou-jaune/#comments

 

 

 

 

LYON MANIF 10 OCTOBRE ! (SUITE…)

 

 

 

 

12000

 

 

à Lyon

 

Pas de photo vraiment représentative de l’importance du cortège, sur Lyon,

Jean-Claude Mailly, bien que conspué par bon nombre, a en quelque sorte monopolisé le devant de la scène médiatique…

 

 

12000, c’est évidemment moins qu’à Paris (photo Afp ci-dessus), mais plus que la dernière lyonnaise, du 21/09, qui avait tout de même « résisté » à 10000, alors qu’un reflux de la rue se faisait sentir ailleurs!

 

 

Et ici, vu sur Tahiti-info… L’origine locale de la photo (Afp) n’est pas précisée…

Quoi qu’il en soit, le mouvement social concerne toute la société française, même aux îles… Bon courage, pour les camarades de là bas!

 

 

 

 

 

1917-2017 Octobre est là !! …Et si le bolchévisme était encore une idée neuve ?

NDLR: Cet article étant naturellement appelé à rester à la Une au moins pour toute la durée d’Octobre et Novembre, d’autres articles d’actu et études plus récentes se trouveront donc publiés à la suite…!!

.

.

.

1917-2017

.

.

.

.

Octobre

.

.

est là !!

.

.

.

Et si le bolchévisme

 

 

était encore

 

 

une idée neuve ?

.

.

.

.

.

 

Célébrer Octobre, ce n’est pas célébrer n’importe quelle révolution…

C’est célébrer la première alternative au capitalisme enfin réalisée et construite durablement, sur une période et une étendue suffisamment vaste, à l’échelle d’un continent, et largement influente au delà, pour avoir marqué profondément l’histoire de l’humanité.

La question est donc de savoir si l’on veut se contenter de célébrer les « 10 jours qui ébranlèrent le monde », comme un événement folklorique sur lequel on peut broder n’importe quelle légende de circonstance, au gré des obsessions politiciennes intéressées des uns ou des autres, ou bien si l’on considère que cette voie ouverte vers le socialisme, durant plusieurs décennies, est une première tentative humaine d’envergure et qu’il y a des leçons positives à en tirer pour tenter et réussir une nouvelle…

La Révolution d’Octobre s’est réclamée du Marxisme, dans un premier temps, puis du Marxisme-Léninisme, par la suite, assez logiquement, compte tenu à la fois du rôle décisif de Lénine et de son œuvre dans cette période historique, et évidemment, de sa disparition prématurée.

Pourtant, dans cette commémoration, il ne s’agit pas de dépoussiérer les vieux livres, mais au contraire, de chercher à comprendre de quelle façon et dans quelles conditions concrètes les théories ont été mises à l’épreuve de la pratique.

C’est un regard critique sur l’histoire, simplement nécessaire pour déterminer quels sont nos critères d’évaluation.

Ce sont ces critères d’évaluation qui donneront le sens et la portée politique de notre célébration militante éventuelle.

Le fait que le marxisme et le marxisme-léninisme aient été l’idéologie officielle de la Russie Soviétique et de l’URSS sur toute sa durée est un fait qui ne peut pas être considéré de manière univoque, si l’on considère que le « marxisme-léninisme » est encore formellement l’idéologie officielle de la seconde puissance boursière et financière mondiale actuelle, la Chine…

C’est Marx lui-même, dans l’exposé de sa méthode, qui nous invite à considérer qu’on ne peut pas essentiellement juger d’une époque par ce qu’en disent les protagonistes eux-même…

«   De même qu’on ne juge pas un individu sur l’idée qu’il se fait de lui, de même on ne peut juger une telle époque de bouleversement sur sa conscience de soi ; il faut, au contraire, expliquer cette conscience par les contradictions de la vie matérielle, par le conflit qui existe entre les forces productives sociales et les rapports de production. »

Karl Marx Préface à la Contribution à la critique de l’économie politique, 1859.

C’est donc là encore une occasion utile de rappeler ce qui est un élément essentiel de sa méthode dialectique, à savoir la prépondérance du rôle des infrastructures, de la base sociale et économique, sur celui des superstructures, des institutions politiques, des idéologies, surtout «officielles »…

D’un point de vue communiste marxiste-léniniste Il est clair que le sens d’Octobre ne change pas, que ce soit au 99ème anniversaire, au 101ème ou n’importe quand, du reste, mais le 100ème, c’est bien une occasion incontournable de débats, de médiatisations diverses, dont il reste possible de faire, à l’occasion, une arme politique.

