Primaires de « gauche »: la Valeur-Travail est-elle condamnée ?

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Primaires de « gauche »:

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La Valeur-Travail

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est-elle condamnée?

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3-maux

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Au lendemain de ce premier tour de « primaire de la gauche », il ne s’agit pas de philosopher sur une quelconque « valeur morale » qui serait menacée par le « revenu universel » de Benoît Hamon, qui est pourtant déjà vu par certains comme une »prime à l’oisiveté », sinon carrément un encouragement à la paresse et à l’assistanat…

Non, il s’agit bien de la notion économique et sociale du travail comme créateur de valeur, également et précisément économique et sociale.

Il s’agit de comprendre, à l’issue de ce débat, ce que sont les pistes possibles pour une alternative à la crise du capitalisme.

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Prendre prétexte de la « révolution numérique » et de la « robotisation » pour entériner le chômage chronique comme un fait normal de société et renoncer à toute forme de répartition et de partage du travail, c’est réellemnt entériner la précarisation, c’est à dire, au sens à la fois économique et social du terme, la dévalorisation du travail.

C’est une démarche qui arrange fondamentalement les affaires du grand capital, pour lequel ce sont là les conditions les plus favorables à la baisse du « côut du travail », que ce soit en salaire direct ou indirect, sous formes de prestations sociales de santé, de retraites, etc…

Reduire le coût du travail, pour le capital, cela signifie d’abord « rentabiliser » au maximum le personnel déjà existant, et non embaucher pour partager le travail, ce qui implique inévitablement davantage de charges.

C’est pourquoi les expériences précédentes, et notamment celle des 35 heures, n’ont pas abouti à un résultat significatif et durable en terme de lutte pour le retour à l’emploi.

En un sens, la précarisation est une forme de « partage », au moindre coût pour le capital, mais qui ne permet pas au travailleur précaire de vivre décemment. Le « revenu universel » de Benoît Hamon, en se positionnant comme roue de secours de ce système malsain, peut-il être une solution socialement acceptable et de par le fait, durable?

C’est ce qui peut sembler crédible, et donc séduire l’électorat de gauche, tant qu’il prétend venir davantage compléter les autres aides sociales, à priori indispensables, comme la sécu ou les retraites, plutôt que de s’y substituer. C’est cette approche qui parait compatible avec la première « phase » envisagée pour la mise en place du « revenu universel »…

Mais dès lors qu’il s’agit d’atteindre sa phase « finale », avec l’objectif des 750 euros par habitant, le coût, on l’a vu (*), devient exorbitant, et cesse d’être compatible non seulement avec le maintien des allocations familiales, des assurances chômage, mais aussi avec celui des retraites et de la sécu.

Et c’est là que l’on en revient au fait qu’avec 750 euros, et même quelques « petits boulots » pour compléter, il n’est pas possible de vivre, se loger, se soigner, sans même parler de préparer sa retraite… Ou de survivre, pour ceux qui y sont déjà, et dont les caisses seront asséchées par cette mesure…

La victoire de Benoît Hamon, ce n’est pas celle de l’espoir, ni même celle de l’utopie sociale, mais bien une nouvelle victoire de la démagogie populiste et de l’obscurantisme réactionnaire!

Pour autant, la « victoire »relative de Manuel Valls est donc encore possible, au second tour de cette primaire…

Même en très mauvaise posture, selon toute vraisemblance, Valls n’en reste pas moins l’un des principaux piliers fondateurs de la « Loi El Khomri » et grand apôtre de la précarisation du travail, même si sous une autre forme, plus évidente encore que le « revenu universel », mais pas incompatible, bien évidemment… Complémentaire, serait-on tentés de dire, du point de vue du capital!

Montebourg, grand perdant, et presque « perdant surprise », à ce point, dans cette bataille, paye sans aucun doute le flou peu facile à dissimuler de son bref passage dans le secteur de la « productivité » au gouvernement!

Formellement rallié, depuis sa « sortie » gouvernementale au profit de Macron, sinistre nouvel « ange blanc » de la finance, à une vague « résistance » anti-mondialiste, et purement sociale-chauvine, en réalité, il n’en est pas moins resté le chantre précurseur de la « compétitivité » comme moyen de la relance économique… Or, que recouvre ce terme, au delà de son évocation réaliste du monde de la concurrence capitaliste?