Et une telle arme politique n’a évidemment de sens que dans le contexte présent…

Tenter de porter, en quelque sorte, la parole d’Octobre parmi les masses prolétariennes c’est se confronter à la fois à l’image que le système a réussi à forger de cet événement historique et de ses conséquences, et à la réalité actuelle de la crise à laquelle les prolétaires sont eux-mêmes directement et quotidiennement confrontés.

L’image que le système renvoie de l’URSS, c’est aussi l’image qu’il renvoie de la Révolution d’Octobre, l’une étant inséparable de l’autre. Il est donc vain de vouloir célébrer dignement le centenaire d’Octobre sans rendre sa dignité à l’histoire de l’URSS.

Selon l’image qu’ont réussi à en populariser les médias occidentaux et la culture officielle du système capitaliste, l’URSS et l’ensemble du monde communiste sont vus comme une vaste prison qui se serait effondrée comme un château de carte.

C’est donc cette image d’un échec irrémédiable et irréversible de la première tentative de construction du socialisme prolétarien que la bourgeoisie a besoin de forger pour sa propre survie, car plus d’un quart de siècle après cet effondrement, elle n’a toujours pas résolu sa propre crise et se trouve confrontée à la nécessité d’en faire supporter les conséquences au prolétariat et à l’ensemble des couches populaires.

Et plus elle a besoin de durcir les conditions de vie de la majeure partie du corps social, et du prolétariat en premier lieu, et plus elle a besoin de cette image dégradée du socialisme, de l’URSS, et de la Révolution d’Octobre.

Or une telle image dégradée de la Russie Soviétique et de l’influence de l’URSS, ce n’est pas celle qu’en a conservé la mémoire populaire de ceux qui sont concernés en premier lieu, à savoir les Russes eux-même !

Selon l’Occident, l’effondrement de l’URSS devait être la «fin de l’histoire», la «libération des peuples de l’Est», le «développement économique par le capitalisme», etc…

Aujourd’hui, plus d’un quart de siècle après cette « libération », plus de 55% des Russes, même selon les instituts de sondage US, s’affirment nostalgiques de l’URSS, et Lénine et Staline y sont encore considérés parmi les chefs d’État russes les plus populaires, avec Poutine, alors que Gorbatchev et Eltsine sont carrément honnis, que cela « choque » l’Occident ou non!

Pourtant, le retour au pouvoir d’un parti communiste, même s’il en est d’influents, n’y semble pas imminent.

Gorbatchev, liquidateur de l’URSS en 1991, avait déjà depuis des années livré officiellement l’économie de son pays aux bandes maffieuses constituées par les gangs de racketteurs tout droit sortis des anciens goulags. C’était ce qu’il prétendait être la « perestroïka » (reconstruction) !! Parachevant cette ruine économique tragique et entraînant un appauvrissement généralisé de la population, sous l’ère Eltsine, ces gangs, les futurs « oligarques », se sont affrontés de manière sanglante pendant des années, jusqu’à ce que le clan Poutine, issu du KGB, prenne le dessus et impose son ordre, toujours en place, depuis 1999. Aujourd’hui, la Russie reste un état capitaliste «  émergent  », capable de défendre militairement son indépendance, mais d’une puissance financière à peu près équivalente à celle de l’Espagne, infiniment plus petite…

>>>Aujourd’hui la Russie Soviétique qui suscite la nostalgie n’est donc pas celle, dégénérée, de Gorbatchev, déjà ravagée depuis longtemps par le capitalisme, …mais bien celle qui est sortie de terre à l’issue de la Grande Révolution d’Octobre, il y a cent ans.

>>>Celle qui a émergé du néant, saignée à blanc par la 1ère guerre mondiale, puis par la guerre « civile », guerre soutenue en fait par toutes les puissances impérialistes occidentales, dont la France.

>>>Celle qui, dès 1917, organisait le pouvoir des Soviets, assemblées ouvrières et paysannes sur la société, alors que chez nous « démocratie » rime encore avec ploutocratie, oligarchie et surtout duperie !