Précisément, en fait, tous les ingrédients de la « rentabilisation » financière des « investissements productifs » tels qu’ils génèrent davantage de précarisation, plutôt que de création d’emplois stables, et notamment dans le domaine le plus réducteur d’emplois à court terme, celui qui précisément est censé justifier le « revenu universel »: la « robotisation » de l’industrie…

Que l’on se comprenne bien, là aussi, il n’est pas question de refuser les bienfaits du progrès technologique dans la réalisation de tâches pénibles et répétitives qui peuvent effectivement être assurées au mieux par des machines, mais de comprendre comment ces nouveaux enjeux du progrès doivent concrètement bénéficier à l’ensemble de la société, et non au contraire contribuer à la survie d’entreprises monopolistiques en concurrence délétère, détruisant, dans le processus même de leur « victoire » le tissus social du « marché » qu’elles sont supposé conquérir…

En effet, générant chômage et précarité, la « compétitivité », en réalité, ne répond à aucuns besoins sociaux et contribue, en fait, à accentuer la crise, même si en « sauvant » provisoirement le monopole des uns au détriment de celui des autres.

En effet les « gains de compétitivité », s’ils permettent de regagner des parts de marché et de recréer quelques emplois, véritablement utiles, dans le domaine de la robotique, ne le font de manière significative qu’à l’exportation et au détriment d’autres pays eux-mêmes « exportateurs », soit sur d’autres marchés, soit sur le nôtre…

Or, à l’évidence, ces « autres marchés » souffrent, même si à des degrés divers, du même syndrome que le nôtre, avec chômage, précarisation, et donc réduction drastique de la clientèle potentielle, que ne compensent pas les quelques « nouveaux métiers » de la « révolution numérique » et de la « robotique »…

La réduction de la part salariale dans les revenus globaux est un phénomène mondial déjà notablement étudié par l’OIT dans son rapport 2012-2013, et montre l’impasse que constitue cette « compétitivité » comme issue à la crise mondiale du système capitaliste.

Un bref résumé de ce point, paru en décembre 2012, vaut d’être cité textuellement:

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L’Organisation internationale du Travail (OIT) a publié début décembre son «  Rapport mondial sur les salaires 2012/13« 

 

Un des points clés mis en avant dans cette édition est que «  la part des salariés dans le revenu national s’est rétrécie dans la plupart des pays  ».  En d’autres termes, «  davantage du gâteau national est allé aux profits, et moins aux salariés  ».

«  Des preuves récentes montrent que cette tendance se poursuit depuis des décennies, contrairement aux hypothèses formulées précédemment.

Dans 16 économies développées, la part moyenne du travail est tombée de 75% du revenu national au milieu des années 1970 à 65% dans les années qui ont précédé la crise. Elle a ensuite quelque peu rebondi pour décliner à nouveau après 2009.

Dans un groupe de 16 pays émergents ou en développement, cette part a diminué, passant de 62% du PIB au début des années 1990 à 58% juste avant la crise. Même en Chine, où les salaires ont triplé au cours de la décennie écoulée, la part du revenu national qui revient aux salariés a baissé.  »

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En bleu, les pays développés (moyenne pondérée). La part du travail dans la valeur ajoutée baisse depuis 30 ans.

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Pour l’OIT, cela pose un problème de fond. «  Dans bien des cas, cela a affecté l’économie en étouffant la demande ou en entraînant un endettement insupportable des ménages«  , explique le rapport, qui pointe un «  mirage de la réduction des coûts du travail« 

«  Réduire les coûts du travail pour stimuler la compétitivité sur le marché de l’export semble être une option de plus en plus séduisante pour les pays frappés par la crise, mais rien ne garantit que cela évite la stagnation économique ou le déficit actuel de la balance des transactions courantes (quand les pays importent davantage qu’ils n’exportent, y compris les services et les capitaux).