>>>Celle qui, en 20 ans, est devenue, à partir d’un pays totalement ruiné, une puissance économique industrielle capable de résister à l’Allemagne Nazie, puissance dominante en Europe, et de la vaincre!

>>>Celle qui, une nouvelle fois ruinée par cet effort immense, s’est relevée à nouveau en quelques années, sans déchoir de son rang de deuxième puissance mondiale

Mais à partir de 1956, avec les « réformes économiques » de Khrouchtchev, en fait déjà un rétablissement déguisé du capitalisme, s’ouvrira une ère de stagnation économique et de recul social, parachevée sous la « perestroïka » de Gorbatchev.

Néanmoins, de nombreux acquis sociaux de la première période y ont longtemps perduré, et suffisamment pour que l’on puisse comprendre à la fois la nostalgie actuelle et la méfiance à l’égard des divers «communistes», héritiers de l’ère Gorbatchev, bien qu’ils fassent mine de s’en défendre et n’hésitent pas à se référer formellement à Lénine et à Staline pour tenter de récupérer leur prestige de leaders historiques.

Ce n’est pas là, comme on l’a vu, un point de vue réellement marxiste-léniniste, qui ne consiste pas à se contenter de proclamations nostalgiques, mais cherche à analyser ce qui se passe en profondeur, dans les infrastructures, aussi bien de la société capitaliste, pour comprendre sa crise actuelle, que de celle du socialisme, pour comprendre les causes de sa disparition, alors que l’URSS avait rayonné quasiment sur un tiers de la planète, à son apogée.

C’est pourquoi, si l’on sent bien, aujourd’hui, avec la crise chronique du capital, même avec ses quelques courtes périodes de « rebonds », en faits autant de sursauts stériles, que l’évolution de cette « civilisation » mondialisée, littéralement « contre nature », ne peut plus être que régressive, l’effacement brutal et spectaculaire du « continent socialiste » peut apparaître, lui aussi, comme l’engloutissement d’une autre civilisation, ce qu’il fut, pour partie, en réalité.

Pourtant, si l’on veut comparer historiquement le destin des sociétés et des civilisations, il faut rappeler que la bourgeoisie, apparue en tant que classe avec le tournant de l’an mille, a encore mis plus de huit siècles avant de s’imposer radicalement comme classe politiquement dominante, en France, malgré sa domination économique déjà progressivement acquise au cours des siècles et définitivement réaffirmée avec les prémisses de la révolution industrielle.

Là peut s’arrêter cette comparaison, car chaque mutation profonde de société a ses propres caractéristiques, à nulle autre pareille.

Néanmoins, les convulsions révolutionnaires, de la fin du XVIIIème siècle au début du XXème, montrent que ces processus de transformation ne sont pas linéaires, mais comportent des sauts brusques, des retours en arrière, des situations que l’on peut qualifier d’ »hybrides », etc…

De l’an mille à aujourd’hui, la bourgeoisie a constamment évolué, et tente de le faire encore, même si elle apparait comme en bout de course, dans ses possibilités de régler la crise…

Le prolétariat moderne, né avec la révolution industrielle, a déjà beaucoup changé, et change encore radicalement, sous l’effet de la « mondialisation », résultante de la domination impérialiste actuellement sans partage, autre qu’entre rapaces impérialistes eux-même, et sans résistance, autre que très locale ou très partielle.

Mais de même que la bourgeoisie tenait entre ses mains, depuis le cœur du moyen-âge, les clefs de l’avenir, c’est, aujourd’hui encore, et depuis son apparition en tant que classe industrielle, le prolétariat qui les détient, désormais.

Cela peut paraitre moins évident, aujourd’hui, en Occident, mais le prolétariat industriel mondial continue de croitre, et ici, l’extension du secteur tertiaire, combinée avec la paupérisation des classes moyennes et la marchandisation des services, crée, avec la crise, une nouvelle extension du prolétariat.

Au cours des trois derniers siècles, les plus grandes révolutions, bourgeoises comme prolétariennes, et presque simultanément dans certains cas, ont connu leurs lots d’épopées, de tragédies et d’errements, mais dans tous les cas, l’histoire est écrite par les vainqueurs.

Actuellement, c’est la bourgeoisie qui a nettement repris le dessus, à l’échelle mondiale, même si tout le monde comprend bien que cette « domination » repose sur les sables mouvants et boueux de sa propre crise.

Même dans ses tentatives vaines de raffermir sa base instable, la bourgeoisie n’en continue donc pas moins de proclamer haut et fort, et même d’autant plus fort, ses prétendues « valeurs éthiques », y comprit à grands renforts, précisément, de rappels « historiques », pourtant parfois nauséabonds, comme celui du colonialisme, puisant ses racines dans l’esclavagisme.

Et même si la bourgeoisie n’affirme pas plus vouloir rétablir l’esclavagisme que l’échafaud ou la guillotine, elle n’en continue pas moins à vouloir nous faire entonner ce couplet selon lequel un sang « impur » abreuve son sillon, qu’elle continue très concrètement et quasi quotidiennement d’irriguer , par ses opérations militaires aux quatre coins du monde.

Et lorsqu’elle prétend critiquer la « violence répressive » du bolchévisme elle omet de rappeler que sa propre survie ne tient qu’aux bains de sang et à la furia destructrice qu’elle impose régulièrement aux peuples du monde, et encore aujourd’hui, même si de façon plus « diffuse » que pendant les deux guerres mondiales.

Très récemment, dans la première phase de la campagne électorale française, on a vu ressurgir, derrière les costumes à 7000 euros pièce du « Très Honorable François Fillon », l’ombre de la « Françafrique », fer de lance néocolonialiste sanguinolent de notre « très démocratique » bourgeoisie française…

Rappelons en deux mots l’un des « exploits » les plus saillants de la dite « Françafrique », en 1994, en seulement 3 mois, le génocide rwandais a fait très « officiellement » 800 000 victimes, le plus souvent massacrées à la machette, jusque dans les églises… 800 000, et beaucoup plus, selon d’autres sources, peu suspectes de partialité:

http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/Genocide-au-Rwanda-un-million-de-morts-en-100-jours-2014-04-10-1134203

https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9nocide_des_Tutsis_au_Rwanda

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/05/24/1994-2017-collaboration-droite-gauche-un-heritage-sanglant-et-mortifere/

Même si cela reste regrettable et considérable, sur trente années, la répression politique en URSS « stalinienne » n’en a pas fait autant, selon les sources originales, telles qu’examinées à la loupe par les historiens chercheurs US, à l’ouverture des archives soviétiques…

Mais si les 800 000 morts du Rwanda ont à peine le droit à des procédures symboliques concernant leurs bourreaux directs, et pratiquement aucune, concernant les complices français des commanditaires du massacre, les malheureuses victimes de la répression en URSS se sont, elles, mystérieusement « multipliées », et de façon exponentielle, pour devenir 100 millions et plus, sous la plume des scribes médiatiques au service du capitalisme!

Et c’est, quotidiennement, cette armée de 100 millions de fantômes qui pilonne les consciences populaires, via les médias du système, à la moindre occasion où il est question de communisme ou d’URSS !!

Tandis que les amis de la « Françafrique » se taillent, eux, des costumes de luxe dans les dépouilles de leurs massacres.

Il ne s’agit justement pas, ici, d’ébaucher une sordide « échelle de valeur » entre les origines des victimes de l’histoire.

Les victimes du Génocide des Tutsis au Rwanda ont toutes autant droit à notre respect humain que les victimes des exécutions et massacres de la Grande Révolution Française, et tout autant que celles de la Révolution Soviétique.

Dans le cas du Rwanda, il s’agissait très « officiellement » d’une contre-révolution, mais quoi qu’il en soit, le but d’une révolution n’est jamais, fondamentalement, de massacrer ses ennemis. Il est d’abord et toujours de lutter contre une oppression, quelle qu’en soit la nature, et d’établir des rapports humains plus sociaux et plus justes.

Dans la Résistance, le but des Partisans n’était pas d’abord de tuer des allemands, mais de libérer le monde de la barbarie fasciste.

Rappelons encore, à cette occasion, que c’est à l’URSS et à ses Partisans, sur tout le continent eurasiatique, que l’on doit, et de loin, le plus gros effort et les plus grands sacrifices pour en finir avec le nazisme.

Or cette capacité de résistance n’est pas le fruit du hasard, mais bien l’héritage le plus direct du Grand Octobre!

Elle repose sur l’édification de la Russie Socialiste Soviétique, à partir d’un pays-continent complètement ruiné par la guerre de 1914-18 et les armées blanches, ensuite, elles-même soutenues directement par toutes les puissances impérialistes de l’Occident, au cours de la dite « Guerre Civile ».