Et, même si des politiques de ce type sont attrayantes au niveau national, elles seraient intenables à l’échelle mondiale. «Alors qu’à titre individuel chaque pays pourrait en principe accroître la demande pour ses biens et services en exportant davantage, tous les pays ne peuvent le faire en même temps», rappelle Sangheon Lee, autre coauteur du rapport.  »

Pour le dire autrement, l’analyse de l’OIT suggère que la stratégie allemande de modération salariale  (depuis les réformes de Schröder) n’est pas vraiment imitable, et peut même devenir dangereuse.

Par Jean-Marie Perbost

http://www.caminteresse.fr/economie-societe/oit-part-des-salaires-dans-valeur-ajoutee-baisse-depuis-30-ans-1156634/

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En faits, la réalité aujourd’hui apparente, c’est que si la stratégie de « compétitivité » peut maintenir provisoirement la suprématie de l’économie d’un pays sur les autres, comme c’est le cas de l’Allemagne en Europe, cela ne résoud en rien les problèmes fondamentaux du système et ne fait qu’exacerber les contradictions entre grandes puissances impérialistes, aboutissant à des situations de conflits potentiellement de plus en plus violents, et déjà réellement, sur le terrain, dans les zones « périphériques  » où elles s’affrontent, comme au proche-orient.

Les « succès » électoraux du populisme, comme ceux du « Brexit » en Grande Bretagne, et surtout celui de Trump, aux USA, montrent que l’heure des conflits ouverts et directs entre ces grandes puissances, non seulement n’est pas passée, mais revient, comme le naturel de ce système mortifère, au galop, mais d’une cavalerie guerrière et à nouveau armée jusqu’aux dents, y compris celles du feu nucléaire, en voie de reconstitution.

On peut voir ainsi qu’il y a un lien direct entre les séismes en cours dans notre vie économique et sociale et les séismes en gestation à l’échelle planétaire, qui menacent à nouveau de recouvrir le monde des sombres nuées de la guerre.

Pour autant, si nous en sommes à nouveau, en France, et plus généralement en Occident, à discuter des avantages et méfaits éventuels du progrès technologique, nous ne devons surtout pas oublier qu’une grande partie des habitants de la planète ne bénéficie toujours pas de ces évidences séculaires que sont pour nous l’électricité, l’eau courante, et toutes les facilités de soins de santé, d’éducation, de confort élémentaire qui vont avec.

Créer des valeurs économiques et sociales par notre travail n’a de sens que pour répondre à des besoins, et d’abord à des besoins vitaux, qui déjà, de plus en plus souvent, ne sont plus satisfaits chez nous, et encore moins dans d’autres parties du monde.

Ce ne sont donc pas les objectifs de travail qui manquent, ni les moyens technologiques, utiles et nécessaires.

Et il n’y a pas de « compétition » dans cet objectif, mais un « challenge » global: celui du partage, non pas de bénéfices financiers, mais du travail correspondant réellement à ces besoins, ici comme ailleurs, tout simplement.

Et ainsi la Valeur-Travail, loin d’être caduque ou dévaluée, reprendra tout son sens, tant social que économique et humain.

Ce que l’on doit comprendre par socialisme, le vrai, non galvaudé par nos bateleurs d’estrades électorales.

Pierre Grindsable

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(* De la « Loi Travail » au « revenu universel », ou comment un piège anti-social peut en cacher un autre…

https://frontdeslaics.wordpress.com/2017/01/14/de-la-loi-travail-au-revenu-universel-ou-comment-un-piege-anti-social-peut-en-cacher-un-autre/

Hamon : « Fillon de gauche »? Ou l’incroyable arnaque du « revenu universel »…

https://frontdeslaics.wordpress.com/2017/01/08/hamon-fillon-de-gauche-ou-lincroyable-arnaque-du-revenu-universel/

« Loi Travail », Valeur-Travail, « revenu minimum », où en est-on aujourd’hui, au moment du 1er débat de la « primaire de gauche »?

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/01/12/loi-travail-valeur-travail-revenu-minimum-ou-en-est-on-aujourdhui-au-moment-du-1er-debat-de-la-primaire-de-gauche/ )

 9 MARS ELEPH

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