C’est donc en à peine 20 ans qu’a surgi  de ce champ de ruines la puissance socialiste soviétique avec la capacité de défaire le nazisme, première puissance capitaliste industrielle européenne.

Non seulement il est donc impossible de parler d’échec du socialisme et de la Révolution d’Octobre, mais c’est ce sursaut de la volonté créatrice de tout un peuple, et du prolétariat russe à son avant-garde, qui doit être mis en valeur et en évidence comme le fait essentiel de cette histoire et la conséquence historique la plus importante de la Révolution d’Octobre. Même si cela n’empêche pas un regard historique critique et analytique.

Il est également notable que le même élan de reconstruction s’est reproduit après guerre, maintenant l’URSS au rang de très grande puissance mondiale, seule capable de tenir tête à l’impérialisme US, qui commence alors à étendre son emprise sur le reste du monde.

Si cette résistance anti-impérialiste a finalement été vaincue, ce n’est en réalité que par le retournement des fondamentaux économiques du socialisme, essentiellement opéré sous l’ère Khrouchtchev, et parachevé sous l’ère Gorbatchev. Un lent déclin de 35 ans, pour arriver à saper jusqu’à sa base l’héritage des générations héroïques d’Octobre!

Sans doute, en notre début de XXIème siècle, même si nous n’avons pas nécessairement besoin d’un tel développement exponentiel des forces productives, tel que celui de ces premières générations, mais de plus de démocratie et d’un développement respectueux de l’environnement, il n’en reste pas moins qu’en tirant les leçons utiles du socialisme prolétarien, pour en reprendre les fondamentaux économiques, il y a là l’alternative potentielle à la déchéance économique et sociale dans laquelle s’enfonce notre société « mondialisée ».

Qui peut le plus, peut le moins, et si l’Union Soviétique a su ressurgir plusieurs fois du néant où les agresseurs impérialistes et fascistes ont tenté de la plonger, il n’est donc pas douteux que le socialisme prolétarien puisse être la seule alternative efficace et incontournable à l’incapacité du capitalisme à produire un développement économique et social équilibré et harmonieux.

Remettre en lumière les fondamentaux de l’économie socialiste, c’est comprendre les lois économiques fondamentales qui se sont dégagées de la confrontation entre la théorie marxiste et sa mise en pratique sur le terrain.

Cela ne peut partir, même et surtout d’un point de vue marxiste, que de l’analyse des infrastructures de l’URSS et de leur évolution au fil de l’histoire de leur développement et des conflits entre les différents groupes de dirigeants qui ont agit sur cette évolution.

Partir de l’analyse des infrastructures de l’URSS, c’est aussi chercher à comprendre la cohérence entre les principes et lois économiques considérés utiles par les économistes soviétiques et la réalité sur le terrain, selon les époques.

 

Dans les années 20 le débat a porté sur l’articulation entre secteur privé et secteur d’État.

 

L’une des questions essentielles était de savoir ce que devenait la loi de la valeur, principe de base de l’économie classique et marxiste, et où s’arrêtait, éventuellement, son influence.

 

Une question liée de près à celle-ci était le rôle du marché comme régulateur, ou non, de l’équilibre des prix entre offre et demande.

Et donc, également, le rôle de l’intervention, plus ou moins autoritaire, de l’État sur la régulation des prix.

 

Autrement dit, il y a donc deux questions importantes à considérer en premier,

__la loi de la valeur

__la loi du marché

 

Et qui en amènent trois autres :

__leur interaction

__leurs domaines respectifs

__le rôle du plan

 

Ce débat, en réalité, et contrairement à ce que prétend l’historiographie la plus courante en France, tant « à gauche » qu’à droite, n’a pas suivi forcément les clivages de factions supposées « gauches » et « droites ».

 

Aussi bien Boukharine que Preobrajensky ont affirmé que le domaine d’influence de la loi de la valeur ne concernait plus le secteur socialiste et cela est resté largement l’opinion dominante jusqu’au lendemain de la seconde guerre mondiale.

On peut donc dire que l’influence « gauchiste », sur cette question, a prévalu dans la gestion du secteur d’État en général, puis dans celle du secteur socialiste, quasiment jusqu’à la préparation du XIXème Congrès, en 1952, où le débat à seulement commencé à prendre un tour nouveau.

 

Trotsky, quant à lui, tout en étant allié, en réalité uniquement tactiquement, avec l’ « opposition de gauche », a constamment défendu le rôle du marché comme régulateur, y compris pour le secteur d’État planifié. Incidemment, ce point de vue, clairement explicité par le trotskyste Michel Raptis, d’après les textes mêmes de son « maître-à-penser », c’est à dire de Trotsky lui-même, et qui consiste à considérer le marché comme régulateur, même dans l’économie capitaliste, c’est tout à fait le point de vue d’un économiste bourgeois, et non d’un marxiste…!

 

Trotsky, en ce sens, est le véritable précurseur du « réformisme » contre-révolutionnaire de Khrouchtchev. Dans ce cas, loi de la valeur et loi du marché interagissent exactement comme dans le régime capitaliste classique et la distinction entre secteur privé et secteur d’État tend à disparaître.

 

On a affaire, dans ce cas, et selon l’ouverture plus ou moins grande aux capitaux étrangers, à un vague « socialisme de marché » (type actuel>>>Chine) qui est en fait une forme de capitalisme plus ou moins « nationale » ou classique, voire comprador (« Zones économiques spéciales », en Chine).

 

Fort heureusement pour la survie de l’URSS, l’influence de Trotsky s’est considérablement réduite, dès le milieux des années 20, mais celle des économistes « de gauche » est restée prépondérante, même sous Boukharine.

 

A noter que, vers la fin des années 30, alors que l’URSS s’apprêtait à affronter l’Allemagne nazie, les trois, Boukharine, Preobrajensky, et Trotsky, se sont retrouvés sur les positions les plus droitistes de ce dernier, mais sans aucun succès, non plus, fort heureusement, non seulement pour l’URSS, mais aussi pour le reste du monde.

 

Néanmoins, à la veille de la seconde guerre mondiale, le débat n’était donc toujours pas tranché, et il faut considérer que la gestion de l’économie planifiée en a nécessairement souffert, malgré ses grands succès.

 

Il n’est pas douteux que des améliorations de gestion considérables auraient été possibles si la clarification avait pu avoir lieu au tournant des années 30.

 

Le XIXème Congrès de 1952 a donc enfin apporté un jour nouveau sur ces questions, et tranché, du reste, et même si à posteriori, la question de la relation entre secteur d’État socialiste et secteur privé.

 

Dans le secteur privé la relation Loi de la valeur/Loi du marché reste assez classique, mais l’État peut y intervenir pour contrôler les prix.

 

Dans la relation entre secteur socialiste et privé, le contrôle du plan, en plus de celui des prix, peut et doit intervenir. L’action des deux lois économiques y persiste, tout en étant très réduite.

 

Dans le secteur socialiste, c’est la planification qui est la règle, et la Loi de la valeur peut et doit y être utilisée, de manière contrôlée, pour ajuster les prix en fonction de la valeur-travail, et donc pour arriver à un équilibre économique et budgétaire satisfaisant et conforme au plan.

 

L’influence de la Loi du marché, dans le secteur socialiste planifié, est, par contre, tout à fait exclue.

 

A l’époque du XIXème Congrès, le secteur privé a tout à fait disparu, mais les relations entre secteur d’État socialiste et secteur coopératif (kolkhozes), s’apparentent, du point de vue des principes économiques, aux relations entre secteur d’État et secteur privé.

 

Il y a donc persistance de l’interaction « valeur-travail/marché », dans ce domaine, même si largement contrôlé par l’État.

 

Et il y a encore également possibilité d’utiliser la loi de la valeur et la notion de valeur-travail, pour améliorer la gestion du secteur économique socialiste entièrement planifié, et où, par contre, l’influence de la loi du marché reste donc totalement exclue.

 

Néanmoins, dès 1953, prenant appui sur le retour partiel de la loi de la valeur, les révisionnistes khrouchtcheviens vont s’efforcer, et malheureusement avec succès, cette fois ci, de réintégrer la loi du marché à tous les niveaux.

 

C’est pourquoi il nous faut bien comprendre la ligne du XIXème Congrès, et l’utilisation marxiste enfin correcte qu’elle propose pour la Loi de la valeur et la valeur-travail, telle qu’abordée par Marx, pour la période de transition, dans la Critique du Programme de Gotha, cité par Staline, du reste, dans son ouvrage de préparation à ce Congrès.

 

Ces principes économiques sont également les principes fondamentaux rappelés par Lénine, en Septembre 1917, au Chapitre 5, consacré à ce sujet, dans son ouvrage L’État et la Révolution.

Loin d’être contradictoires avec les mesures proposées pour le capitalisme d’État en 1918, et mises en œuvres plus tard, avec la NEP, en 1921, il en sont le complément indispensable, pour l’interaction entre les deux secteurs, selon le schéma résumé ci-dessus.

 

Certainement difficile à mettre en œuvre dans les conditions concrètes de l’époque, l’utilisation de ces principes, autour de la valeur-travail, est aujourd’hui potentiellement grandement facilitée avec les méthodes modernes de gestion informatique, qui permettent, en outre, l’exercice d’une démocratie participative directe, également grandement facilitée.

 

Cela peut et doit être notre guide, dans l’élaboration d’un nouveau programme communiste, pour la phase de transition de notre époque, en lien avec les masses prolétariennes et populaires.

A partir des leçons d’Octobre, avancer l’ébauche d’un tel programme et la populariser comme thème du débat public, c’est l’un des travaux essentiels de recherche, d’analyse, et en fin de compte, d’agit-prop,  que doivent faire les marxistes-léninistes du XXIème siècle, à l’occasion de ce centenaire, et que nous pouvons considérer comme un élément de la Révolution du Retour au Réel!

 

Si nous savons les comprendre dans leur dimension historique et dans leur actualité, c’est à dire, sans dogmatisme, nous pouvons faire en sorte que les idées du XIXème Congrès, dernier Congrès du Parti Bolchévique, soient un point de départ pour faire le bilan de l’expérience soviétique et en tirer enfin les leçons vraiment utiles pour notre époque. Considéré ainsi, d’un point de vue vraiment marxiste, le bolchévisme est, plus que jamais, une idée neuve !

 

 Lucien LUNITERRE

Pierre GRINDSABLE

Sur le Centenaire d’Octobre

et l’histoire de l’URSS,

une liste de liens

vers des articles de fond,

des débats, des documents :

Sous forme d’articles de fond :

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/08/18/doctobre-a-la-chute-de-lurss-problematique-du-rapport-de-force-et-de-la-superstructure/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/08/14/un-siecle-apres-la-revolution-doctobre-1917-comprendre-lhistoire-de-lurss/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/08/06/de-la-nature-de-classe-de-la-contre-revolution-khrouchtchevienne-nouveau-debat-avec-locf/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/08/05/prix-du-petrole-effondrement-des-cours-et-effondrement-dune-theorie-pseudo-marxiste-leniniste/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/07/15/de-juillet-a-octobre-ou-comment-la-petite-bourgeoisie-voit-les-revolutions/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/marx-marxisme-critique-du-programme-de-gotha-glose-marginale-1-les-fondamentaux-economiques-de-la-transition-socialiste-proletarienne/

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/valeur-loi-de-la-valeur-plus-value-un-essai-de-breve-definition/

 

 

***************************************

 

Sur les origines maffieuses anciennes de la classe actuelle des « oligarques » russes, voir :

https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2017/10/lenfer-des-gangs-de-la-fin-de-lurss-a-la-russie-actuelle.pdf

 

 

****************************************

 

Sous forme de débats :

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/09/23/rouge-a-levres-bas-nylon-et-philo-du-diamat-ou-letrange-suite-dun-debat-sur-leconomie-sovietique/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/09/21/ce-que-javoue-franchement-et-revendique-meme-sans-le-moindre-detour/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/08/20/retour-sur-les-mensonges-du-rcc-chb-a-propos-de-lhistoire-economique-de-lurss/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/08/17/heritage-doctobre-sur-le-front-anti-imperialiste-encore-du-lenine-sans-poussiere/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/08/16/heritiers-doctobre-quelques-elements-au-debat/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/06/26/que-faire-doctobre-elements-du-debat-sur-le-blog-vlr/

*****************************************************

Documents et études de documents :

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/08/01/rapport-jdanov-1947-un-message-dalexandra-kollontai/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/08/17/heritage-doctobre-sur-le-front-anti-imperialiste-encore-du-lenine-sans-poussiere/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/06/20/le-dernier-congres-bolchevique-ou-sest-exprimee-la-ligne-marxiste-leniniste/

Les problèmes économiques du socialisme en URSS

http://michel.delord.free.fr/jstal-probecosoc.pdf

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/05/29/e-ou-a-une-seule-lettre-peut-elle-changer-le-cours-de-lhistoire/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/05/20/en-provenance-presque-directe-des-archives-russes-le-texte-original-de-preobrajensky/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/05/20/histoire-de-leconomie-sovietique-preobrajensky-le-chainon-manquant/

https://frontdeslaics.wordpress.com/2017/10/01/lenine-un-laic-toujours-dactu/

************************************

Sur des sujets connexes :

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/09/07/marx-marxisme-cui-bono/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/07/02/marx-capital-iii-9-et10-note-de-lecture-en-marge-de-trotsky-contre-marx/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/06/17/trotsky-contre-marx-1-objet-et-pertinence-du-propos/

https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2016/09/marx-au-banc-dessai-de-lhistoire_vf.pdf

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/marx-marxisme-critique-du-programme-de-gotha-glose-marginale-1-les-fondamentaux-economiques-de-la-transition-socialiste-proletarienne/

*****************************************************

L’URSS en musique… !

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/05/09/журавли-et-autres-chansons-du-regiment-immortel-a-lyon-venissieux-ce-8-mai-2017/

*****************************************

Où en est l’Amérique… Et comment nous y allons…!!

 

.

.

.

Où en est l’Amérique

Et comment nous y allons…!!

(+Vidéo)

There Are Large Parts Of America Being Left Behind…

*********************************

(Version française)

Précarisation US : 4,3% de chômeurs… mais 53,4% d’Américains précarisés !

On s’en doutait un peu, mais ça va mieux en le démontrant : selon un rapport de The Economic Innovation Group, la précarisation économique de la population américaine ne cesse de s’aggraver et de s’étendre.

Ce rapport, intitulé « Distressed communities », a évalué la situation économique de la population américaine selon sept critères :

  • absence de diplôme d’études secondaires
  • taux d’inoccupation des logements
  • adultes sans emploi
  • taux de pauvreté
  • revenu médian
  • évolution de l’emploi
  • changement dans les établissements d’affaires

Quatre constats impitoyables

  1. la répartition géographique entre les précaires (distressed), ceux qui sont en voie de le devenir (at risk to mid-tier) et ceux qui sont à l’abri du besoin (comfortable) est irrégulière, mais manifeste :
Répartition géographique de la richesse aux États-Unis
Répartition géographique de la richesse (ou de la pauvreté !) aux États-Unis

2. La précarisation des populations américaines a énormément augmenté depuis 2000.

Augmentation de la précarisation par États américains depuis 2000
Augmentation de la précarisation par États américains depuis 2000 (en pourcentage)

3. Le pourcentage de la population vivant en état de total détresse (distressed) diffèrent selon les États, mais peut atteindre des pourcentages impressionnants. Exemple : 43% des habitants de l’État du Mississipi sont en situation de détresse absolue.

Pourcentage de la population vivant en situation de détresse dans chaque État américain

4. 54,3% de la population des États-Unis est aujourd’hui en voie de précarisation ou en détresse. NB : vous constaterez la différence entre ce taux de précarisation et le taux officiel de chômage annoncé par les autorités américaines – 4,3% ! – ce qui en dit long sur la valeur du travail dans ce pays des « droits de l’homme ».

Répartition de la population selon la situation économique (en pourcentage)
Répartition de la population selon la situation économique (en pourcentage)

=> Source de l’info : Zero Hedge

Source VF: https://yetiblog.org/usa-precarisation-population/

 

 

***********************

(Vidéo-France)

 

MACRON OFFRE UNE PORSCHE À 280000 FRANÇAIS !

Macron offre une Porsche à 280000 Français ! Vraiment ? Et oui, le budget validé par Macron, c’est 92500 euros en plus pour les 1% des Français les plus riches en 5 ans. En moyenne, c’est 1500 euros en plus par mois en plus pour les plus riches, nous révèle un rapport d’Oxfam. L’Etat n’a plus d’argent ? Alors pourquoi ces cadeaux massifs ? Même le FMI dit qu’enrichir les plus riches maintenant DIMINUE la croissance, et c’est pourtant pas des critiques sévères…!

 

 

 

 

***********************